Route 389 : aux usagers de faire leur part

 

La 389 est la plus longue route secondaire du Québec.

La route 389, qui relie Baie-Comeau à la frontière du Labrador, comporte certains des tronçons routiers les moins sécuritaires au Québec. Si bien que le Comité de sécurité route 389, mise sur pied en 1998, s’est donné comme principaux objectifs de sensibiliser les usagers en provenance de partout en Amérique du Nord et de promouvoir une conduite sécuritaire sur la route 389. Le Comité regroupe des services gouvernementaux (Sureté du Québec, SAAQ, MTQ), des services paragouvernementaux (Hydro Québec, CISSS, CFTC), des municipalités, des entreprises manufacturières du Grand Nord du Québec, du personnel politique et quelques transporteurs routiers.

La route 389, la plus longue route secondaire du Québec, est particulièrement sinueuse et comporte plusieurs sections en gravier. Mais la superficie du territoire qu’elle dessert et les paysages qu’on peut y admirer en font une option attrayante pour de nombreux usagers, souvent inconscients des risques courus.

«Peu de gens réalisent les dangers du trajet de 565 kilomètres dans le Grand Nord québécois», de dire Norbert Demers, président de Transport O.S.I. et membre du Comité, ajoutant que plusieurs centaines de kilomètres séparent parfois les points de service les uns des autres. «L’entretien de la route, tout au long du trajet, représente un défi puisque la température change entre le début et la fin de la route. Il est possible de vivre les quatre saisons le long du trajet!»

À cela s’ajoutent plusieurs problèmes : le partage de la route entre motocyclistes, camionneurs, automobilistes et, depuis peu, cyclistes; un réseau cellulaire déficient et même absent par endroits; des tronçons mal adaptés au transport hors normes et aux grands trains routiers, surtout en hiver; des passages à niveau mal conçus et trop nombreux, où les camions transportant des matières dangereuses doivent s’immobiliser et restent parfois coincés; sans oublier les usagers téméraires qui se mettent eux-mêmes en danger.

«De mémoire, il y a 11 passages à niveau actuellement», de poursuivre M. Demers. «Sur un trajet aller-retour, cela représente 22 passages. La route 389 est tellement sinueuse qu’elle croise la même voie ferrée à plusieurs endroits. Selon les recommandations, les trajets vont changer et le nombre de passages à niveau devrait beaucoup diminuer.»

Ainsi, depuis quelques années, des travaux visant à rendre la route 389 plus sécuritaire ont lieu sur une base régulière. Ces travaux ont commencé à prendre plus d’envergure en 2019 alors que d’importantes sommes sont consacrées à l’élargissement des voies et à l’amélioration de la visibilité dans les courbes, entre autres choses.

Mais cela ne réglera pas tout — les usagers doivent collaborer.

«La route demeure dangereuse et beaucoup d’usagers ne sont pas très coopératifs», de dire M. Demers. «Certains ne respectent pas la signalisation, ils ne ralentissent pas et accélèrent à la vue des travaux. Il faut garder en tête que c’est une route difficile qui comporte des risques qui ne pardonnent pas. Inévitablement, les téméraires auront recours à un service de remorquage ou d’ambulance.»

Selon M. Demers, cette situation concerne autant les touristes que les résidents saisonniers et les chauffeurs professionnels. «On a déjà vu des camionneurs défoncer les barrières installées par les autorités pour bloquer l’accès à la route 389, quand la température est trop mauvaise», déplore-t-il. «La plupart du temps, ce comportement aura pour conséquence qu’ils ne pourront poursuivre leur trajet parce que les conditions routières ne le permettent pas. Ils seront immobilisés et seront même la cause d’accidents, parfois mortels.»

Le président de Transport O.S.I. ajoute que plusieurs entreprises de camionnage ne connaissent pas les enjeux de ce parcours. Elles répondent aux appels d’offres et soumissionnent sur des contrats sans vraiment savoir à quoi s’attendre. «Aller au Labrador par la route 389, ce n’est pas comme faire le trajet Montréal – Toronto par la 401», explique-t-il. «Il faut prévoir des camions fiables, bien chaussés et pourvus d’équipements bien adaptés aux conditions de ce territoire. Il est souhaitable que les conducteurs de véhicules lourds expérimentés dans ces conditions de route puissent faire ce parcours. J’ajouterai même qu’il en vaut autant pour les automobilistes et autres usagers de cette route.»

Norbert Demers, président de Transport O.S.I. et membre du Comité de sécurité route 389.

M. Demers souligne d’ailleurs que le Centre de formation en transport de Charlesbourg offrait une formation spéciale consacrée à la conduite sur la route 389. Cette formation s’adressait aux professionnels de la route et visait à parfaire leurs connaissances pour les aider à adapter leur conduite aux particularités du trajet – ce qui en dit long sur l’ampleur du problème. «Dommage, les restrictions budgétaires gouvernementales aient mis fin à ce programme», poursuit-il.

De son côté, le Comité de sécurité route 389 entend poursuivre son travail de sensibilisation. «On fait aussi des pressions pour augmenter le nombre de contrôleurs routiers dans certains secteurs clés», conclut M. Demers. «C’est une très longue route et les ressources qu’on peut déployer sont limitées. Tous les utilisateurs doivent être sensibilisés. C’est important de répéter ce message de prévention. En plus de nos campagnes de sensibilisation par nos activités de barrages routiers saisonniers, pendant lesquels nous expliquons les enjeux de ce trajet, nous remettons des dépliants explicatifs et référons les utilisateurs au site web, il faut promouvoir l’importance d’adopter une attitude responsable, un comportement sécuritaire et préventif, et surtout, d’être très, très vigilant.»

Pour des informations supplémentaires sur la route 389, la mission du Comité ou pour obtenir des conseils de sécurité, consultez le www.route389.com.

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.