Rouler en santé

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Les chauffeurs se font dire depuis longtemps qu’ils font partie d’un groupe vulnérable en matière de santé, et cela peut signifier bien plus qu’envisager l’achat d’une plus grande ceinture. Une étude menée en 2014 par Transports Canada a révélé que les chauffeurs vivent généralement jusqu’à 20 ans de moins qu’un travailleur moyen en raison de facteurs de risque comme la fatigue, les choix alimentaires disponibles et les réseaux de soutien limités.

Philip Bigelow, chercheur à l’Université de Waterloo, affirme que la culture sous-jacente qui contribue à la mauvaise santé des chauffeurs ne changera pas simplement en passant quelques heures à la salle de gym. Travaillant sur une étude parmi plusieurs autres, il tente de déterminer ce que les flottes peuvent faire pour promouvoir – avec succès – des habitudes saines et encourager les chauffeurs à maintenir de telles habitudes à long terme.

«Il doit y avoir une culture pour cela, des incitatifs, des défis pour garder les employés motivés», dit-il.

C’est là qu’entrent en jeu des programmes comme Healthy Trucker, lancé il y a quatre ans par NAL Insurance lorsque l’entreprise a constaté une augmentation de l’absentéisme des chauffeurs, et qu’ils prenaient plus de temps pour retourner au travail. Les chauffeurs ayant des blessures liées au travail – une coiffe des rotateurs déchirée, par exemple – ne pouvaient pas subir de chirurgie, ou ils faisaient face à des temps de récupération plus longs parce qu’ils souffraient d’autres problèmes comme l’hypertension artérielle.

«Nous ne voulions pas simplement augmenter les primes parce que cela n’aide personne», de dire Andrea Morley, nutritionniste en chef de Healthy Trucker.

Un programme a donc été mis sur pied pour jumeler des chauffeurs avec un entraîneur de santé et un nutritionniste. Les entraîneurs encouragent les changements au moyen de conseils par message texte, de bulletins électroniques hebdomadaires, de suivi des aliments en ligne, de programmes de repas et de consultations téléphoniques.

Il y a certes d’importants avantages d’investir dans la santé des chauffeurs, en commençant par des employés qui sont plus productifs et alertes sur la route.

Plusieurs grandes flottes observent déjà les répercussions positives que peut avoir  une bonne santé sur le rendement au travail, les primes d’assurance et les jours de maladie demandés. Le programme Comprehensive Health and Safety Process d’UPS Canada, par exemple, comprend maintenant des exercices physiques à faire sur le lieu de travail, comme des étirements en groupe pendant les réunions du matin.

Les étirements ne sont qu’un début pour l’entreprise de messagerie, qui récompense les chauffeurs prenant part à ces activités physiques, comme s’inscrire à un club de course.

Forme et techno

Les développeurs de technologies cherchent à fournir une partie de la solution pour être en meilleure forme, surtout lorsque des entreprises comme NAL et Rolling Strong, située aux États-Unis, investissent dans des applications, des technologies portables et des didacticiels sur YouTube pour aider les chauffeurs à améliorer leurs habitudes.

Andrea Morley indique que Healthy Trucker fait appel à Fitbits avec tous les chauffeurs participants, pour aider à suivre les pas et inciter les gens à participer aux compétitions annuelles. Les podomètres électroniques aident à créer des communautés où les chauffeurs peuvent s’encourager mutuellement en plus de participer à des compétitions amicales.

Bien que les dispositifs de suivi de la forme physique soient devenus un marché important et qu’ils offrent à ceux qui les portent une belle occasion d’améliorer leur santé, Mme Morley met en garde contre les chauffeurs qui accordent trop d’importance aux chiffres qui apparaissent sur l’écran. Le décompte des pas peut être faussé puisque les chauffeurs passent l’essentiel de leur journée à changer de vitesse, assis dans un siège surélevé qui bouge continuellement. Elle recommande aux chauffeurs de porter l’appareil lorsqu’ils sont à l’extérieur de la cabine, mais de l’enlever et de le placer dans un endroit moins susceptible de bouger et d’enregistrer erronément des pas pendant la conduite.

La technologie ne doit pas non plus se limiter à suivre le mouvement. Steve Kane de Rolling Strong combine des dispositifs de suivi de la forme physique avec un programme de conditionnement physique et une application pour s’attaquer à un éventail de problèmes de santé liés au chauffeur.

Choix alimentaires

Les relais routiers, où un seul repas peut contenir plus de calories que la quantité quotidienne recommandée, peuvent s’avérer particulièrement problématiques. Les applications et les communautés sociales permettent aux chauffeurs de partager les trucs qu’ils ont choisis pour faciliter la route vers une meilleure santé.

Mme Morley ajoute qu’il est important d’éviter tout ce qui est frit, crémeux ou à base de pâte, mais que certains aliments ont une mauvaise réputation injustifiée.

«Parfois, les hamburgers peuvent être étonnamment santé», poursuit la nutritionniste. Manger un hamburger avec la moitié du pain et une salade peut s’avérer un bon choix pour certains repas. Pour d’autres, elle recommande d’aller dans la section prêt à manger du relais routier et de choisir des légumes pré-coupés, des noix ou une grosse portion de fruits en guise de collation.

Conception des camions

Les développeurs de logiciels ne sont pas les seuls à s’intéresser aux changements apportés au nom de la santé des chauffeurs. Les manufacturiers se penchent aussi sur la question lors de la conception des nouveaux camions. Lors du dévoilement de son VNL, par exemple, Volvo a souligné comment son nouveau matelas inclinable, dans le compartiment couchette, peut aider les personnes souffrant d’apnée du sommeil, et que les prises électriques sont situées à proximité pour faciliter le branchement des appareils CPAP couramment utilisés par ceux qui souffrent d’apnée du sommeil.

Brian Balicki, concepteur en chef, a ajouté que des barres d’appui stratégiquement placées dans une cabine plus grande permettent aux chauffeurs de s’étirer et de bouger davantage, leur procurant ainsi un endroit où ils peuvent faire plus d’exercices sur la route. Des barres d’appui près des sièges permettent également un certain niveau d’étirement lorsque le camion est en mouvement.

«Il ne s’agit pas seulement de s’asseoir sur le siège et de conduire le véhicule. Il s’agit de ce qui arrive à votre corps après un quart de travail de 11 ou  12 heures», de dire M. Balicki à propos du processus de réflexion derrière la conception. «Nous aimons penser au camion comme à un cocon. Il s’agit vraiment de prendre soin du client pendant qu’il est dans ce produit.»

Andrea Morley ajoute que faire des exercices dans la cabine peut s’avérer étonnamment efficace. Les séances d’entraînement sans équipement et dans un espace limité peuvent comprendre des sauts avec écart (jumping jacks), des pompes, des sauts de grenouille ou des flexions, dans le cadre d’un entraînement fractionné de haute intensité. Augmenter votre rythme cardiaque et le redescendre à plusieurs reprises est la meilleure façon de réduire la graisse et de développer les muscles, et en ajoutant simplement quelques petits haltères à cette routine, vous augmenterez de beaucoup le nombre d’exercices que vous pouvez faire.

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À propos de l'auteur

Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News. Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom. Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun. Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.