Pierre Robitaille : entrepreneur et camionneur

Je vous fais un aveu d’emblée : Pierre Robitaille est un ami de longue date. Lorsque je l’ai connu, il était le propriétaire du marché IGA de la petite ville où j’habite. Quand je l’ai recroisé par hasard cet été, il descendait de son Kenworth T660 2015 stationné devant chez lui. C’est qu’en 2019, cet épicier de père en fils a décidé de devenir camionneur-propriétaire.

Adolescent, il travaillait à l’épicerie familiale de Sorel-Tracy. «Je voyais bien que j’allais éventuellement prendre la relève. Je voulais faire un cours en comptabilité parce que j’aime contrôler les achats et les dépenses», dit-il. Il s’est rendu jusqu’à suivre des cours à l’université.

En 1988, à 19 ans, sa mère l’a endossé pour qu’il puisse devenir copropriétaire avec elle d’un nouveau marché IGA dans sa ville. Cela a duré 16 ans. Une expérience qui lui a permis de toucher à tous les aspects de l’entreprise.

Puis on lui a offert de s’occuper du marché IGA de Contrecœur, qu’il a rentabilisé en huit semaines. Quelques années plus tard, il inaugurait un vrai supermarché flambant neuf dans cette localité.

Mais déjà l’idée du camionnage lui trottait dans la tête. Il est même allé chercher sa classe 1.

«Je gagnais bien ma vie. J’étais au plus fort de ma carrière de propriétaire de supermarché, mais je me questionnais : est-ce que je trippe encore? Pour certaines choses, oui, pour d’autres, non. On a mis le magasin en vente.»

À 49 ans, il était trop jeune pour devenir retraité à temps plein. «Camionneur, c’était un rêve d’enfance. Quand j’étais chez mon père, voir les camions reculer au quai du magasin, ça me fascinait.»

«Je pense que je suis un gars de bébelles! Les gros camions, les gros tracteurs», poursuit-il. «D’ailleurs, j’ai démarré une compagnie de déneigement, que j’ai exploitée presque 10 ans en parallèle au supermarché. Je me suis gâté. J’ai été propriétaire de plusieurs tracteurs.»

Pierre Robitaille et son Kenworth. (Photo: Steve Bouchard)

Il a fait ses premiers quarts de travail comme camionneur, du déneigement de nuit, chez Transport Gaudette à Contrecœur, alors qu’il était encore propriétaire de ses deux entreprises. Petit à petit, il s’est mis à passer plus de temps au volant d’un camion.

Il a été chauffeur local et régional pendant environ deux ans, mais son ADN d’entrepreneur est vite réapparu. Il a acheté son Kenworth et une remorque plateau flambant neuve.

«J’aimais ça aller loin. Le local, ce n’est pas ma tasse de thé.»

Présentement, il se rend presque exclusivement aux États-Unis.

La vente du supermarché lui donne une certaine liberté financière et dans son emploi du temps.

«J’aime travailler et j’ai besoin de travailler, mais je ne suis pas obligé de rouler 52 semaines par année. J’ai pressenti trois compagnies qui cherchaient des voituriers-remorqueurs, dont Nomade Transport. Nous avons établi différents modèles d’opération, car il était clair pour moi dès le début que je voulais travailler 36 semaines par année et avoir 16 semaines de congé réparties ici et là, et je préviens quand je ne suis pas disponible.»

«Nomade était prête à prendre le risque d’avoir un gars plus ou moins à temps partiel. Ce n’est pas conventionnel», reconnait-il.

Le gestionnaire ne se cache jamais bien loin dans ses décisions de camionneur-propriétaire.

«J’ai acheté un camion en bon ordre, je l’ai fait inspecter avant de signer et j’ai exigé une garantie complète de trois ans supplémentaires. Je voulais cette sécurité pour commencer.»

L’indépendance vient avec une obligation de rigueur. «C’est ton camion, si tu le négliges, c’est toi qui vas avoir les problèmes et les dépenses. Tu ne peux pas dire que tu ne le savais pas. Tu vis dedans, tu entends les bruits, tu peux sentir ce qui s’en vient», dit-il.

«Je sais que, d’ici un an, j’aurai huit pneus à mettre sur ma remorque.»

Pierre a ses propres ses permis, c’est pour lui une autre façon de contrôler ses coûts. «Il y a certaines choses que je ne peux pas contrôler, comme la température et le vent, mais je peux contrôler ma vitesse et je la limite à 102 km/h. Tout ce que tu peux économiser, tu l’économises.»

Il a choisi le flat bed parce qu’il aime travailler physiquement. «Quand je ne peux pas bouger, je n’aime pas ça. D’ailleurs, son vélo est toujours accroché à l’avant de sa remorque. «Ça tient en forme… j’en fais quand j’ai des temps d’attente ou des temps morts.»

Est-il heureux de sa décision de passer au camionnage? «Absolument!» 

Il ne sait pas combien de temps encore, mais il veut continuer à profiter de sa vie de routier tout en réduisant un peu l’horaire de travail graduellement.

«Mais c’est clair que je vais avoir un camion encore pour quelques années», assure-t-il.

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.