Mobiliser pour performer

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Après la satisfaction et la motivation, les nouvelles réalités du monde du travail appellent à la mobilisation.

Quelle est la meilleure façon de tirer le meilleur de ses employés? Il faut les mobiliser, a conseillé Jean-François Bertholet, consultant en développement organisationnel, lors de sa conférence «Générer la haute performance dans le nouveau monde du travail», présentée au 68e Congrès de l’Association du camionnage du Québec.

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, les entreprises cherchent à faire de la rétention. Mais M. Bertholet met en garde contre le mot rétention. «Déjà, si vous devez retenir vos employés, ce n’est pas bon signe», a-t-il lancé.

«Dans les années 80-90, on visait la satisfaction des employés. Mais cela ne menait qu’à une surenchère de conditions de travail. Peu importe ce que vous allez donner, en moins de deux semaines, ce ne sera plus un avantage, mais un acquis», a prévenu M. Bertholet. Bien traité ne veut pas nécessairement dire mobilisé, a-t-il poursuivi. «Si un employé reste dans votre entreprise seulement parce qu’il ne trouverait pas d’aussi bonnes conditions ailleurs, ce n’est pas une relation optimale. La satisfaction à elle seule, ça ne marche pas», assure Jean-François Bertholet.

Par la suite est venue l’approche motivation. Ce fut l’époque des théories selon lesquelles on essayait de tirer le meilleur des employés. L’employé, lui, se préoccupait de savoir ce que cela allait lui rapporter. «Cela ne fonctionne pas non plus, car quand on est dans la motivation, on est aussi beaucoup dans les incitatifs. Les employés aiment cela, mais ils en deviennent dépendants, ils s’habituent rapidement et en demandent toujours plus.»

Ces dernières années, on a beaucoup parlé d’engagement du personnel, de fierté envers l’entreprise. Mais le sentiment d’appartenance n’est pas une valeur primaire de la jeune génération d’employés. «Les jeunes, de nos jours, vont se garder une petite gêne avant de se faire tatouer le nom de votre entreprise. Ils sont plus patients avant de s’engager émotivement.»

Pour mobiliser les gens, les entreprises doivent créer le bon environnement de travail. Reprenant les paroles d’un humoriste connu, M. Bertholet a souligné que, d’autant plus en raison de la pénurie de main-d’œuvre généralisée, les entreprises sont «condamnées à l’excellence». Si vous n’êtes que correct en gestion des ressources humaines et en mobilisation, «vous ne pourrez plus gagner parce que tout le monde optimise ses stratégies».

Qu’est-ce qu’une organisation mobilisée? C’est une entreprise où l’on constate l’effort collectif, la coopération et la loyauté.

«Vous voulez savoir si vos gens sont mobilisés? Sont-ils des ambassadeurs pour votre entreprise? En parlent-ils en bien? S’en préoccupent-ils comme si c’était leur entreprise? Une bonne façon de le savoir, c’est si les gens parlent de l’entreprise en disant nous», d’illustrer le spécialiste des ressources humaines.

Pour mobiliser, il faut aussi s’occuper des pommes pourries, ceux qui critiquent toujours la compagnie, sinon on crée un sentiment d’injustice. «On veut mobiliser la masse critique. Le ‘chialeux’ va s’isoler; ou vous allez le remercier, ou il partira de lui-même.»

Les personnes qui sont mobilisées sont celles qui élargissent leur contrat de travail, d’expliquer M. Bertholet. «Les personnes démobilisées sont celles qui disent : Ma job, c’est ce qui est écrit, et rien de plus.»

Les nouveaux employés auront tendance à s’adapter à la culture d’entreprise qui est en place, de là l’importance qu’elle soit mobilisée.

Comment on fait en sorte que nos employés soient mobilisés et nous suivent plutôt que de vouloir ne faire que le stricte nécessaire?

«C’est surtout d’arrêter de faire les mauvaises choses», de dire Jean-François Bertholet. Il ne s’agit pas d’essayer de motiver des gens, parce que les gens vont se motiver par eux-mêmes si les bonnes conditions sont en place. «La mobilisation passe par le sentiment d’avoir de l’influence, la justice, la confiance et la reconnaissance. C’est prouvé que 95 pour cent des gens réagissent positivement quand on met ces conditions en place.»

Parmi les facteurs qui contribuent à mobiliser les employés, M. Bertholet mentionne l’honnêteté de la part de la direction, la compétence et la bienveillance des patrons (se préoccupent-ils vraiment du bien-être des employés?), la fiabilité et la capacité des dirigeants à tenir leurs promesses.

À l’inverse, la micro-gestion et l’injustice sont des comportements à proscrire. «Une grande partie de la démobilisation vient du sentiment d’injustice», a souligné M. Bertholet. «L’injustice est associée au dégoût. Les gens y réagissent très fortement. À l’opposé, c’est très facile d’imposer un sentiment de justice quand on explique nos décisions avec respect et dignité.»

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