Le camionnage autonome nécessite des remorques plus intelligentes, selon Charger Logistics

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Les camions autonomes deviennent de plus en plus sophistiqués, capables de circuler sur les autoroutes et de surveiller leur environnement sans intervention humaine. Mais qu’en est-il de la remorque qu’ils tirent?

C’est un défi émergent pour Charger Logistics, qui collabore avec les développeurs de technologies de camionnage autonome Aurora Innovation et Kodiak AI afin de transporter des marchandises entre Dallas et Laredo, au Texas.

(Photo : Kodiak)

Lors d’un webinaire de Phillips Connect intitulé «What Cargo Cameras Reveal About Your Fleet», tenu le 15 octobre, Jon Drohan, directeur chez Charger Logistics, a expliqué que la prochaine étape du camionnage autonome nécessitera une intégration beaucoup plus étroite entre le tracteur et la remorque.

«Je pense que l’écosystème doit intégrer à la fois le camion et la remorque», a déclaré M. Drohan. «Aujourd’hui, ils exploitent le camion et toutes les technologies nécessaires pour le déplacer d’un centre de distribution à un autre, mais quelqu’un doit encore vérifier manuellement l’état de la remorque, l’inspecter et s’assurer que tout fonctionne correctement.»

Cela représente un défi lorsque la remorque est scellée et que le camion autonome ne dispose d’aucun moyen de savoir ce qui se passe à l’intérieur.

«Dans le cas d’une remorque scellée, comment l’inspecteur peut-il savoir avec certitude ce qui se trouve à l’intérieur? Dans quel état est le chargement? Est-ce que tout est sécuritaire pour reprendre la route?»

Ces questions deviennent particulièrement importantes lorsque le conducteur de sécurité n’est plus présent dans la cabine.

Au-delà de la démonstration de faisabilité

Charger a récemment lancé des activités de transport autonome de marchandises avec Kodiak AI sur le corridor de 435 milles reliant Dallas à Laredo, effectuant sa première livraison le 8 septembre. Le service fonctionne actuellement avec un conducteur de sécurité à bord, mais prévoit passer à des opérations sans conducteur une fois que Kodiak aura terminé son dossier de démonstration de sécurité.

Le transporteur a également annoncé, en juillet, un partenariat avec Aurora visant à déployer ses camions autonomes de deuxième génération, sans conducteur, sur ce même corridor.

M. Drohan a expliqué que Charger a délibérément choisi deux fournisseurs de technologies de conduite autonome, estimant que plusieurs entreprises finiront par se faire concurrence sur ce marché.

Le corridor Dallas-Laredo a été choisi parce qu’il accueille un volume important des marchandises transfrontalières transportées par Charger et offre un environnement d’exploitation relativement simple.

«Ce sont nos remorques, nos marchandises et nos clients», a indiqué M. Drohan, ajoutant que Charger prend en charge les segments du premier et du dernier kilomètre des expéditions effectuées par les camions autonomes.

Le transporteur considère ces déploiements comme une occasion de répondre aux défis à long terme liés à la disponibilité des chauffeurs, tout en améliorant l’utilisation de son matériel roulant.

M. Drohan a expliqué que l’entreprise adopte une approche progressive du camionnage autonome, en avançant étape par étape, avec l’intention d’étendre éventuellement ses activités à d’autres corridors de transport du sud des États-Unis, à mesure que la technologie et la réglementation le permettront.

«Pour nous, nous avons clairement dépassé l’étape de la démonstration de faisabilité. Nous savons maintenant que c’est réalisable, et il s’agit désormais de passer à une plus grande échelle», a-t-il souligné.

Les informations manquantes

Alors que les tracteurs autonomes utilisent des caméras, des lidars et d’autres capteurs pour analyser leur environnement, M. Drohan estime qu’ils doivent également avoir accès à des informations sur l’état de la remorque et l’arrimage de la cargaison.

