La cour place Lion Force sous séquestre et rejette la demande de restructuration sous la LACC
Lion Force Transport a été placée sous séquestre après qu’un juge de l’Ontario a statué vendredi que le transporteur en difficulté s’était présenté devant le tribunal «trop tard» pour justifier une protection en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).
Dans une décision au ton sévère, le juge F.L. Myers a donné raison à la Banque Royale du Canada (RBC) et nommé Fuller Landau Group à titre de séquestre pour Lion Force Transport et ses entités liées, tout en rejetant la demande de restructuration du transporteur sous la protection de la LACC.
«Dans l’ensemble, à mon avis, la débitrice s’est présentée devant le tribunal trop tard», a écrit le juge Myers.
Le juge a notamment souligné les sommes impayées aux chauffeurs et aux transporteurs, des arriérés de taxes foncières dépassant 500 000 $, une saisie de plus de 600 000 $ imposée par la WSIB, des problèmes d’assurance ainsi que la multiplication des recours de créanciers visant du matériel roulant dispersé à travers le Canada, les États-Unis et le Mexique.

«Une entreprise de camionnage qui perd son assurance, accumule des arriérés envers son fournisseur de carburant, fait l’objet d’une saisie par un organisme de réglementation, accumule un demi-million de dollars en taxes foncières impayées et, surtout, ne paie pas ses employés et ses sous-traitants, est allée trop loin», a écrit le juge Myers.
Cette décision marque une chute spectaculaire pour un transporteur qui avait publiquement mis de l’avant ses investissements en matière de sécurité, de technologie et d’infrastructures dans le cadre d’une stratégie de croissance agressive.
Le copropriétaire de Lion Force Transport, Harry Hundal, a indiqué à notre publication sœur trucknews.com que l’entreprise avait investi environ 52,5 millions $ dans un terminal à Brampton en 2024, puis ajouté 4 millions $ supplémentaires en améliorations, notamment pour le pavage, les clôtures, les systèmes de sécurité, un réservoir de carburant et une balance.
«À un certain moment, nous avions plus de 200 camions», a déclaré M. Hundal.
Selon lui, la flotte avait depuis été réduite à un peu plus de 100 camions au Canada et environ 40 à 50 autres aux États-Unis.
Les documents judiciaires montrent que la RBC réclamait environ 53 millions $, principalement garantis par le siège social de l’entreprise à Brampton ainsi que par d’autres actifs opérationnels. Les pressions économiques ont depuis entraîné une baisse de la valeur de ces installations par rapport à leur prix d’achat.
La banque a indiqué que Lion Force Transport était en défaut depuis 2024 et qu’elle avait à plusieurs reprises manqué à ses obligations dans le cadre d’une série d’ententes de tolérance conclues depuis février 2025.
Selon le jugement, la RBC a découvert en mars des arriérés de taxes foncières qui n’avaient pas été divulgués auparavant, suivis de mesures de recouvrement de la WSIB ainsi que de l’annulation de la couverture d’assurance de l’entreprise par EDC.
Le tribunal a également appris que Lion Force Transport accusait des retards de paiement envers ses chauffeurs, ses transporteurs partenaires et ses fournisseurs de carburant.
La RBC a soutenu qu’un séquestre était nécessaire puisque l’équipement était dispersé dans plusieurs juridictions et que plusieurs créanciers tentaient déjà de saisir des actifs.
Lion Force avait soutenu qu’elle pouvait stabiliser ses opérations grâce à une brève suspension des procédures de 10 jours en vertu de la LACC, tout en restructurant l’entreprise par des ventes d’actifs, des réductions de coûts et une meilleure utilisation des camions.

L’entreprise a également proposé de vendre la propriété de Brampton avec une éventuelle entente de cession-bail qui permettrait aux activités de camionnage de se poursuivre sur place.
Mais le juge Myers a indiqué que la restructuration proposée manquait de substance et reposait largement sur des hypothèses optimistes.
«Lion Force ne présente que l’ébauche la plus rudimentaire d’un plan. Il ne dépasse même pas le stade du germe ou de l’embryon», a-t-il écrit.
Il a également critiqué l’entreprise pour avoir tenté d’obtenir un financement d’urgence du débiteur-exploitant qui aurait eu priorité sur les créanciers garantis existants, alors que les prêteurs avaient reçu un préavis de moins de 24 heures.
À la suite de la décision rendue vendredi, M. Hundal a exprimé sa frustration quant au déroulement du processus de mise sous séquestre, soutenant que la fermeture immédiate des cours de Lion Force avait perturbé le transport de marchandises des clients et nui à des relations d’affaires établies de longue date.
«La toute première chose que le séquestre fait, c’est de verrouiller les cours», a déclaré M. Hundal. «Si vous verrouillez les cours, mes remorques chargées restent coincées à l’intérieur, mes clients paniquent, mon personnel panique, mes chauffeurs paniquent.»
Selon M. Hundal, les clients ont immédiatement commencé à réagir aux rumeurs durant le week-end alors que les opérations étaient paralysées.
«Ils ont détruit mes relations d’affaires en deux jours», a-t-il déclaré au sujet des actions du séquestre.

Il a également remis en question le fait que les employés et les chauffeurs n’aient pas été priorisés, malgré le fait que l’entreprise détenait toujours des comptes clients à recevoir. M. Hundal a indiqué que Lion Force avait vendu plus tôt cette année une propriété située à Woodstock, en Ontario, et qu’un surplus de 1,4 million $ devait être versé aux chauffeurs de l’entreprise. Or, selon lui, la RBC a retenu la totalité du montant.
«Nous avons des comptes clients à recevoir, alors pourquoi mes chauffeurs et mes employés ne sont-ils pas pris en considération pour être payés?», a déclaré M. Hundal, soulignant que Lion Force avait priorisé les paiements aux chauffeurs dans sa proposition de restructuration.
Malgré tout, M. Hundal a soutenu que les difficultés de Lion Force reflétaient davantage les conditions générales du marché que des défaillances opérationnelles.
«Nous sommes essentiellement un transporteur éthique, et nous payons actuellement le prix d’être un transporteur éthique», a-t-il souligné à trucknews.com avant la décision.
Il demeure néanmoins fier de la façon dont l’entreprise était exploitée, citant notamment un score CVOR à un seul chiffre, l’utilisation des dispositifs de consignation électronique d’Isaac Instruments et l’adoption précoce de caméras à 360 degrés sur les camions.
Cependant, le ralentissement prolongé du marché du transport de marchandises a lourdement affecté l’entreprise, une situation aggravée par les tarifs douaniers américains qui ont durement frappé l’industrie automobile, dont Lion Force dépendait pour ses chargements. Le tout dans un contexte de concurrence avec des transporteurs jugés non éthiques qui tiraient les tarifs vers le bas.
«Je ne peux pas rivaliser avec les transporteurs sur le marché qui offrent des tarifs beaucoup trop bas», a-t-il déclaré.
Alors qu’il évoquait la perte de contrôle de l’entreprise qu’il avait bâtie avec ses cofondateurs, la voix de M. Hundal était empreinte de frustration, particulièrement face à son incapacité à faire en sorte que les employés et les chauffeurs soient payés en priorité.
«Vous savez, nous avons fait tout ce qu’il fallait», a souligné M Hundal. «Je pense que c’est ce qui nous a beaucoup nui.»
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