Adieu papier!

0

Une fois par année, Isaac Instruments réunit ses clients dans le cadre de sa conférence des utilisateurs, pour faire le point évidemment sur les derniers développements entourant ses produits et recueillir les commentaires et suggestions de flottes présentes, mais aussi pour partager des expériences et des témoignages éclairants pour l’industrie dans son ensemble. Cette année, Isaac a donné la tribune à trois dirigeants de flotte qui utilisent depuis quelque temps les enregistreurs électroniques de bord (EEB), lesquels seront rendus obligatoires cette année aux États-Unis, et le seront vraisemblablement l’an prochain au Canada.

Changement de mentalité chez Express Mondor

Marco Aubin, directeur du recrutement et de la formation chez Express Mondor à Lanoraie, a indiqué d’entrée de jeu que l’entreprise avait autrefois une «mentalité de cowboy, mais nous avons travaillé à changer cela».

L’adoption des EEB s’inscrit d’ailleurs dans cette démarche, alors qu’Express Mondor en a commencé le déploiement en novembre 2014. «L’entreprise grandit chaque année, alors nous avons besoin de faire un meilleur suivi des chauffeurs», de dire M. Aubin. Express Mondor compte présentement 70 camions, en plus des 20 camions de son partenaire Transport L’Épiphanie. Les deux font du transport hors normes et spécialisé au Canada et aux États-Unis.

«Les vieux chauffeurs ont montré du mécontentement au début, mais nous nous sommes donné 12 mois pour faire connaître le produit d’Isaac. Le 1er novembre 2015, 100 pour cent de la flotte en était équipée.»

De nombreuses discussions ont eu lieu afin d’éduquer et de former les chauffeurs. Express Mondor a mis en place un programme de boni aux chauffeurs qui n’ont pas d’infraction aux heures de conduite et de repos. «Auparavant on disait, si la balance est ouverte, n’y allez pas. Maintenant, on dit allez-y!», souligne Marco Aubin.

Express Mondor a choisi d’implanter les EEB maintenant, même s’ils ne sont pas obligatoires, parce qu’elle est une entreprise en croissance, que c’est important pour son PEVL et son CSA, et qu’elle a besoin de méthodes efficaces de traçabilité.

Avant l’arrivée des EEB, deux personnes se consacraient à temps plein à la vérification des fiches en papier. «Il y avait six mois de retard et c’était la punition des employés qui étaient sur la CSST. Personne n’aimait ça, alors les blessés se rétablissaient en un mois», de blaguer M. Aubin.

Les fiches en papier entraînaient aussi des problèmes de conformité et, «lorsque la balance était ouverte, il y avait toujours un risque».

Les chauffeurs croyaient que les EEB allaient entraîner une diminution de leur salaire, mais une comparaison avec les quatre années antérieures à leur adoption a plutôt montré que les salaires étaient à la hausse. «Plutôt que de passer leur temps à jouer dans les «log books», ils étaient productifs. Ils croyaient à une diminution de leur kilométrage, on leur a plutôt prouvé qu’ils faisaient plus d’argent.»

Sur les 70 conducteurs, un seul a démissionné et un autre a refusé d’utiliser les EEB. «Les chauffeurs réalisent qu’ils gagnent jusqu’à deux heures par jour et qu’ils évitent des erreurs. Ils ne voudraient pas retourner au papier. Les répartiteurs et les vendeurs croyaient à une diminution du service à la clientèle; on peut plutôt dire à nos clients à quelle heure ils recevront leur cargaison.»

Express Mondor a constaté une réduction des infractions de l’ordre de 30 à 35 pour cent au Canada et aux États-Unis. «Les contrôleurs nous connaissent et ils savent maintenant comment fonctionne l’EEB d’Isaac. Avec les EEB, nous allons bien dormir, et nos chauffeurs aussi vont bien dormir», de dire M. Aubin.

Du scepticisme à l’adoption chez Somavrac

Transport Somavrac et Servitank, deux divisions de transport de matières en vrac du Groupe Somavrac à Trois-Rivières, ont placé leur premier EEB dans un de leurs camions en mars 2015. Présentement, quelque 25 camions sont équipés d’EEB et on estime que 80 pour cent de la flotte, qui compte près d’une centaine de camions, en sera équipée à la fin de cette année.

