Rencontre avec Jerôme Veer, président de VTL Express/MV Express.

Jérôme Veer, président de VTL Express/MV Express à Lévis, ne cherche pas la lumière des projecteurs. Mais l’histoire de cette entreprise qui, sans tambour ni trompette, s’est hissée au 19e rang de notre Top 25 des plus grandes flottes publiques du Québec 2021, mérite d’être racontée.

VTL Express/MV Express, propriété du Groupe Veer, a fait son entrée dans notre palmarès en 2017, alors que la flotte comptait 450 unités. Ce chiffre s’élève aujourd’hui à 581.

À l’origine, la famille Veer n’œuvrait pas dans le camionnage, même si elle avait besoin de camions pour opérer.

Tout a commencé en 1963, lorsque Réal Veer et Pauline Couture ont démarré une entreprise de classification et de mise en marché des œufs. Les affaires ont duré pendant 50 ans, jusqu’en 2013, année où la compagnie a été vendue.

Jérôme et ses frères, Pascal et Patrice, vice-présidents de VTL Express/MV Express Express, sont arrivés en 1987 et n’ont jamais travaillé ailleurs que dans l’entreprise familiale.

Jérôme se rappelle : «On allait chercher les œufs chez les producteurs, on les amenait chez nous, on les classait et on les emballait. Il y avait les marques des supermarchés et nous avions notre marque privée. On les redistribuait dans les supermarchés, les restaurants, les pâtisseries, partout où il se consomme des œufs.»

Jérôme Veer, président de VTL Express/MV Express à Lévis. (Photo: Claude Mathieu/Pub Photo)

Un virage naturel

Réal Veer inc. livrait partout dans la province avec ses camions porteurs. «On revenait à vide de certains endroits, alors on s’est dit : pourquoi ne pas offrir un service de transport? C’est comme ça qu’on a commencé à faire du transport», explique le président de VTL Express/MV Express.

L’entreprise exploitait ni plus ni moins qu’une flotte privée et le transport a toujours été intimement lié à ses opérations. «Les deux premières choses que mon père a achetées pour l’entreprise, c’est une machine pour classer les œufs et un camion porteur Ford à six roues», souligne M. Veer.

«En 1993, nous avons formé la compagnie de transport et, en 1995, nous avons acheté notre premier tracteur routier. C’était pour la livraison des œufs et nous avions quelques autres clients. À ce moment-là, l’objectif n’était pas de créer une compagnie de transport, mais de répondre à la demande des clients dans la distribution d’œufs.»

C’est aussi durant cette période que Réal Veer inc. a acheté son premier camion frigorifique.







Dans la chronologie des choses, c’est MV Express qui a été la première entreprise de camionnage fondée par la famille Veer.

«En 1997, nous avons formé MV Express avec la famille Métivier, propriétaire de la compagnie de fabrication de plastique moulé IPL, de Saint-Damien dans Bellechasse», explique Jérôme Veer. «Je savais qu’ils avaient des retours dans certains secteurs, alors je leur ai offert nos services de transport. Et MV Express est née de là.» La compagnie était installée à Sainte-Claire à l’époque.

En 2007, le Groupe Veer s’est porté acquéreur à 100 % de cette division qui se spécialise dans le transport en vrac et général dédié aux secteurs industriels et agroalimentaires.

La croissance de la compagnie s’est faite à la fois de façon organique et par acquisitions, notamment avec l’achat des tracteurs et des remorques fourgons de Mise Express, compagnie appartenant à un cousin, Serge Veer, décédé en 2010.

Puis vint l’acquisition en 2011 de VTL Express, compagnie de camionnage général par remorques fourgons fondée par Pierre Tremblay et Benoit Tremblay au milieu des années 1990. «Cette acquisition nous a permis d’augmenter notre volume et aussi d’avoir un pied-à-terre à Québec, évitant ainsi à plusieurs de nos chauffeurs de Québec et de la Rive-Sud de devoir se rendre à Sainte-Claire», indique M. Veer.

«Nous avions de la demande et la compagnie était en train de prendre une autre dimension. Si nous voulions être en mesure de desservir des plus grosses compagnies à plus gros volumes, il nous fallait une masse critique de camions et de remorques. En achetant VTL Express, nous avons doublé de taille.»

En 2013, le Groupe Veer a vendu son entreprise de distribution d’œufs pour œuvrer uniquement dans le transport.

