Les assureurs resserrent leur évaluation des transporteurs en raison de la hausse des vols de marchandises et des cybermenaces
La hausse des vols de marchandises partout au Canada pousse les assureurs à examiner de plus près les activités des transporteurs routiers. Les flottes font désormais l’objet d’une surveillance accrue quant à leurs protocoles de sécurité, à leurs technologies de suivi et à leurs pratiques de gestion des risques, alors que les réclamations continuent d’augmenter.
Lors de la conférence annuelle de l’Association canadienne du camionnage d’entreprise (ACCE), tenue à Niagara Falls, en Ontario, Maria-Christina Sorbo-Mayrand, avocate associée chez Miller Thomson, a indiqué que le vol de marchandises, les cybermenaces et l’utilisation croissante de la télématique transforment la façon dont les assureurs évaluent les risques tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Lors du même événement, un fournisseur de technologies de sécurité a averti les flottes que la prévention des vols exige de plus en plus le passage de mesures réactives à des stratégies de sécurité prédictives et prescriptives.
«L’assurance et la gestion des risques sont des enjeux opérationnels stratégiques, et non seulement des tâches juridiques ou administratives», a déclaré Mme Sorbo-Mayrand. «Si vous consacrez un peu plus de temps à travailler avec votre courtier ou votre assureur avant qu’un problème ne survienne, lorsque des incidents se produiront, car il y en aura toujours, ils seront beaucoup plus faciles à gérer.»

Maria-Christina Sorbo-Mayrand a expliqué aux exploitants de flottes, aux courtiers, aux fournisseurs de services logistiques et aux expéditeurs que l’assurance devrait être considérée comme un outil stratégique de gestion d’entreprise plutôt que comme une simple obligation administrative. Selon elle, les entreprises qui adoptent une approche proactive en matière de gestion des risques sont généralement mieux préparées lorsqu’un sinistre survient et peuvent être davantage en mesure d’obtenir et de maintenir une couverture d’assurance adéquate.
Elle a présenté plusieurs types d’assurances couramment utilisés dans l’industrie du transport, notamment l’assurance responsabilité automobile commerciale, l’assurance cargaison, l’assurance responsabilité civile générale des entreprises, l’assurance responsabilité professionnelle, l’assurance responsabilité environnementale et l’assurance contre les cybermenaces. Chaque police d’assurance répond à un objectif précis et comporte des exclusions que les entreprises devraient bien comprendre avant qu’un sinistre survienne.
Des garanties complémentaires pourraient être requises
L’assurance responsabilité automobile commerciale couvre généralement les dommages corporels et matériels causés à des tiers dans le cadre de l’exploitation des véhicules, mais elle exclut habituellement les pertes liées à la cargaison. L’assurance cargaison, pour sa part, vise à protéger les marchandises pendant leur transport, ainsi que lors des opérations de chargement et de déchargement. Toutefois, des avenants ou garanties complémentaires peuvent être nécessaires pour couvrir certains risques particuliers, notamment le vol, l’incendie, les collisions ou les défaillances des systèmes de réfrigération.
Le vol de marchandises demeure l’une des préoccupations qui croît le plus rapidement dans l’industrie du transport, particulièrement lorsqu’il s’agit de cargaisons de grande valeur comme les produits électroniques, les marchandises réfrigérées et les métaux. Selon Maria-Christina Sorbo-Mayrand, l’augmentation des réclamations liées aux vols pousse les assureurs à resserrer leurs critères de souscription et à accorder une importance accrue aux contrôles opérationnels mis en place par les entreprises.
«Le vol de marchandises est en hausse en 2026. C’est un enjeu majeur partout au Canada, particulièrement lorsqu’il est question de biens de grande valeur», a déclaré Maria-Christina Sorbo-Mayrand. «Comme les vols augmentent, les réclamations augmentent également. Et lorsque les réclamations sont à la hausse, les assureurs examinent la situation de beaucoup plus près.»
Miser sur l’identification des risques
Par conséquent, les assureurs s’attendent de plus en plus à ce que les transporteurs et les courtiers puissent démontrer l’existence de procédures de sécurité documentées, de systèmes de surveillance, de capacités de suivi en temps réel ainsi que de politiques formelles qui sont clairement communiquées et appliquées de façon constante par les employés et les sous-traitants.

Ce message a été repris par Mike Grabovica, chef de la direction de Birdseye Security Solutions, qui a affirmé que les flottes doivent aller au-delà d’une simple réaction aux vols et plutôt mettre l’accent sur l’identification des risques avant que les marchandises ne disparaissent.
«S’il y a un élément à retenir de la présentation d’aujourd’hui, c’est qu’il faut vraiment réfléchir à la façon de passer à une approche prédictive et prescriptive en matière de sécurité à l’approche de 2026», a expliqué M. Grabovica.
Il a indiqué que les méthodes de vol de marchandises évoluent rapidement en Amérique du Nord, les groupes criminels organisés ayant de plus en plus recours à des prises en charge frauduleuses des cargaisons plutôt qu’aux méthodes traditionnelles, comme les effractions ou les intrusions dans les cours de transport et les terminaux de marchandises.
