Vers l’électrification des flottes municipales?

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Le gouvernement du Québec travaille actuellement à l’adoption du projet de Loi 67, qui vise à donner plus de « mordant environnemental » aux appels d’offres municipaux, par exemple pour l’acquisition de camions électriques.

Vérification faite auprès du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, même si le projet de Loi 67 n’était pas adopté, les municipalités ont déjà le loisir de préparer leurs appels d’offres avec des critères de nature écologique dans le cadre législatif actuel.

Beaucoup de municipalités seraient intéressées par les camions électriques de collecte des matières résiduelles (Photo : Lion Électrique).

« Les organismes municipaux peuvent déjà utiliser des critères de qualité dans leurs appels d’offres publics, dont ceux axés sur l’environnement et le développement durable », indique le porte-parole du ministère, Sébastien Gariépy.

« Un organisme municipal pourrait ainsi inscrire dans son document d’appel d’offres, par exemple, qu’il vise l’acquisition de véhicules électriques, à travers certaines spécifications fonctionnelles et techniques ou par l’intégration de critères qualitatifs », ajoute-t-il.

Et c’est très exactement ce qu’a fait le maire de St-Sauveur l’an dernier lorsqu’il a décidé de doter son service de voirie d’un camion 100% électrique. L’appel d’offres le stipulait dans ses critères techniques et c’est Lion Électrique, de St-Jérôme, qui a remporté la mise.

« Il n’y a personne d’autre qui fait des camions 100% électriques de cette grosseur-là.  Alors le seul qui s’est pointé, c’est Lion », explique le maire Jacques Gariépy en entrevue à Transport Routier.

Lorsqu’elle en prendra livraison vers la fin de 2021 ou au début de 2022, la municipalité ajoutera le camion Lion à sa flotte qui comporte déjà des véhicules électriques. « Pour nos différents services, on a beaucoup de voitures électriques. Depuis trois ans, chaque fois qu’on a un véhicule à changer on va vers l’électrique, autant pour les véhicules utilitaires que pour les voitures de nos inspecteurs et inspectrices. On est dans ce mode-là », nous dit M. Gariépy.

Pour St-Sauveur, l’acquisition de son premier camion électrique représentait d’abord et avant tout une affirmation de conscience environnementale, s’inscrivant dans la même philosophie qui l’a amenée à installer des bornes de recharge gratuites destinées aux citoyens. « Il faut penser à sauver et à diminuer les gaz à effet de serre », dit le maire.

La décision d’achat a cependant été grandement facilitée par un programme de subvention disponible via la Fédération canadienne des municipalités (FCM), qui couvre jusqu’à 80% des coûts d’acquisition. « Ça fait deux ans qu’on est là-dedans et on vient d’obtenir la subvention », indique le maire.

Le camion sera essentiellement consacré à ce qu’on appelle des travaux d’hygiène du milieu, par exemple le transport de pompes et de moteurs pour des réparations de systèmes de gestion des eaux, de l’équipement et des outils servant à la protection des bandes riveraines, etc.

« C’est un immense coffre à outils », résume M. Gariépy.

Mais de prochaines commandes pourraient être placées pour des camions à bennes basculantes destinés à des applications plus costaudes, le transport de neige ou de gravier par exemple. « Lion nous a dit qu’éventuellement ils grossiraient le modèle pour avoir des versions 100% électriques avec boîte dompeuse. On va aller dans ce sens-là », explique l’élu municipal.

Même pour ses camions de type « pick-up », St-Sauveur vise le 100% électrique. La municipalité avait envisagé de faire l’achat de camionnettes neuves d’en vendre les composantes de propulsion à essence pour les convertir à l’électricité mais s’est ravisée lorsque Ford a annoncé la venue prochaine d’un modèle F-150 100% électrique.

Une vidéo promotionnelle de Ford circule sur le Web et on peut y voir un F-150 électrique tracter des wagons de chemin de fer dont le poids total excède le million de livres. D’accord, c’est un prototype qui ne représente pas nécessairement le modèle qui sera commercialisé, mais ça démontre le sérieux du fabricant.

Un marché à développer

À l’Union des municipalités du Québec (UMQ), on confirme que d’autres villes d’ici commencent à envisager l’acquisition de camions électriques. « Nous avons récemment octroyé un contrat pour la réalisation d’une étude de marché pour [avoir] le portrait des flottes municipales et de leur électrification », indique Patrick Lemieux, conseiller aux communications de l’UMQ.

Selon Patrick Gervais, vice-président responsable des communications chez Lion Électrique, le marché des camions municipaux est sans contredit dans la mire de son équipe de ventes.

« On pense que les flottes publiques devraient donner l’exemple sur l’électrification, autant au niveau du gouvernement fédéral, provincial que des municipalités », dit-il.

Il se dit d’autre part ravi de l’introduction éventuelle « de différents critères pour favoriser l’électrification et surtout la réduction des GES. C’est clair qu’on suit ça de très près », déclare M. Gervais au sujet du projet de Loi 67.

« En ce moment il y a beaucoup de municipalités qui sont intéressées par les camions de collecte des matières résiduelles, parce que le retour sur investissement est très rapide », affirme-t-il.

Mais les applications municipales vont bien au-delà des matières résiduelles. « Tout ce qui est voirie, transport de marchandise, c’est une possibilité », dit M. Gervais au sujet des capacités des camions Lion, ajoutant que l’ajout d’équipement auxiliaires tels que des balais rotatifs pour le nettoyage des rues ne serait pas problématique.

« On pourrait même utiliser nos camions pour le déneigement », ajoute-t-il, assurant que la puissance serait suffisante pour ce type d’application.

M. Gervais précise qu’il est par ailleurs tout à fait possible d’installer une prise de mouvement (PTO) sur un camion électrique pour alimenter de l’équipement auxiliaire, une option très prisée sur les camions municipaux.

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