Essai des Mack Pioneer et Anthem : deux tracteurs pour deux missions
Un an après avoir pris le volant du Mack Pioneer au lendemain de son dévoilement, nous avons retrouvé le nouveau porte-étendard autoroutier de Mack Trucks dans un contexte bien différent. Cette fois, le constructeur nous avait conviés au Mack Experience Center (MEC), à Allentown, en Pennsylvanie, pour mettre côte à côte le Pioneer et la nouvelle génération de l’Anthem.
Avec le lancement du Pioneer, puis le renouvellement complet de l’Anthem, Mack dispose maintenant de deux tracteurs autoroutiers modernes, mais conçus pour répondre à des besoins différents. Le premier vise avant tout le transport longue distance et les conducteurs qui passent plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sur la route. Le second mise davantage sur les applications régionales et les trajets plus courts, sans pour autant renoncer au confort et aux technologies introduites avec la nouvelle génération de produits Mack.
J’ai d’abord pris place à bord d’un Pioneer équipé d’une couchette de 76 pouces pour une courte sortie sur les routes entourant le MEC. Nous avons ensuite pris le volant du nouvel Anthem sur le circuit fermé du constructeur.
À bord du Pioneer
Le Pioneer mis à notre disposition ne faisait pas dans le dépouillement. La cabine avec couchette de 76 pouces était dotée d’un superbe intérieur aux tons de noir et de brun et de sièges en cuir. Sous le capot se trouvait le nouveau MP13 de 515 chevaux, associé à une transmission automatisée mDRIVE à 13 rapports comprenant un rapport rampant. Le camion reposait également sur des essieux Mack et la suspension pneumatique MaxAir à huit coussins.

Mais avant même de prendre la route, une caractéristique moins visible du Pioneer mérite qu’on s’y attarde. La nouvelle génération de camions Mack adopte un système pneumatique à commande électronique qui permet aux freins d’interagir avec des systèmes qui fonctionnaient autrefois de manière largement indépendante.
Si la transmission est engagée et que le conducteur détache sa ceinture ou ouvre la porte, le système peut automatiquement appliquer les freins afin de prévenir un déplacement involontaire du véhicule. À l’inverse, lorsque le conducteur maintient une pression suffisante sur la pédale de frein et sélectionne le mode Drive, le système peut, si toutes les conditions requises sont réunies, desserrer automatiquement les freins de stationnement du tracteur et de la remorque.
Cette intégration électronique illustre bien la philosophie derrière cette nouvelle génération de camions Mack : les technologies ne fonctionnent plus en vase clos, mais communiquent entre elles pour simplifier le travail du conducteur et améliorer la sécurité.

Un MP8 devenu MP13
Le changement de génération s’accompagne aussi d’une nouvelle nomenclature pour le moteur de 13 litres de Mack. Le MP13 est en fait l’évolution du moteur que l’on connaissait jusqu’ici sous le nom de MP8.
L’ancienne appellation avait ses racines dans une autre époque, alors que la nomenclature des moteurs Mack faisait référence à leur cylindrée exprimée en pouces cubes. Le MP8 n’était donc pas un moteur de 8 litres, contrairement à ce que son nom pouvait laisser croire.
Dans une industrie où les moteurs sont depuis longtemps désignés selon leur cylindrée en litres, Mack a choisi de faire plus simple : son moteur de 13 litres s’appelle désormais MP13. Celui de notre camion d’essai développait 515 chevaux et environ 1 850 lb-pi de couple.
Silence et visibilité
Une fois sur la route, le Pioneer confirme rapidement sa vocation de tracteur longue distance. La suspension MaxAir à huit coussins offre un roulement particulièrement doux et, même à vitesse d’autoroute, le niveau sonore dans la cabine demeure remarquablement bas. Il est possible de tenir une conversation normale sans devoir élever la voix.
La transmission mDRIVE se fait tout aussi discrète. Lorsqu’une accélération plus franche est demandée, notamment pour s’engager sur l’autoroute, elle rétrograde afin d’aller chercher la puissance nécessaire du MP13. L’ensemble travaille de manière fluide, sans intervention du conducteur.
Mais c’est peut-être la visibilité vers l’avant qui demeure l’élément le plus frappant du Pioneer. Le capot plonge si fortement devant la cabine qu’il disparaît presque complètement du champ de vision. On aperçoit à peine les oreilles du bouledogue Mack installé à son extrémité.
La position de conduite et l’immense pare-brise donnent presque l’impression de se trouver dans un ancien camion à cabine avancée, mais avec l’avantage de conserver un long capot devant soi.
Sur l’autoroute, le système d’aide à la conduite se manifeste également discrètement lorsque le camion s’approche des lignes délimitant sa voie. Une légère intervention dans la direction rappelle au conducteur qu’il dérive de sa trajectoire.
Ce deuxième contact avec le Pioneer a surtout permis de mieux apprécier ce qui ne saute pas nécessairement aux yeux lors d’un lancement de produit. Au-delà de son style et de son imposante cabine, le camion se distingue par l’intégration de ses systèmes électroniques, son environnement particulièrement silencieux et une visibilité étonnante pour un tracteur de cette taille.
Au volant de l’Anthem
Il restait à voir comment cette nouvelle génération de technologies se traduirait dans un camion à la vocation différente. C’est derrière le volant du nouvel Anthem, sur le circuit d’essai fermé de Mack, que nous avons poursuivi l’exercice.
Le camion paraît d’abord étonnamment facile à prendre en main. Dès les premières manœuvres à basse vitesse, la direction Command Steer se fait remarquer. L’assistance varie selon la vitesse : très légère lors des manœuvres lentes, elle se raffermit graduellement à mesure que le camion accélère. Dans un quai de chargement ou une cour encombrée, il devient presque possible de tourner le volant d’un doigt.

