Hausse du pétrole, inflation et incertitude: le message prudent de Florence Jean-Jacobs au Congrès de l’ACQ
«Toujours de l’incertitude à l’horizon.» C’est ainsi que Florence Jean-Jacobs, économiste principale chez Desjardins, a résumé l’état actuel de l’économie lors de sa conférence, présentée par la Fondation pour la formation en transport routier, au 73e Congrès de l’Association du camionnage du Québec. Le contexte économique est marqué par un choc pétrolier majeur, des tensions géopolitiques persistantes et des perspectives en demi-teinte.
Un choc pétrolier important
Le contexte géopolitique, notamment le conflit impliquant Israël et l’Iran, a entraîné une baisse significative de la production mondiale de pétrole. Selon les données présentées, la perte de production a atteint entre 10 et 12 millions de barils par jour, un niveau élevé comparativement aux épisodes précédents.
«On pensait au départ que ce serait un choc de courte durée», a indiqué Florence Jean-Jacobs. «Mais la prolongation du conflit a entraîné un maintien des pressions sur les prix.»
Le prix du baril de West Texas Intermediate (WTI) a ainsi atteint des pointes d’environ 100 $ US, alors que les prévisions initiales tablaient sur un retour plus rapide à des niveaux plus bas.

Des prix de carburant appelés à rester élevés
Les ajustements aux prévisions se reflètent également dans les prix à la pompe. Au Canada, les prix de l’essence ont récemment avoisiné les 2 $ le litre.
«Le retour à des niveaux plus bas devrait se faire plus tardivement, possiblement vers la fin de 2026 », a précisé l’économiste.
Ces niveaux de prix ont des répercussions directes sur les secteurs fortement dépendants du carburant, dont le transport routier. En outre, l’approvisionnement pourrait être perturbée jusqu’au milieu de l’année.

Une inflation en hausse
La hausse des prix de l’énergie exerce une pression à la hausse sur l’inflation. Les plus récentes projections de la Banque du Canada indiquent une inflation autour de 2,3 % en 2026, comparativement à des prévisions antérieures plus faibles. Les données présentées montrent également que cette révision s’accompagne de prévisions de croissance du PIB réel plus modérées. «Une part importante de la hausse des prix s’explique par l’énergie», a indiqué Florence Jean-Jacobs.
Des effets différents selon les régions
L’impact de la hausse des prix du pétrole varie selon les régions du pays. Dans l’Ouest canadien, la production pétrolière contribue à atténuer certains effets économiques. Au Québec, l’effet est différent. « On observe une hausse de l’inflation, sans bénéficier d’un effet équivalent sur la croissance », a expliqué l’économiste.
Les prévisions indiquent néanmoins une croissance économique positive, bien que plus faible que prévu initialement.

Des taux d’intérêt stables à court terme
La Banque du Canada fait face à des signaux économiques contrastés : une inflation influencée par les prix de l’énergie et une activité économique plus modérée. Dans ce contexte, les prévisions présentées suggèrent un maintien du taux directeur à court terme.
«On a une économie qui ralentit, mais aussi des pressions inflationnistes liées à l’énergie», a résumé Florence Jean-Jacobs. Selon le scénario central, un ajustement des taux d’intérêt pourrait survenir plus tard, possiblement en 2027.
Un dollar canadien relativement faible
Le dollar canadien devrait demeurer relativement stable, dans une fourchette d’environ 0,72 à 0,74 $ US. «On ne prévoit pas de variation majeure à court terme», a indiqué Mme Jean-Jacobs, soulignant que les conditions géopolitiques et l’évolution du dollar américain continueront d’influencer la devise.
Les États-Unis, qui représentent environ 75 % des exportations canadiennes, demeurent un élément central des perspectives économiques. Les données présentées montrent une hausse marquée des tarifs douaniers au cours de la dernière année, suivie d’un certain recul après des décisions judiciaires.
«Les niveaux de tarifs demeurent élevés d’un point de vue historique», a indiqué Florence Jean-Jacobs.
Malgré ces éléments, l’économie américaine continue d’afficher une certaine résilience.
La consommation montre des signes de ralentissement, notamment en raison de la hausse du coût de la vie, mais l’investissement des entreprises demeure soutenu.
«Les investissements en technologie, notamment liés à l’intelligence artificielle, continuent de croître», a-t-elle précisé.
Un contexte qui demeure incertain
Dans l’ensemble, les éléments présentés indiquent un environnement économique marqué par plusieurs facteurs d’incertitude, notamment : les tensions géopolitiques; l’évolution des prix de l’énergie; les politiques commerciales et les conditions financières
«Le contexte reste incertain», a résumé Florence Jean-Jacobs.
Pour les entreprises du secteur du transport routier, ces facteurs constituent des éléments à surveiller dans la planification des opérations au cours des prochains mois.

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