Les permis de TET pour les camionneurs ont quadruplé depuis 2010, rapportent les Teamsters
Selon un nouveau rapport de Teamsters Canada, le nombre de permis de travailleurs étrangers temporaires (TET) approuvés chaque année pour les camionneurs au Canada a plus que quadruplé au cours des 14 dernières années.
Le rapport, Trends in Approvals for Temporary Foreign Worker (TFW) Positions in the Trucking Sector (2010-2024), soutient que cette hausse reflète un changement structurel dans la façon dont certaines entreprises de camionnage dotent leurs opérations, en s’appuyant davantage sur la main-d’œuvre migrante plutôt que d’améliorer les salaires et les conditions de travail afin d’attirer des conducteurs locaux.

«Depuis plus d’une décennie, l’industrie affirme aux gouvernements qu’il y a une pénurie de conducteurs au Canada», a déclaré François Laporte, président de Teamsters Canada, dans un communiqué. «Or, les données montrent plutôt que les Canadiens ne se bousculent pas pour occuper des emplois qui ne permettent pas de gagner un revenu suffisant pour vivre et dont les normes du travail se sont détériorées année après année.»
M. Laporte a indiqué que les employeurs se tournent de plus en plus vers des travailleurs étrangers plutôt que de s’attaquer à ces problèmes de fond.
Le rapport décrit ce qu’il qualifie de «spirale descendante» au sein de l’industrie.
Selon Teamsters Canada, les salaires stagnants et les conditions de travail difficiles dissuadent les Canadiens d’entrer dans l’industrie du camionnage ou d’y rester. Plutôt que d’améliorer ces conditions, les employeurs se tournent vers le programme des travailleurs étrangers temporaires pour combler les postes vacants, ce qui perpétue le cycle.
Comme les permis de TET sont généralement liés à un seul employeur, le syndicat soutient que les conducteurs migrants peuvent se retrouver vulnérables à l’exploitation, notamment au vol de salaire et à la classification erronée dans des modèles comme «Chauffeur inc.»
Le rapport souligne également que certaines entreprises ont obtenu des centaines de permis sur plusieurs années, ce qui laisse croire que le programme est utilisé comme une stratégie de main-d’œuvre à long terme plutôt que comme une solution temporaire à une pénurie.
Ces préoccupations font écho aux critiques d’organisations internationales. Un rapport de 2024 du Rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage a qualifié le Programme des travailleurs étrangers temporaires du Canada de «terreau fertile» pour l’esclavage moderne, tandis qu’Amnesty International a soulevé des préoccupations similaires en 2025.
Teamsters Canada a souligné que la responsabilité incombe aux décisions politiques plutôt qu’aux travailleurs eux-mêmes.
«Ne blâmez pas les immigrants», a déclaré M. Laporte. «Blâmez les politiciens qui croient tout ce que disent les entreprises et qui permettent à l’industrie du camionnage d’utiliser la main-d’œuvre migrante comme substitut au versement de salaires beaucoup plus compétitifs.»
Le syndicat appelle le gouvernement fédéral à réduire le recours aux permis de travail fermés dans le camionnage, à établir un salaire plancher significatif et à faire respecter des règles de rémunération qui compensent les conducteurs pour toutes les heures travaillées.
Il exhorte également Ottawa à offrir des voies plus claires vers la résidence permanente pour les TET déjà présents au Canada, tout en renforçant l’application des règles contre la mauvaise classification et en mettant pleinement en œuvre les mesures de répression visant le modèle «Chauffeur inc.» annoncées dans le budget 2025.
Enfin, le syndicat renouvelle son appel pour que la conduite de camions soit officiellement reconnue comme un métier spécialisé, une mesure qui, selon lui, contribuerait à rehausser les normes dans l’ensemble de l’industrie.
Le rapport peut être consulté ici.
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