À vitesse plus élevée, la direction reprend du poids et offre une sensation plus naturelle. Le système démontre aussi sa capacité à absorber certaines réactions de la chaussée. En faisant passer les roues du côté droit sur une surface de béton dénivelée, le volant ne donne pas le coup sec auquel on pourrait normalement s’attendre. Le camion demeure stable et le conducteur n’a pas à lutter contre la direction.
L’Anthem essayé était également équipé du système de rétroviseurs numériques de Mack. Il faut quelques minutes pour s’y habituer lorsqu’on a passé sa vie à consulter des miroirs conventionnels, mais l’image est claire, large et très utile pour couvrir les angles morts.
Une fonction est particulièrement intéressante lors des manœuvres. Lorsqu’une remorque est attelée, la caméra peut suivre son arrière pendant une manœuvre en marche arrière du côté aveugle. Là où un miroir traditionnel perd rapidement de son utilité, l’écran permet de continuer à voir où se dirige l’arrière de la remorque.

Les commandes de transmission sont désormais regroupées sur un levier au volant. La mDRIVE peut être utilisée en mode économie ou performance. Ce dernier offre une réponse plus vive, notamment lors des accélérations ou à l’approche d’une rampe, mais le camion revient automatiquement au mode économie après quelques minutes ou lorsque le contact est coupé, évitant ainsi qu’il demeure inutilement dans le mode le plus énergivore.
Nous avons également pu tester le système Grade Gripper, une fonction d’aide au démarrage en pente. Une fois le camion immobilisé dans une côte, le système maintient sa position lorsque le conducteur relâche la pédale de frein. Lorsque celui-ci accélère, les freins se relâchent progressivement pendant que l’embrayage de la transmission s’engage, permettant au camion de repartir sans mouvement brusque vers l’arrière.
Le test de confiance
L’exercice le plus marquant demeure toutefois celui du freinage d’urgence automatique. Sur le circuit, le camion est lancé vers une voiture factice, sans toucher aux pédales.
Les avertissements sonores et visuels se déclenchent d’abord. Puis, si le conducteur n’intervient pas, le camion freine automatiquement jusqu’à l’arrêt complet.
Même en sachant que le système est conçu pour cela, l’expérience reste impressionnante. J’ai vraiment dû me faire violence pour ne pas appliquer les freins avant que le système ne le fasse. L’exercice rappelle surtout à quel point ces technologies peuvent faire une différence dans les situations où une automobile coupe la route d’un camion ou lorsqu’une circulation immobilisée apparaît trop tard dans le champ de vision du conducteur.
Mack offre cette fonction de série sur les nouveaux Anthem et Pioneer. C’est le genre d’aide à la conduite que l’on espère ne jamais avoir à utiliser, mais qui peut clairement sauver des vies lorsque les secondes manquent.
L’Anthem dispose aussi d’une fonction de modulation à basse vitesse, comparable à un régulateur de vitesse pour les déplacements lents. Dans un bouchon de circulation, le conducteur peut laisser le camion avancer à très faible vitesse sans garder constamment le pied sur l’accélérateur ou le frein.
Sur un camion autoroutier, cette fonction peut réduire la fatigue pendant les longues périodes de circulation dense. Dans les applications de construction, elle peut également permettre de maintenir une vitesse constante lors de travaux comme l’épandage de gravier ou de pierre, même lorsque le camion évolue sur une surface irrégulière.
Après avoir conduit les deux camions dans des environnements différents, la distinction entre le Pioneer et l’Anthem apparaît clairement. Le Pioneer est un véritable tracteur longue distance, conçu autour du confort, du silence de roulement et d’un espace de vie destiné aux conducteurs qui passent de longues périodes sur la route. L’Anthem, plus compact et agile, semble particulièrement bien adapté au transport régional, aux manœuvres fréquentes et aux opérations où le conducteur monte et descend régulièrement de son camion.
Mais au-delà de leurs différences, les deux modèles partagent surtout une même philosophie. L’intégration poussée de l’électronique, de la direction, des freins, de la transmission et des systèmes d’aide à la conduite transforme l’expérience derrière le volant, souvent de façon discrète.
Après avoir longtemps misé principalement sur un seul tracteur autoroutier pour répondre à des applications très différentes, Mack dispose maintenant de deux outils distincts. Le Pioneer et l’Anthem ne cherchent pas à faire exactement le même travail. Et c’est précisément l’attrait e de la nouvelle offre autoroutière de Mack : le choix ne se résume plus à une différence de cabine ou d’empattement, mais à deux camions véritablement conçus pour des missions différentes.
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