«Votre camion peut vous fournir toutes les informations sur son propre état, et ses capteurs peuvent détecter certaines choses. Mais, encore une fois, vous ne pouvez pas tout savoir. Alors, pourquoi ne pas intégrer toutes ces données disponibles?»

Charger a déjà entamé des discussions avec des fournisseurs de technologies de conduite autonome afin d’intégrer davantage de données provenant des remorques à leurs systèmes. M. Drohan estime que les informations sur la disposition et l’arrimage des marchandises pourraient devenir des éléments importants dans la prise de décision des véhicules autonomes.

Cela comprend les données provenant des caméras installées à l’intérieur des remorques, qui peuvent détecter les déplacements de la cargaison, ainsi que des systèmes télématiques capables de repérer les problèmes mécaniques ou opérationnels. En l’absence d’un chauffeur pour examiner une anomalie, la capacité de détecter un problème et de déterminer la mesure appropriée à prendre devient de plus en plus importante.

«Je pense que la première question à se poser est la suivante : comment savoir que quelque chose s’est produit? Il faut disposer de données capables de vous informer et de vous alerter lorsqu’un incident survient», a déclaré M. Drohan.

Il estime que ce niveau d’intégration deviendra, à terme, une nécessité plutôt qu’une fonctionnalité facultative.

«C’est là que, selon moi, la remorque, le camion et les systèmes de conduite autonome devront être pleinement intégrés et communiquer entre eux de façon bidirectionnelle, afin de pouvoir prendre les bonnes décisions en toute confiance.»

Le transport frigorifique ajoute à la complexité

Le défi devient encore plus important lorsque les tracteurs autonomes commencent à tirer des remorques frigorifiques. Charger transporte des marchandises sous température contrôlée et prévoit intégrer des remorques frigorifiques à ses activités de transport autonome.

«Nous le croyons», a répondu M. Drohan lorsqu’on lui a demandé si des camions autonomes pourraient éventuellement tirer des remorques frigorifiques.

Aujourd’hui, un chauffeur qui constate un problème de réfrigération peut examiner la situation et déterminer s’il doit poursuivre sa route, s’arrêter immédiatement ou se diriger vers un atelier de réparation. Sans chauffeur à bord, ces décisions devront reposer sur les informations transmises par la remorque.

«Dois-je m’arrêter sur le bord de la route, me rendre immédiatement à un centre de service ou est-ce que tout va bien? S’agit-il d’un problème mineur? Puis-je poursuivre ma route sans compromettre la cargaison?», a expliqué M. Drohan, en décrivant les décisions que les chauffeurs doivent actuellement prendre. «Sans accès à ces données, je ne vois pas comment on peut prendre de telles décisions, puisqu’il n’y a personne sur place pour le faire.»

Il estime que les caméras de surveillance de la cargaison, combinées aux systèmes de contrôle de la réfrigération, pourraient jouer un rôle important en fournissant un portrait plus complet de l’état de la remorque et des marchandises transportées.

Lawrence Bader, ancien directeur des systèmes de gestion de flotte chez UPS, aujourd’hui à la retraite, convient que les remorques devront être capables de transmettre beaucoup plus d’informations à mesure que le camionnage autonome prendra de l’ampleur.

«Une fois que le chauffeur n’est plus dans la cabine, cela devient vraiment essentiel, surtout lorsque les activités prennent de l’ampleur», a déclaré M. Bader.

Les défaillances du matériel roulant et les événements imprévus continueront de se produire, peu importe le degré de sophistication des technologies de conduite autonome.

«C’est la remorque qui peut nous informer de ce qui se passe sur la route. Elle doit essentiellement être capable de communiquer son propre état et de nous alerter, qu’il s’agisse de l’expéditeur, du transporteur ou du fournisseur de technologies autonomes, afin que nous puissions prendre de meilleures décisions sur la façon de gérer ces situations», a ajouté M. Bader.

Pour Charger, le message est clair : le camionnage autonome ne pourra atteindre son plein potentiel en se concentrant uniquement sur le tracteur. La remorque, ainsi que les données qu’elle peut fournir, doivent également faire partie de l’équation.


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