En 2016, le groupe a fait l’acquisition de ses installations actuelles sur la route du Président-Kennedy à Lévis. Ces installations appartenaient à TransForce, qui les avaient obtenues lors de l’acquisition de Transport Fortier Boostway.

Une question de fierté

Le Groupe Veer faisait déjà affaire avec de grandes bannières de supermarchés. Les liens étaient donc déjà établis pour leur offrir des services de transport.

«Nous avons déniché quelques clients mais, en général, c’est le marché qui est venu à nous», de dire M. Veer.

Aujourd’hui, environ 80 % du chiffre d’affaires de VTL Express/MV Express provient du transport général TL et LTL au Canada et aux États-Unis avec VTL Express, et 20 % en transport spécialisé régional (plastique et moulée) avec MV Express.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le transport spécialisé est plus facile aux yeux de M. Veer, en ce sens qu’il n’y a pas à trouver une cargaison de retour. «Avec une citerne, on charge, on livre et on revient. Mais quand tu envoies un camion en Floride ou au Texas, tu ne le fais par revenir vide du Texas. Le transport général demande beaucoup plus d’énergie. Mais j’aime les deux types de transport parce que dans le fond, nous ce qu’on aime, c’est faire du transport», lance-t-il.

Le président de VTL Express/MV Express tire d’ailleurs une grande fierté de faire du transport. C’est pour lui une source de valorisation au quotidien.

«Pour nous, la priorité, c’est de bien desservir nos clients et d’avoir cette fierté de dire que nous approvisionnons des compagnies comme IPL. Ce sont des grandes responsabilités, car ces clients ne veulent pas manquer de matière première, ils ne veulent pas entendre que nous n’avons pas suffisamment de chauffeurs ou de camions. Ils veulent que leur production roule.»

«Être dans un supermarché au New Jersey, voir une boîte de biscuits Leclerc et savoir que c’est nous qui l’avons apportée, c’est ça qu’on aime, c’est ça notre passion.»

Jérôme Veer a appris de son père la grande valeur du service à la clientèle. «La qualité des œufs et le service, c’était la priorité numéro un. Si un marchand avait besoin d’œufs parce qu’il y avait une promotion sur la première page d’une circulaire, on allait lui en livrer. On disait : il ne faut pas laisser le comptoir à œufs sur la tôle!»







Outre le service, VTL Express/MV Express veut se démarquer par la qualité de son personnel, en misant notamment sur la formation et la transparence. «Nos gens sont tous avisés de dire la vérité au client. Parce que si le client m’appelle et me pose des questions, je n’embarquerai pas dans les mensonges. Si le client m’appelle, je vais aller aux sources et je vais lui dire la vérité.»

Il y a aussi la qualité de l’équipement. «Nous voulons avoir du matériel récent et en ordre.»

Enfin, il y a le côté familial. En plus des frères de Jérôme à la vice-présidence, sa femme Kathy travaille dans l’entreprise, sa fille Rosalie est à la répartition et son fils Mathias, étudiant en administration à l’université, travaille dans l’entreprise l’été et les fins de semaine. Alexandre et Élodie, les enfants de Pascal, étudient également à l’université et travaillent l’été dans l’atelier de mécanique.

Maxime Labonté, vice-président Opérations, fait partie de la relève interne. Dans la mi-trentaine, il s’est joint à l’entreprise à l’adolescence et il agit comme pont générationnel entre la direction en place et la relève.

«Mes frères et moi avons commencé avec nos parents et nous avons toujours travaillé ensemble. Nous avons de la relève et elle est très dynamique. Nous voulons leur donner des mandats, des projets à développer. Je veux leur transmettre la même passion que nous, la même satisfaction d’avoir bien servi le client. Mais la volonté de travailler dans la compagnie doit venir d’eux», insiste M. Veer.

VTL Express/MV Express veut continuer sa croissance organique et par acquisitions. «Maintenant, on vise Montréal et on vise Toronto.» Le plus gros défi qui se pose, c’est de trouver la main-d’œuvre pour réaliser ces ambitions.

«La pénurie de main-d’œuvre, ça nous rentre dedans», déplore M. Veer, ajoutant que Chaudière-Appalaches est l’une des régions au Canada où le taux de chômage est le plus bas.

«C’est la main-d’œuvre qui nous permettra de nous rendre là où nous voulons aller», conclut-il.

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.