Sans détours

0

Il est allumé, assumé et il n’a rien à cacher! Si vous ne le connaissez pas encore, cela ne saurait tarder. Voici le Jeune boss de truck! 

Ghislain Tessier a créé un phénomène sur Facebook avec ses capsules Jeune boss de truck. Avec une transparence et une candeur désarmantes, le président de Transport ATD, à Asbestos, répond sur sa page aux questions de ses membres et partage ses expériences, ses défis, ses succès et même son salaire! Le jeune boss de truck n’a pas la langue de bois, mais qui est-il?

D’emblée, Ghislain Tessier, 33 ans, avoue qu’il est animé par une grande ambition, parfois trop grande.

Il a acheté ses premières actions de l’entreprise familiale, fondée par son père en 2008, alors qu’il avait à peine 22 ans. En fait, il voulait acheter 49 pour cent de l’entreprise.

Mais, rappelez-vous : on était en pleine crise économique.

«Nous étions brokers pour Cascades. Nous avions 10 camions, aucune remorque, et nous transportions à 100 % pour Cascades à Kingsey Falls», rappelle Ghislain Tessier. «Pendant trois mois, tous les camions se sont retrouvés immobiles dans la cour. Nous n’avons pas eu un seul voyage!» La compagnie a réussi à passer au travers parce qu’elle n’avait aucune dette, gracieuseté du style de gestion serré de son père André.

De ne pas être accepté au financement est la plus belle chose qui lui soit arrivé, constate Ghislain Tessier avec le recul. «La banque m’a fait comprendre que j’étais trop jeune et elle avait raison. J’étais trop ambitieux et, encore aujourd’hui, je dois parfois me freiner.»

Le curriculum vitae du jeune boss de truck comprend la conduite de camions pendant cinq ans, en plus de toutes les tâches que l’on remplit quand on grandit dans une compagnie de transport.

En 2012, il a accédé à la présidence mais sans détenir d’actions. Ghislain s’est fait la promesse de ne plus être sous-traitant et de ne plus être dépendant d’un seul donneur d’ouvrage la prochaine fois qu’il y aurait une crise économique.

Il allait devenir transporteur, et il devrait tout apprendre.

Il a déménagé la compagnie dans les anciens locaux d’Asbestos Eastern, propriété d’Yves Marchand, ce qui lui a permis de prendre de l’expansion.

L’ambition lui a joué quelques tours et l’inexpérience lui a fait commettre des erreurs qu’il reconnaît aujourd’hui humblement.

«J’ai voulu croître trop vite», analyse-t-il. «Je ne savais pas trop dans quoi je me lançais et, aujourd’hui, je réalise que j’avais beaucoup trop confiance en moi.»

Toutefois, l’obsession du volume à tout prix a causé des dommages financiers.

«J’avais déniché un bon contrat. Cinq Toronto par jour, mais je n’avais que 10 camions, alors j’ai dû acheter des camions d’occasion rapidement. La progression est ensuite allée très vite.».

«J’étais insouciant. J’avais des allers, mais pas de retours! Je dépensais de l’argent à la vitesse grand V.»

Trop de volume, pas assez de rentabilité

L’attrait du volume ne lâche pas le jeune président d’ATD. L’ambition non plus. Il raconte :

«Au printemps 2015, un client m’a pressenti pour faire du transport aux États-Unis, du nouveau pour nous. J’ai acheté sept camions et 10 remorques neuves. J’ai fait des embauches. J’ai obtenu mon accréditation C-TPAT. Quand les camions sont arrivés, sept ou huit mois plus tard, on m’a dit : « Désolé, mais nous n’avons plus d’ouvrage ».»

C’est là que Ghislain Tessier a appris à la dure une leçon qu’il n’oubliera jamais : ne jamais se fier à une promesse sans contrat.

Étonnamment, malgré un marché très fort et un volume grandissant, 2016 et 2017 furent les pires années d’ATD. Les marchandises étaient là, les camions roulaient au maximum, «mais les chiffres n’étaient pas bons».

«Je carburais au volume, et ce fut ma plus grande erreur», reconnaît Ghislain Tessier.

