Michelin veut automatiser le recreusage avec NAZCA

Michelin veut faire entrer une pratique centenaire dans l’ère de l’automatisation. Présentée à l’IAA Transportation 2026, sa machine NAZCA numérise chaque pneu et adapte la profondeur de coupe à sa géométrie afin d’en automatiser le recreusage.

Le système vise à uniformiser l’opération, à réduire la charge physique des techniciens et à préserver la carcasse en vue du rechapage. Il s’adresse aux fournisseurs de services, mais aussi à certaines flottes disposant de leur propre atelier, précise Jacques Piat, leader de Michelin NAZCA.

Trois minutes de travail humain

Le recreusage manuel d’un pneu complexe peut prendre de 30 à 40 minutes lorsqu’il respecte le schéma recommandé, a expliqué M. Piat en entrevue avec Transport Routier.

Avec NAZCA, un cycle complet demande environ 12 minutes et peut atteindre 14 minutes selon le dessin de la bande de roulement. Mais l’intervention directe du technicien se limite à environ trois minutes.

« D’un pneu à l’autre, la sculpture n’est pas du tout la même. Le temps de recreusage va donc varier », explique M. Piat.

Une fois les paramètres confirmés, la machine travaille seule. Michelin estime qu’elle pourrait accroître de 30 à 50 % la capacité d’un atelier, d’après plus de 400 opérations réalisées dans trois établissements Euromaster.

(Photo: Steve Bouchard)

Un jumeau numérique pour guider la lame

Après des milliers de kilomètres, deux pneus identiques ne présentent plus la même géométrie. Un lecteur laser crée donc un jumeau numérique, puis des algorithmes ajustent la profondeur de coupe.

Le technicien sélectionne un programme ou identifie le pneu par RFID, puis peut adapter le motif au moyen d’un affichage en réalité augmentée. L’intervention demeure traçable.

La machine traite les pneus de direction, de traction et de remorque de plusieurs marques, démontés ou montés sur roue, de 17,5 à 22,5 pouces et de 265 à 400 mm de largeur.

Une pratique moins répandue en Amérique du Nord

Une vingtaine de machines NAZCA sont actuellement déployées à l’essai en Europe. La commercialisation doit commencer progressivement dans certains pays en 2027, selon les règles de chaque marché. Aucun lancement n’est encore annoncé au Canada ou aux États-Unis.

« La priorité, c’est l’Europe, parce que le recreusage y est beaucoup plus pratiqué aujourd’hui qu’ailleurs », reconnaît M. Piat.

Le recreusage demeure en effet moins courant en Amérique du Nord qu’en Europe. Michelin n’écarte toutefois pas la possibilité d’y proposer NAZCA à plus long terme.

« J’ai l’intention d’explorer d’autres territoires, notamment l’Amérique du Nord, pour voir les possibilités de recreusage et de développement », affirme le dirigeant. Il souligne que les contrats au kilomètre conclus avec certaines flottes américaines pourraient offrir un moyen de mieux valoriser cette pratique.

Une traversée de l’Atlantique n’est donc « pas exclue », dit-il, « pas demain matin, mais un jour, pourquoi pas ».

Prolonger la vie de la carcasse

NAZCA s’inscrit dans le modèle « multivie » de Michelin, qui combine recreusage et rechapage. Selon le manufacturier, un premier recreusage peut procurer jusqu’à 25 % de kilométrage supplémentaire. Avec un rechapage et un second recreusage, le pneu peut atteindre jusqu’à 2,5 fois le kilométrage d’un produit utilisé pendant une seule vie.

Un scénario comprenant deux rechapages et trois recreusages pourrait théoriquement atteindre 375 % du kilométrage initial et réduire de 33 % le coût par kilomètre, selon les hypothèses de Michelin. Chaque rechapage économiserait aussi environ 50 kg de matières premières grâce à la réutilisation de la carcasse.


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