Les causes qui provoquent la flambée du prix des primes d’assurance, et comment en minimiser les conséquences sur vos finances et votre couverture.

Limiter les dommages: pourquoi le prix des assurances monte en flèche

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Les prix des primes d’assurance ont beaucoup augmenté au Québec dernièrement, et il est prévu qu’elles augmenteront encore beaucoup au cours des prochains mois. Des rumeurs laissent entendre que les hausses pourraient atteindre 200 pour cent dans certains cas.

C’est un transporteur qui nous a mis la puce à l’oreille, après que son entreprise ait constaté une hausse considérable des primes d’assurance, passant de 9 000 $ à 22 000 $ par camion, et ce, malgré un dossier impeccable sans réclamation. «Notre courtier nous a dit que ça n’avait rien d’exceptionnel», nous a-t-il révélé. «Après avoir vérifié auprès de quelques petits transporteurs, certains d’entre eux paient de quatre à cinq fois plus cher que l’année dernière.»

L’une des causes serait que deux des cinq principaux assureurs de camionnage dans la province se sont retirés du marché, car les réclamations en camionnage coûtent très cher et le marché ne serait pas rentable. «On dirait qu’il ne reste pratiquement que Northbridge, Intact, Aviva et Echelon, mais la rumeur veut que l’une ou l’autre de ces compagnies, peut-être même plus qu’une, tirera sa révérence cette année», a-t-il ajouté.

«Zurich a quitté le marché du camionnage il y a deux ans et Economical a quitté le 31 décembre dernier», confirme Martin Burrowes, vice-président chez Burrowes Courtiers d’assurances. «Les compagnies qui restent perdent énormément d’argent avec le camionnage. C’est un secteur tout simplement trop coûteux : les réclamations sont très élevées et il y a trop d’accidents. Aux États-Unis, vous pouvez même voir des panneaux d’affichage sur la route annonçant des services juridiques spécialisés dans les poursuites contre des compagnies de camionnage.»

«En effet, les tarifs d’assurance ont augmenté», de poursuivre M. Burrowes. «On parle d’environ 15 à 25 pour cent pour les compagnies qui ont un dossier impeccable. La moyenne est de 35 pour cent et on voit fréquemment des hausses allant de 40 à 100 pour cent. Certaines hausses atteignent même 200 pour cent.» Il ajoute que l’augmentation moyenne représente environ un pour cent par année, puisque que les tarifs d’assurance camionnage n’ont pas réellement augmenté depuis 1986.

Cette hausse majeure des primes d’assurance est assez généralisée et touche autant les flottes que les voituriers-remorqueurs. Selon Maxime Brien, chef des solutions spécialisées chez HUB International, les assureurs perdent effectivement de l’argent dans le segment du transport depuis plusieurs années. Pour chaque dollar qu’ils perçoivent, ils doivent débourser 1,05 $, 1,10 $ ou même 1,15 $ dans certains cas.

«On devait s’ajuster aux autres provinces et aux États-Unis», explique-t-il. «Le Québec est sous-tarifé par une grande marge depuis plusieurs années. Et on est encore loin de l’Ontario, malgré les dernières augmentations.»

Selon Ann Rake, vice-présidente au service à la clientèle et au développement – division transport chez Univesta Assurances, les facteurs suivants contribuent également à l’augmentation des primes d’assurance : les camions coûtent de plus en plus cher, le taux de change n’est pas favorable et il y a même une augmentation des prix du remorquage en Ontario et aux États-Unis.

Selon Matthieu Préfontaine, président de M2 Assurance, le phénomène des vols de châssis et de conteneurs a aussi un rôle à jouer dans l’augmentation des primes. «Le marché s’est ramolli avec les années, c’est maintenant la juste prime que les transporteurs paient», a-t-il ajouté.

Bien que cette situation concerne toute l’industrie, certains types de transport sont davantage affectés. C’est justement le cas des flottes qui se rendent en Ontario et aux États-Unis, où les réclamations sont parfois démesurées. Depuis quelques années, le nombre de poursuites et de règlements pour des dommages corporels subis sur le territoire ontarien a considérablement augmenté, et les montants de ces règlements varient souvent entre 500 000 $ et 1 000 000 $.

«En ce qui concerne le transport de marchandises dangereuses, par exemple le pétrole, il y a à peu près un seul assureur qui soumissionne», de poursuivre Mme Rake. Ainsi, plus le segment est spécialisé, moins il y a d’assureurs possédant les connaissances adéquates pour assurer les transporteurs.