«Le vol de marchandises est désormais de plus en plus associé aux prises en charge frauduleuses des cargaisons», a souligné M. Grabovica. «C’est une tendance qui connaît une croissance importante et que nous observons de plus en plus fréquemment.»
Caméras et capteurs
Selon lui, les mesures de sécurité traditionnelles, comme les clôtures périmétriques, les barrières d’accès et les agents de sécurité, demeurent utiles, mais elles ne suffisent plus à elles seules. Les flottes déploient désormais de plus en plus de réseaux intégrés de caméras, de capteurs et de systèmes de gestion de cour capables de surveiller les activités, de vérifier l’identité des conducteurs et de détecter les comportements suspects en temps réel.
Ces systèmes peuvent automatiquement recueillir les informations relatives aux camions et aux remorques, les comparer aux bases de données de transport et de gestion de cour, vérifier les identifiants des conducteurs et documenter l’état du matériel roulant à leur entrée et à leur sortie des installations. Selon Mike Grabovica, l’objectif est de créer une plateforme unifiée qui améliore la visibilité des opérations, renforce la sécurité et accroît l’efficacité opérationnelle.
Birdseye Security Solutions traite environ un million de transactions aux portes d’accès chaque mois à travers l’Amérique du Nord. Selon Mike Grabovica, l’entreprise a constaté une augmentation importante des tentatives de vol au cours des dernières années, ce qui souligne la nécessité de renforcer les mesures préventives. Il a ajouté qu’un meilleur contrôle des cours de transport peut aider les flottes à réduire leurs pertes, à améliorer leur bilan en matière de sécurité et à démontrer aux assureurs l’efficacité de leurs pratiques de gestion des risques.
Les flottes doivent démontrer qu’elles exploitent leurs données
La technologie transforme également le processus de règlement des sinistres lui-même. Selon Maria-Christina Sorbo-Mayrand, les systèmes de télématique avancés et les technologies de surveillance des remorques réfrigérées offrent désormais aux assureurs une visibilité sans précédent sur les déplacements des véhicules, les réglages de température et les événements opérationnels avant et pendant le transport d’une cargaison. Les assureurs s’attendent de plus en plus à ce que les transporteurs ne se contentent pas de posséder ces outils, mais qu’ils puissent aussi démontrer qu’ils utilisent activement les données qu’ils génèrent.
«En 2026, il ne suffit plus de disposer de la technologie ou d’avoir des politiques en place», a déclaré Maria-Christina Sorbo-Mayrand. «Vous devez être en mesure de démontrer que ces mesures sont réellement appliquées et que vous pouvez recueillir, interpréter et comprendre les données générées par ces systèmes et ces informations.»
La dépendance croissante aux systèmes numériques accentue également les préoccupations liées aux cybermenaces. Maria-Christina Sorbo-Mayrand a indiqué que l’assurance contre elles devient de plus en plus importante pour les transporteurs, les courtiers, les entrepôts et les fournisseurs de services logistiques tiers, alors que les menaces comme les rançongiciels, les pannes de systèmes, les interruptions d’activités et les atteintes à la sécurité des données se multiplient. Toutefois, cette couverture peut être compromise si les organisations ne maintiennent pas des normes minimales de cybersécurité ou si des activités frauduleuses proviennent de l’intérieur même de l’entreprise.
Procédures de vérification
Elle a encouragé les flottes à mettre en place des programmes de formation, des procédures de vérification et des contrôles internes afin de réduire les erreurs de documentation et les risques de fraude.
Un autre aspect qui fait l’objet d’une attention accrue de la part des assureurs concerne les courtiers en transport et le recours à la sous-traitance. Maria-Christina Sorbo-Mayrand a averti que de nombreuses entreprises de transport accordent une confiance excessive aux certificats d’assurance. Bien que ces documents confirment généralement l’existence d’une couverture, ils ne précisent souvent ni les exclusions, ni les modalités exactes de la police, ni si d’autres parties sont effectivement protégées par cette couverture.
Les risques deviennent encore plus importants lorsque les cargaisons sont sous-traitées ou font l’objet d’un double courtage sans que l’ensemble des ententes d’assurance des parties concernées soit pleinement connu. Selon Maria-Christina Sorbo-Mayrand, de nombreuses réclamations refusées sont liées à des cargaisons sous-traitées ou à des exclusions prévues dans les polices d’assurance concernant certaines pratiques de sous-traitance.
Révisions régulières
Maria-Christina Sorbo-Mayrand a recommandé la mise en place de procédures rigoureuses de vérification des transporteurs, la conclusion d’ententes de service interdisant explicitement le double courtage non autorisé ainsi que la révision régulière des couvertures d’assurance. Elle a ajouté que la télématique, les caméras embarquées et les outils d’analyse du comportement des conducteurs jouent un rôle de plus en plus important dans les décisions de souscription, les assureurs cherchant à obtenir une compréhension plus approfondie des opérations de transport et des risques qui y sont associés.
Les entreprises qui peuvent démontrer un solide bilan en matière de sécurité et des pratiques de gestion des risques appliquées de façon constante peuvent bénéficier de conditions d’assurance plus avantageuses. À l’inverse, certains assureurs demandent désormais plusieurs années de données télématiques lors du renouvellement des polices afin d’évaluer plus précisément le profil de risque et les performances opérationnelles des transporteurs.
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