Matières dangereuses : les erreurs humaines au cœur des problèmes de conformité
Les erreurs humaines évitables dans la documentation et l’étiquetage constituent les principales causes de non-conformité dans le transport des matières dangereuses, auxquelles s’ajoutent la complexité de la formation et les lacunes dans les processus.
C’est ce que révèle un nouveau sondage réalisé à la fin de l’an dernier auprès de 253 professionnels des matières dangereuses représentant des expéditeurs, des transporteurs, des fabricants et d’autres organisations impliqués dans le transport de matières dangereuses. Le secteur du camionnage représentait 83% des répondants.
Le rapport publié par la COSTHA et J.J. Keller indique que les erreurs liées à la documentation et aux documents d’expédition, au marquage, à l’étiquetage, à l’apposition de plaques, à l’emballage, à la mauvaise classification des marchandises et à l’arrimage inadéquat des chargements ont été les plus fréquentes au cours des 12 derniers mois.

Bien qu’il s’agisse d’erreurs évitables, bon nombre d’entre elles surviennent lors de tâches routinières et répétitives effectuées sous pression.
«La plupart des problèmes de conformité liés aux matières dangereuses ne sont pas causés par un manque de connaissances réglementaires. Ils ont plutôt tendance à apparaître lorsque des tâches routinières sont effectuées à la hâte, répétées ou réalisées légèrement différemment d’une fois à l’autre», indique le rapport.

«Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’interprétation de la réglementation, les entreprises obtiennent généralement de meilleurs résultats en renforçant des processus uniformes et reproductibles. Des outils comme des listes de vérification standardisées, des aide-mémoire clairs et de simples étapes de vérification avant l’expédition peuvent permettre de détecter les problèmes tôt, au moment où ils sont les plus faciles à corriger. Prendre un court moment pour s’assurer que les documents correspondent au colis et aux marquages peut grandement contribuer à prévenir les incohérences.»
La complexité de la formation constitue un autre enjeu qui doit être abordé.
Plus de la moitié des répondants (54%) ont indiqué que le plus grand défi consiste à maintenir le contenu des formations à jour en fonction de l’évolution de la réglementation, tandis que 40% éprouvent des difficultés à faire le suivi des dates de renouvellement. Parmi les autres enjeux mentionnés par plus du tiers des répondants figurent l’identification de tous les employés qui doivent suivre une formation sur les matières dangereuses selon leurs fonctions, ainsi que la gestion des différentes exigences propres à chaque mode de transport.
Le rapport indique qu’une formation efficace va au-delà du simple respect des exigences réglementaires et qu’il ne devrait pas exister d’approche «universelle». La formation doit être adaptée aux marchandises que les employés expédient réellement ainsi qu’aux tâches précises qu’ils accomplissent dans le cadre de leurs fonctions. Il est recommandé d’utiliser des méthodes de formation qui favorisent la participation active des employés plutôt que de miser uniquement sur la formation en ligne.

Parmi les entreprises sondées, les deux tiers des répondants (65%) ont indiqué qu’ils utilisent principalement des séances de formation en classe dirigées par un formateur, suivies de la formation en ligne à rythme libre (60%), des exercices pratiques (54%) ainsi que du jumelage ou du mentorat en milieu de travail (54%). La moitié des répondants s’appuient également sur des instructions de travail ou des guides d’expédition, tandis que seulement 36% ont recours à des webinaires animés par un formateur et à peine 9% ont adopté la formation en réalité virtuelle ou augmentée.
Et bien que le rapport révèle que la plupart des employés appliquent les pratiques de sécurité apprises durant la formation, des obstacles comme le roulement de personnel et les contraintes de temps en limitent l’efficacité.
Le rapport révèle également que les matières dangereuses non déclarées demeurent un risque, particulièrement dans les expéditions entrantes. Il recommande aux transporteurs de renforcer leurs relations avec les fournisseurs et les prestataires logistiques (3PL), d’établir des attentes claires, de mettre en place des questionnaires d’expédition standardisés et d’examiner les fiches de données de sécurité pour les nouveaux produits.
Cela signifie qu’il faut communiquer clairement les renseignements requis, poser les bonnes questions lors du processus d’approvisionnement et ne pas présumer qu’un fournisseur comprend les règles relatives aux matières dangereuses simplement parce qu’il expédie des produits, indique le rapport.

En ce qui concerne le rôle que joue la technologie dans la conformité liée aux matières dangereuses, de nombreuses entreprises utilisent déjà des logiciels d’expédition et de la documentation numérique.
Plus de la moitié des répondants utilisent des logiciels d’expédition dotés de vérifications de conformité intégrées (54%) ainsi que des systèmes de gestion numérique des documents (51%). Toutefois, les entreprises affirment que l’adoption plus large de ces technologies est freinée par les coûts et les défis d’intégration, plutôt que par une résistance à la technologie elle-même.
L’industrie estime que les outils propulsés par l’intelligence artificielle sont les plus susceptibles de transformer le transport des matières dangereuses dans un avenir rapproché grâce à l’automatisation de la documentation, à la vérification de la conformité, à l’optimisation des itinéraires et à l’analyse prédictive des risques. Toutefois, certains répondants craignent qu’une dépendance excessive à l’IA puisse affaiblir les connaissances des employés et leur capacité à prendre des décisions dans des situations critiques liées à la sécurité.
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