La hausse des prix du diesel pourrait frapper les consommateurs plus durement que celle de l’essence pendant des mois
La hausse des prix du diesel continue de se répercuter dans l’économie et d’exercer une pression sur les consommateurs sans fin en vue à court terme, même si un cessez-le-feu fragile au Moyen-Orient offre un léger répit aux marchés mondiaux des matières premières.
Le prix moyen de gros du diesel est demeuré à plus de 55% au-dessus des niveaux d’avant-guerre au cours des derniers jours, selon des données de Ressources naturelles Canada (RNCan), malgré l’annonce par les États-Unis d’une pause de deux semaines des hostilités avec l’Iran.

Même si les prix du diesel devraient diminuer quelque peu à la suite de l’entente, les experts affirment que les coûts élevés du carburant continueront de se traduire par des prix plus élevés pour des produits allant des denrées alimentaires aux vêtements pendant encore plusieurs mois.
«Un chargement entre Toronto et Montréal coûte environ 300$ de plus qu’il y a six semaines», a déclaré Mike Millian, président de l’Association canadienne du camionnage d’entreprise (ACCE), qui représente environ 200 entreprises disposant de flottes privées, dont Tim Hortons, Home Hardware et Loblaw. «Ces coûts devront être refilés aux consommateurs.»
Entre-temps, les infrastructures endommagées, les perturbations de l’approvisionnement et les goulets d’étranglement dans le traitement causés par les attaques et la fermeture du détroit d’Ormuz signifient que le diesel sortira des raffineries plus lentement pendant une bonne partie de l’année.
Cette étroite voie navigable, où les blocages ont maintenu le pétrole et le gaz naturel coincés dans le golfe Persique et hors de portée des clients à travers le monde, demeure effectivement fermée. De nombreuses installations de distillation du brut ont réduit leur production, faisant grimper les prix à l’échelle mondiale.
«Tous les modes de transport sont désormais désalignés, et il faudra beaucoup de temps avant que la situation ne soit corrigée et rétablie», a déclaré Mary-Jane Bennett, consultante en transport basée à Vancouver.
Les camionneurs qui transportent des produits alimentaires, des vêtements et des produits pharmaceutiques à travers le continent vers les tablettes canadiennes ne peuvent absorber qu’une faible part de la hausse des coûts qui en découle. Il en va de même pour les expéditeurs confrontés aux surcharges de carburant imposées par les transporteurs, ainsi que pour les détaillants qui constituent la première ligne des ventes.
«Lorsque vous avez une marge d’environ 2% et que vous subissez des hausses de coûts de 10 à 15%, que vous les intégriez dans le prix ou que vous les ajoutiez sous forme de surcharge, vous devez les refiler», a déclaré Gary Sands, vice-président principal à la Fédération canadienne des épiciers indépendants, qui représente environ 6 900 magasins.
«Sinon, vous ne serez plus un épicier indépendant, vous serez un épicier en faillite.»
Les produits frais parcourent souvent des milliers de kilomètres en camion semi-remorque pour atteindre les magasins et entrepôts canadiens. La viande et les produits laitiers nécessitent des camions réfrigérés, qui consomment davantage de diesel par kilomètre. Ces trois catégories d’aliments ont déjà connu des hausses de prix, a indiqué Gary Sands.
«Nous importons environ 80% de nos produits frais au pays. C’est au niveau du diesel que l’impact se fait sentir le plus rapidement et de façon la plus importante», a-t-il ajouté.

Bien que la hausse du prix de l’essence à la pompe soit au cœur des préoccupations de nombreux Canadiens, ce sont le diesel et d’autres dérivés pétroliers comme le carburant aviation qui ont enregistré les plus fortes augmentations. Le prix moyen de détail de l’essence demeurait environ un tiers plus élevé que les niveaux d’avant-guerre vers la fin de la semaine, ayant à peine bougé après l’annonce du cessez-le-feu, selon des données de RNCan.
Les prix de détail du diesel ont en fait légèrement augmenté mercredi dernier, au lendemain de l’annonce de la trêve temporaire, avant de reculer de 2% par rapport au sommet annuel de mardi, qui dépassait légèrement 2,39 $ le litre.
«Il est possible que la situation s’aggrave avant de s’améliorer», a fait part Ross Prentice, cofondateur d’Evotrux, une plateforme en ligne qui met en relation expéditeurs et transporteurs.
Le diesel alimente des secteurs allant de l’agriculture à l’exploitation minière et à la fabrication, et la hausse des coûts à laquelle ils font face est susceptible de se traduire par des prix plus élevés pour les biens de consommation.
Les pénuries découlant du conflit ont également perturbé les chaînes d’approvisionnement, alors que les usines réduisent leur production.
«Nos fabricants en Asie nous disent de nous préparer : les prix vont augmenter, parce que leurs propres coûts augmentent pour se procurer les matières», a affirmé François-Xavier Robert, cofondateur de Quartz Co., un fabricant de manteaux basé à Montréal.
La production peut être retardée en raison de difficultés d’approvisionnement pour des composants allant des œillets aux fermetures éclair et aux garnitures, a-t-il précisé.
«Il y a des articles qu’ils ne pourront tout simplement pas obtenir du tout. Ils font face à des pénuries, pas seulement à des hausses de prix», a-t-il dit à propos des fournisseurs.
Plus de 80% du pétrole et du gaz naturel qui transitent habituellement par le détroit d’Ormuz sont destinés aux marchés asiatiques. Le Bangladesh et le Sri Lanka rationnent le carburant depuis des semaines.
L’U.S. Energy Information Administration a projeté cette semaine que le prix du Brent, la référence internationale, serait supérieur de 39% cette année par rapport à l’an dernier, tandis que la production mondiale de pétrole, dont est dérivé le diesel, reviendrait «près des niveaux d’avant le conflit à la fin de 2026». Ce scénario suppose toutefois que les hostilités cessent définitivement d’ici la fin du mois et que le trafic dans le détroit reprenne «progressivement».
«Difficile de dire à quoi ressemblera l’avenir. La situation a été tellement volatile au cours des cinq dernières années qu’il est très difficile de faire des prévisions», a souligné Ted Daniel, chef de la direction de Titanium Transportation Group, basée en Ontario. «On y va au jour le jour et on essaie de s’adapter.»
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