Le comportement des conducteurs: un facteur clé pour les économies de carburant et la sécurité
Améliorer l’efficacité énergétique, réduire les coûts et diminuer les risques peuvent sembler être des objectifs distincts, mais lors d’un panel à Truck World consacré à l’éco-conduite et au coaching technologique, les intervenants ont clairement indiqué que tout commence au même endroit : le conducteur.
La discussion, tenue sur la scène GreenTech Conference, a réuni Terry Gardiner d’Isaac Instruments, Jorge Moraes de K3 GreenTech ainsi que Patrice Veillette d’Intact Assurance, qui a apporté une perspective d’assurance sur la manière dont le comportement des conducteurs influence la performance des flottes.

Leur message a été constant tout au long des échanges : les flottes n’ont pas besoin d’attendre de nouveaux camions ou des carburants alternatifs pour améliorer leur durabilité, elles peuvent commencer dès maintenant en modifiant la façon dont leurs conducteurs opèrent au quotidien.
«De petits changements dans le comportement de conduite peuvent générer d’importants gains en matière de durabilité et de sécurité», a affirmé Patrice Veillette.
Le comportement des conducteurs : le levier le plus important
Alors que l’industrie met souvent l’accent sur l’électrification et les technologies émergentes, les panélistes ont souligné que les gains les plus immédiats proviennent de l’amélioration des habitudes de conduite de base.
La vitesse, l’accélération, le freinage, le ralenti et même le choix des itinéraires ont tous un impact direct sur la consommation de carburant et le niveau de risque.
«Réduire la vitesse maximale permet de générer des économies de carburant immédiates», a expliqué M. Veillette, ajoutant que cela contribue également à diminuer la gravité des collisions et les coûts d’assurance.
Terry Gardiner l’a formulé de façon plus directe.
«Le pied du conducteur est sur la pédale», a déclaré Terry Gardiner. «Personne n’a plus d’influence sur la consommation de carburant et le risque d’assurance que le conducteur.»
Ce lien entre efficacité énergétique et sécurité a été un thème récurrent. Une conduite agressive comme des accélérations brusques, des freinages fréquents et un suivi de trop près, augmente non seulement la consommation de carburant, mais aussi le risque de collisions.
À l’inverse, une conduite plus souple et défensive améliore à la fois l’efficacité énergétique et la sécurité.
«En rendant vos conducteurs plus efficaces sur le plan énergétique, vous les rendez aussi plus sécuritaires», a souligné Terry Gardiner, citant des données montrant des réductions mesurables des freinages brusques, des virages serrés et des collisions à mesure que la performance des conducteurs s’améliore.
Des données en abondance à l’action
Avec les systèmes télématiques qui génèrent désormais des quantités massives de données, le défi pour les flottes n’est plus de collecter l’information, mais bien de l’exploiter efficacement.
«Nous recevons des millions de points de données», a expliqué Terry Gardiner. «Mais comment les traduire en changements concrets et significatifs?»
La réponse, a-t-il dit, réside dans la simplicité.
Plutôt que de submerger les conducteurs et les gestionnaires de données, les flottes doivent les traduire en indications claires et exploitables. Un coaching en temps réel, comme de simples indicateurs vert, jaune et rouge, permet aux conducteurs d’ajuster immédiatement leur comportement.
«Faites en sorte qu’aujourd’hui soit meilleur qu’hier», a déclaré M. Gardiner.
Patrice Veillette a abondé dans le même sens, en soulignant l’importance d’identifier d’abord les comportements les plus à risque, puis de les corriger de façon progressive.
«Identifier, corriger, accompagner et suivre», a résumé M. Veillette. «On ne règle pas tout en même temps.»
Cette approche progressive a été reprise par l’ensemble des panélistes.
«Le camionnage, ce n’est pas du baseball : il n’y a pas de coups de circuit», a ajouté Terry Gardiner. «Ce sont des simples et des doubles. Il faut travailler chaque gain.»
Pressions liées aux coûts et à l’assurance : un moteur de changement
Patrice Veillette a indiqué que,du point de vue de l’assurance, les enjeux n’ont jamais été aussi élevés.
