Pourquoi le Canada? Le voisin des États-Unis semble être une cible improbable pour une guerre commerciale

Le Canada pourrait sembler être une cible improbable pour une guerre commerciale menée par les États-Unis.

Aucun pays au monde n’achète autant de produits américains que le voisin du nord des États-Unis. Pour les agriculteurs américains, le Canada est le deuxième marché d’exportation en importance, derrière le Mexique.

(Photo : iStock)

Un accord commercial nord-américain, négocié par le président Donald Trump lors de son premier mandat, permet à la plupart des produits américains d’entrer au Canada sans tarifs douaniers. Les classements des économies les plus ouvertes au monde placent généralement le Canada parmi les premières.

Mais lorsque Trump regarde le Canada, il affirme y voir un prédateur qui cherche à tromper les États-Unis et à étouffer leurs industries.

Les États-Unis se font «arnaquer depuis 50 ans par le Canada», a déclaré le président le 12 septembre, lorsqu’on lui a demandé s’il envisageait de se retirer de l’accord trilatéral qu’il avait signé avec les dirigeants du Canada et du Mexique à la fin de 2018.

Les relations entre les États-Unis et le Canada se sont détériorées depuis l’échec de leurs plus récentes négociations commerciales, le 21 août. Chaque partie a rejeté sur l’autre la responsabilité de l’échec des pourparlers. Il y a trois semaines, Trump a imposé des tarifs douaniers de 50% sur 20 milliards $ de produits canadiens afin de protester contre ce qu’il a décrit comme une discrimination visant les exportations américaines d’automobiles, de produits laitiers et de boissons alcoolisées.

Lorsque le gouvernement canadien a riposté en imposant ses propres tarifs, le président a décidé d’interdire les importations en provenance du Canada de lactosérum, un sous-produit laitier, de la plupart des boissons alcoolisées ainsi que des motocyclettes et des cyclomoteurs. Il a toutefois indiqué que plusieurs produits, notamment le papier hygiénique, les draps et les cannes à pêche, seraient retirés de la liste des produits visés par les tarifs douaniers.

Avant la plus récente escalade, le taux effectif des tarifs imposés par le Canada sur les importations américaines était d’environ 2,4 %, soit moins de la moitié du taux de 5% appliqué par les États-Unis aux produits canadiens, selon les calculs d’Oxford Economics. La plupart des exportations américaines entrent au Canada sans tarifs douaniers dans le cadre de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), entré en vigueur le 1er juillet 2020.

Le Canada protège son industrie laitière de la concurrence. Même si son économie demeure globalement ouverte au commerce, le pays protège certaines industries nationales. Barry Appleton, codirecteur du Center for International Law de la New York Law School, décrit le Canada comme «une économie modérément protégée, avec deux ou trois secteurs véritablement fermés».

Depuis des décennies, les États-Unis dénoncent notamment ce qu’ils considèrent comme des subventions injustes accordées aux producteurs canadiens de bois d’œuvre résineux. Le Canada conteste ces allégations.

Le Canada protège ses producteurs laitiers au moyen d’un système complexe qui impose des tarifs douaniers de plus de 200% sur la plupart des produits laitiers, dont près de 300% sur certains produits, comme le beurre, une fois les quotas dépassés, selon Leonard Polzin, spécialiste des marchés laitiers à l’Université du Wisconsin.

Selon M. Polzin, les Canadiens ont tout intérêt à protéger leur industrie laitière, un secteur politiquement sensible, contre la concurrence américaine. Les États-Unis affichent déjà un important excédent commercial dans le secteur laitier avec leur voisin du nord : l’an dernier, ils ont exporté pour 1,3 milliard $ de produits laitiers vers le Canada, tout en n’en important que pour 585 millions $, selon le département américain de l’Agriculture (USDA).

Dans l’ensemble, les États-Unis affichent un déficit commercial avec le Canada, qui s’élevait à 27,3 milliards $ l’an dernier, une situation qui déplaît à Trump.

Mais l’écart entre ce que les États-Unis vendent au Canada et ce qu’ils y achètent s’explique essentiellement par un secteur : le pétrole. En 2025, le Canada a exporté pour plus de 85 milliards $ de pétrole brut vers les États-Unis.

Les deux pays voisins dépendent l’un de l’autre sur le plan économique. Le Canada expédie environ 70% de ses exportations vers les États-Unis. Les raffineries américaines ont besoin du pétrole de l’Alberta, tandis que les agriculteurs américains dépendent de la potasse canadienne pour leurs engrais. Les collectivités situées le long de la frontière nord des États-Unis comptent également sur l’électricité produite au Canada.

Les deux parties ont donc tout intérêt à parvenir à une entente. Inu Manak, chercheuse principale au Peterson Institute for International Economics, souligne que, puisque l’interdiction américaine visant certains produits canadiens ne doit entrer en vigueur que le 29 septembre, les deux pays ont encore le temps de reprendre les négociations.

Le premier ministre canadien Mark Carney a déclaré que son pays demeurait ouvert à la conclusion d’une entente : «Le Canada est toujours prêt à conclure un accord équitable.»

Trump a déclaré que, lorsque le Canada accordera un meilleur traitement aux agriculteurs américains en réduisant ses tarifs douaniers, «vous verrez probablement une entente avec le Canada assez rapidement».


Donnez votre avis

Vos données ne seront ni publiées, ni partagées.

*