André Tardif,  directeur du transport, a expliqué à l’auditoire d’Isaac que les chauffeurs étaient sceptiques au début du processus. Il était important de choisir le chauffeur qui serait prêt à bien collaborer, celui qui parle à tout le monde et qui a bonne réputation. «Nous avons été très transparents avec lui; nous lui avons montré ce que nous pouvions voir sur nos écrans», de dire M. Tardif. «Jamais il n’a demandé à revenir au papier.»

Plusieurs chauffeurs plus âgés craignent de ne pas comprendre l’informatique. «Camionneur est le seul métier au monde où une erreur peut t’amener une contravention qui te mange une semaine de salaire. Nous nous sommes assurés de très bien former nos chauffeurs», souligne André Tardif. «Il n’y a à peu près pas eu de plaintes. On s’était préparé à toutes sortes de scénarios, mais ils ne sont jamais venus. L’adaptation a été très facile même si plusieurs chauffeurs d’expérience avaient beaucoup de craintes.»

Le Groupe Somavrac a décidé d’aller de l’avant tout de suite avec les EEB pour des raisons de sécurité, parce que les clients sont très à l’affût de toutes ses procédures et parce que la compagnie voulait être certaine que ce qui lui était rapporté était la vérité.

Les chauffeurs craignaient que leurs heures ne soient diminuées. Pour la plupart, les EEB n’ont rien changé. Les chauffeurs gagnent même de 30 à 45 minutes par jour avec la ronde de sécurité et les heures de service électroniques. «Les chauffeurs réalisent qu’ils ne voudraient pas retourner aux fiches en papier et que les solutions sont conviviales et efficaces. Nous n’avons perdu aucun chauffeur à la suite de l’adoption des EEB.»

«100 pour cent de nos chauffeurs ont la même paie et 80 pour cent perçoivent une amélioration de leur qualité de vie. Environ 20 pour cent ont manifesté leur mécontentement de devoir parfois dormir à Joliette plutôt que de revenir à Trois-Rivières.»

L’entreprise économise environ 5 000$ de documents imprimés par année.

ATD : récompenser l’élite

Transport ATD, d’Asbestos, exploite une flotte de 32 camions. Ghislain Tessier, président, cherchait une solution de remplacement au vieux logiciel de suivi de la compagnie qui ne comportait pas le positionnement en temps réel ni de tablette. Ce n’était ni plus ni moins que la fameuse boîte noire, ou «bavard» de l’époque. «Je ne voulais rien de branché dans le camion, je voulais quelque chose que les chauffeurs pouvaient apporter avec eux», d’expliquer M. Tessier, qui avait auparavant acheté des tablettes du commerce dans lesquelles il avait installé un logiciel de fiches électroniques. «Ça me coûtait extrêmement cher de tablettes qui se brisaient quand les chauffeurs les échappaient», se rappelle-t-il.

Le déploiement de la solution d’Isaac a commencé à la fin de 2015. Au départ, il ne visait pas particulièrement les EEB mais plutôt un système incitatif visant à récompenser l’élite. Les premiers participants se sont présentés sur une base volontaire, puis ils sont devenus des ambassadeurs pour les autres chauffeurs. «De faire participer des chauffeurs intéressés est ce qui a le plus aidé à faire la transition», constate M. Tessier. «J’avais beau dire ce que je voulais, lorsque les chauffeurs eux-mêmes parlaient du système à leurs confrères, cela a beaucoup aidé.»

L’entreprise a mis en place au début de l’an dernier un programme incitatif basé sur une cote de 100 s’appuyant sur les solutions d’Isaac. Pour chaque tranche de résultat mesuré, les chauffeurs reçoivent un boni au mille : une cote de 90 à 100 rapporte une prime de 4 cents du mille, ce qui fait environ 100$ par semaine.

«On n’a même plus besoin de limiteur. On constate que la carotte est plus puissante que le bâton», de dire Ghislain Tessier.

Partager.

À propos de l'auteur

Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News. Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom. Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun. Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.