La hausse des coûts des réclamations, l’augmentation des litiges et les «jugements nucléaires» ont fait grimper les primes, exerçant une pression accrue sur les flottes pour mieux gérer les risques. Les données télématiques deviennent un outil clé dans cet effort.
En analysant des données à haute fréquence comme la vitesse, les événements de freinage et les habitudes de conduite, les assureurs peuvent évaluer plus précisément le niveau de risque et récompenser les flottes les plus sécuritaires.
Les programmes qui exploitent ces données offrent déjà des incitatifs concrets, permettant aux flottes de bénéficier de réductions de primes importantes en améliorant le comportement des conducteurs.
«Il n’y a pas beaucoup de marge de profit dans cette industrie», a déclaré Patrice Veillette. «Je ne comprends toujours pas pourquoi certaines entreprises laissent passer ces occasions.»
La technologie comme levier
Bien que les trois panélistes aient souligné la valeur de la technologie, ils ont été tout aussi clairs sur le fait qu’elle ne constitue pas une solution miracle.
Jorge Moraes, dont l’entreprise aide les flottes à adopter des technologies d’efficacité, a indiqué que de nombreux exploitants se tournent rapidement vers l’électrification sans corriger des inefficacités plus fondamentales. Il a comparé la situation à un seau percé.
«Vous avez des fuites, comme une mauvaise conduite, une pression des pneus inadéquate ou un ralenti excessif», a expliqué Jorge Moraes. «Si vous ne corrigez pas ces éléments, vous perdez de l’argent, peu importe la technologie que vous ajoutez.»
Cela ne signifie pas pour autant que les technologies avancées n’ont pas leur rôle à jouer. Jorge Moraes a notamment évoqué des solutions émergentes comme les systèmes hybrides en rétro-installation et les outils de surveillance des conducteurs alimentés par l’IA, capables de détecter la fatigue et d’inciter les conducteurs à prendre des pauses.
Mais il a insisté sur le fait que l’adoption doit reposer sur des cas d’affaires clairs, et non sur des effets de mode, a souligné Jorge Moraes.
«Les entreprises n’adoptent pas la durabilité, elles adoptent l’économie», a déclaré Jorge Moraes.
Mesures concrètes pour les flottes
Pour les flottes qui se demandent par où commencer, les panélistes ont donné une réponse claire : se concentrer sur ce qui peut être contrôlé dès aujourd’hui. Cela commence par la formation et le coaching des conducteurs, appuyés par la télématique et, de plus en plus, par des caméras embarquées orientées vers l’intérieur et l’extérieur du véhicule.
Cela implique aussi de fixer des objectifs réalistes, de calibrer les systèmes pour éviter de submerger les conducteurs d’alertes et de bâtir une culture d’amélioration continue.
«Commencez petit», a conseillé Jorge Moraes. «Un camion, un conducteur, puis développez à partir de là.»
Terry Gardiner a souligné que les petites flottes peuvent même bénéficier d’un avantage.
«Il est plus facile de faire tourner un canot qu’un paquebot», a-t-il illustré, laissant entendre que les plus petites flottes peuvent mettre en œuvre des changements plus rapidement que les grandes organisations.
Perspectives d’avenir
Interrogé sur ce qui distinguera les flottes les plus performantes dans les prochaines années, Patrice Veillette a évoqué celles qui adopteront pleinement les données et la visibilité.
Cela implique d’intégrer la télématique, les caméras et les outils d’analyse aux opérations quotidiennes, et d’utiliser ces informations pour orienter la prise de décision.
«Elles savent tout ce qu’elles font», a expliqué Patrice Veillette. «Elles comprennent les risques et les gèrent.»
Finalement, le message du panel portait moins sur la technologie elle-même que sur la discipline.
Dans un marché difficile, où les marges demeurent serrées et les coûts continuent d’augmenter, les flottes qui réussiront ne seront pas nécessairement celles disposant du matériel roulant le plus récent.
Ce seront celles qui tireront le maximum de ce qu’elles ont déjà, en commençant par la personne derrière le volant.
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