Bien entendu, les transporteurs qui font beaucoup de réclamations ou qui ont déjà des dossiers problématiques seront davantage affectés par cette nouvelle réalité lorsque viendra le temps de renouveler leur assurance. Beaucoup de nouveaux transporteurs ont de la difficulté à se lancer en affaires, et certains voituriers-remorqueurs ont même de la difficulté à obtenir un renouvellement, si bien qu’ils doivent parfois fermer boutique.

Les primes augmentent, les couvertures diminuent

Une couverture d’assurance de 5 000 000 $ ou 10 000 000 $ peut passer à 2 000 000 $ ou 3 000 000 $ lors du renouvellement.   

Kevin Quane, vice-président chez Assuraction Transport Expert, nous explique qu’en général, les transporteurs qui ont un exposé hors Québec élevé se font offrir seulement 2 000 000 $ ou 3 000 000 $ en responsabilité civile. Pour combler le manque à gagner, ils doivent souscrire une assurance de type «parapluie», c’est-à-dire faire appel à un ou des assureurs supplémentaires pour compenser ce que leur police principale ne couvre pas. Par exemple, une assurance primaire pour les premiers 2 000 000 $ et une assurance parapluie pour les 3 000 000 $ suivants, pour une couverture totale de 5 000 000 $. Mais une police excédentaire signifie évidemment des frais additionnels.

Même les nouvelles technologies de sécurité et d’assistance à la conduite, censées réduire le nombre d’accidents, n’ont pas vraiment de répercussions sur les primes.

«Les dispositifs de consignation électroniques (logbooks) empêchent de tricher, donc on devrait voir moins d’accidents éventuellement», d’expliquer Matthieu Préfontaine. «Cela aura un bel effet sur la situation, mais seulement à moyen ou à long terme, et pas avant que les profits ne soient au rendez-vous.» Il ajoute qu’en raison de la pénurie de chauffeurs expérimentés pour aller aux États-Unis, les transporteurs font appel à des jeunes chauffeurs. «C’est bien connu, les jeunes automobilistes coûtent plus cher à assurer parce que, statistiquement, ils ont plus d’accidents que les chauffeurs expérimentés», poursuit-il. «Et les jeunes camionneurs aussi ont plus d’accident.»

C’est le même son de cloche pour M. Quane, qui constate que les flottes sont moins sélectives qu’auparavant pour pallier la pénurie de chauffeurs. «Avant c’était trois ans d’expérience minimum, aujourd’hui la plupart des offres d’emploi demandent un an d’expérience», précise-t-il.

Peut-on minimiser cette hausse des primes sans changer de domaine, et sans se contraindre à ne pas quitter le Québec? Selon Mme Rake, tout doit être fait pour maintenir des dossiers impeccables. «Ça peut donner lieu à des augmentations de cinq pour cent, par exemple, mais les diminutions et le statu quo ne sont pas vraiment envisageables», explique-t-elle. «Tout est une question d’appréciation du risque.»

Certains changements peuvent être apportés aux activités d’un transporteur ou à son programme d’assurance pour diminuer son risque et sa prime d’assurance. Par exemple en augmentant les franchises, le transporteur va gérer une plus grande partie de son risque. Il est donc possible d’opter pour des franchises de 100 000 $ ou 200 000 $, ou encore de changer un déductible de 5 000 $ pour un déductible de 10 000 $ ou 15 000 $.

Comme plusieurs entreprises dans le domaine de l’assurance, HUB International fait appel à un expert en contrôle des risques qui rencontre les clients avant un renouvellement, afin de les renseigner sur les meilleures pratiques à adopter. De plus, la société mène en ce moment des études pour développer des nouvelles pratiques, notamment en ce qui a trait à l’assurance de groupe ou à l’auto-assurance.

Enfin, il est conseillé de travailler avec un courtier spécialisé en transport plutôt qu’avec un courtier généraliste.

«Pour minimiser les risques d’accident, il faut miser sur la formation et la prévention auprès des chauffeurs», de conclure M. Préfontaine. Plus un chauffeur va se sentir pressé, plus il sera à risque d’avoir un accident. «Ne sous-entendez jamais que le voyage est urgent.»

 

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À propos de l'auteur

Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News. Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom. Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun. Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.