L’ACC défend l’immigration alors que les conservateurs veulent supprimer le PTET
L’Alliance canadienne du camionnage (ACC) affirme que l’immigration demeure essentielle pour le l’industrie, alors que Michelle Rempel Garner, ministre du Cabinet fantôme conservateur responsable de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, a appelé à la suppression du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).
Mme Rempel Garner a déclaré à notre publication sœur TruckNews.com que le recours excessif à la main-d’œuvre étrangère temporaire sous contrat représente un risque pour l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement. Selon elle, avec la hausse du taux de chômage, l’argument voulant que « les Canadiens ne veulent pas faire ces emplois » ne tient plus.
«C’est la seule façon d’encourager l’élaboration de politiques qui permettront d’embaucher davantage de Canadiens sans emploi ou sous-employés à travers le pays, a-t-elle déclaré. Sans cette mesure, les industries qui sont devenues dépendantes d’une main-d’œuvre étrangère temporaire et sous contrat, disponible en quantité pratiquement illimitée, ne feront jamais les efforts nécessaires pour embaucher des Canadiens.»

De son côté, Geoff Wood, vice-président principal aux politiques à l’ACC, a affirmé que le PTET continuera de jouer un rôle important et doit demeurer une option viable pour soutenir l’industrie du camionnage.
«Ce programme d’immigration essentiel doit rester ouvert aux opérations légitimes», a-t-il indiqué. M. Wood a ajouté que le programme devait être modernisé et qu’un régime strict d’employeurs reconnus devrait être mis en place afin de garantir que les travailleurs soient traités équitablement, rémunérés correctement et aient la possibilité d’obtenir la résidence permanente.
Le 18 février, la ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Lena Metlege Diab, a annoncé les catégories 2026 du système Entrée express. Les camionneurs, qui avaient été retirés de la liste en février 2025, demeurent absents des professions du secteur des transports, bien que les mécaniciens de camions aient été ajoutés.
Les conservateurs veulent mettre l’accent sur les Canadiens sans emploi
En réaction à cette annonce, Mme Rempel Garner a déclaré que le gouvernement fédéral devait prioriser l’emploi des jeunes et concentrer ses efforts sur la formation des Canadiens sans emploi.
«Pourtant, les libéraux ne se concentrent que sur l’augmentation des flux migratoires, ce qui éloigne encore davantage nos jeunes des emplois qui leur permettraient de réussir», a-t-elle soutenu.
Elle a également affirmé que le gouvernement n’avait présenté aucun plan clair pour s’assurer que les trois millions de résidents temporaires non citoyens dont les permis expirent d’ici la fin de 2026 quitteront le Canada une fois leur statut échu.
La députée a indiqué que les conservateurs encouragent les associations industrielles qui dépendent du PTET à collaborer avec le gouvernement afin de mieux arrimer les Canadiens aux emplois disponibles.
L’ACC souhaite que les abus soient traités
«Le véritable problème, ce sont les organisations qui enfreignent les règles tout en continuant de bénéficier du programme, se livrant à des abus flagrants en matière de travail», a affirmé M. Wood. Il a ajouté que la suppression d’un programme utilisé par des employeurs respectueux de la loi n’était pas la solution et qu’il fallait plutôt cibler les abus, plutôt que de fermer des voies d’immigration.
Kanwar Sierah, consultant agréé en immigration canadienne basé à Mississauga, en Ontario, partage toutefois l’avis de Mme Rempel Garner. Selon lui, il existe suffisamment de camionneurs — résidents permanents ou citoyens canadiens — qui pourraient bénéficier de la fin du programme.
Il soutient que le PTET a été détourné par certaines entreprises de transport afin de faire baisser les salaires et de forcer des résidents temporaires à utiliser du matériel roulant dangereux. L’importation massive de chauffeurs aurait également favorisé une corruption systémique, notamment par l’entremise d’écoles de conduite frauduleuses, contribuant à la présence de chauffeurs incompétents sur les routes et à une hausse des collisions impliquant des véhicules commerciaux.
«Les entrepreneurs honnêtes et éthiques qui embauchent des Canadiens sont contraints de mettre la clé sous la porte, car lorsque l’exploitation devient un modèle d’affaires, personne ne peut rivaliser avec cela», a-t-il déclaré.
Selon lui, le PTET avait été conçu pour soutenir les entreprises en période de croissance économique. Dans un contexte de ralentissement et de diminution des possibilités d’emploi, il serait temps de mettre fin définitivement à ce programme.
Baisse de l’emploi dans le camionnage et la logistique
Les plus récents chiffres de RH Camionnage Canada alimentent le débat. L’emploi dans le secteur canadien du camionnage et de la logistique a reculé en décembre 2025, avec une perte de 16 700 emplois par rapport au mois précédent, soit une baisse de 2,1 %. Le nombre de chauffeurs routiers en activité a diminué de 6 300 durant la même période.
Comparativement à décembre 2024, l’emploi total du secteur a reculé de 1,2 %, représentant 9 800 emplois de moins sur un an. Alors que 900 personnes supplémentaires cherchaient du travail dans le secteur par rapport à novembre, ce nombre a diminué de 3,9 % (1 300 personnes) sur une base annuelle.
En décembre 2025, on comptait 14 900 chauffeurs de moins qu’un an plus tôt, soit une baisse de 4,3 %. Parallèlement, le nombre de demandeurs d’emploi dans le transport routier a augmenté de 7,2 % par rapport au mois précédent (+1 100 personnes) et de 17,1 % sur un an (+2 400 personnes).
Appel à davantage de contrôles et d’audits
Manan Gupta, président de Skylake Immigration à Brampton, en Ontario, estime que la suppression du PTET ne réglerait pas les abus du système d’immigration.
Il partage l’avis de l’ACC selon lequel, dans des secteurs critiques comme le camionnage, où les pénuries de main-d’œuvre persistent, la fin du programme nuirait aux entreprises respectueuses des règles et pourrait aggraver la situation.
M. Gupta appuie également l’idée d’un programme d’employeurs de confiance et réclame des réformes plus strictes : application rigoureuse de la loi, audits réguliers, sanctions sévères en cas d’infraction, divulgation publique des employeurs fautifs et tolérance zéro envers l’exploitation et les fausses déclarations.
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