«Plus j’augmentais le volume, plus mes chiffres étaient négatifs. Ma drogue, c’était le volume mais, pendant ce temps, je me perdais dans mes opérations», constate-t-il.

Débordé par ses tâches, le jeune président n’avait plus le temps de compter. Limité par ses ressources, il calculait lui-même ses prix de revient avec plus ou moins de succès, établissait de son mieux des états financiers plus ou moins fiables.

«À la fin de l’année, le comptable m’a dit : « Tu manques d’argent, mais je ne comprenais pas pourquoi ». On travaillait à fond de train. Je me disais que l’argent devait se trouver dans les comptes à recevoir, mais non.»

Les bonnes personnes

Pour voir plus clair, Ghislain Tessier a pris la décision de s’entourer des bonnes personnes.

«Ça a vraiment fait la différence, sinon j’aurais fait faillite et je ne serais pas ici pour en parler», résume-t-il.

«Mon prix n’était pas bon. Un seul client représentait environ 40 % de mon chiffre d’affaires, mais aucun voyage qui sortait de sa cour n’était rentable.»

Si le calcul du prix de revient était juste a priori, il devenait déficitaire à mesure que le jeune dirigeant ajoutait des services pour s’assurer plus de volume.

«On me faisait des promesses. On me disait que si je baissais mon prix, on me donnerait des voyages de plus. Mais je perdais déjà de l’argent à chaque voyage! Je me tirais dans le pied pour avoir encore plus de volume. Ce n’était vraiment pas payant!»

Humblement, il reconnaît : «Je n’étais vraiment pas un bon entrepreneur au début, et j’avais trop d’ambition».

Les bonnes personnes dont il s’est entouré, c’est Yves Marchand (ancien président d’Asbestos Eastern) et Guy Morin, un entrepreneur possédant une formation comptable à la tête de Giguère et Morin, un fabricant de composants en bois.

À sa première présence au congrès annuel de l’Association du camionnage du Québec, Ghislain fait la rencontre de Jean-Philippe Boutin, du Groupe Boutin, qui lui parle de l’École d’entrepreneurship de Beauce (EEB), à laquelle il s’inscrit grâce à une aide de son Centre local d’emploi.

Il y a fait une découverte clé.

«Toutes les grosses entreprises avaient des conseils d’administration. Mon entreprise n’est pas assez grosse pour en avoir un, mais on m’a dit que je devrais mettre en place un comité aviseur, composé de gestionnaires que je connais et en qui j’ai confiance.»

Une démarche que Ghislain Tessier qualifie d’intimidante. Il faut ouvrir ses livres et admettre ses faiblesses.

«Partout, on me félicitait parce que j’étais un jeune entrepreneur en croissance. On me demandait de donner des trucs, alors que ça allait mal! C’est une leçon d’humilité.»

Yves Marchand et Guy Morin n’ont pas hésité à éclairer le jeune entrepreneur. «J’ai tout mis sur la table, même ma situation personnelle. Ils savent tout de A à Z», dit Ghislain Tessier. «Ils ont rendu le processus agréable. Ils ne m’ont pas jugé, ils ne m’imposent jamais de direction à prendre. Ils me font des suggestions.»

Ses conseillers lui rappellent souvent une règle simple : tu ne peux pas remettre de dentifrice dans le tube! «Ce qu’ils me disent, c’est : Arrête de vivre dans le passé, prends toi une vision et trouve-toi un objectif. Garde ta vision et demande-toi si tu peux changer quelque chose à la situation. Si la réponse est oui, prends les mesures qui s’imposent.»

Rapidement, ils ont constaté qu’il fallait mettre de l’ordre dans les états financiers d’ATD, parce qu’il était impossible d’y déceler ce qui allait mal.

Le premier conseil fut d’engager un comptable à l’interne.

Second constat : le problème ne se situait pas du côté des coûts, qui ne pouvaient pas être plus rationnés. C’est dans la colonne des revenus qu’il fallait travailler.

Une stratégie de hausse des tarifs a été établie.

«J’ai pris mes moins bons clients et je les ai amenés en haut de la liste de majoration des tarifs. Le moins bon allait absorber la plus grosse augmentation. Si je le perdais, c’était un moindre mal : c’était mon moins bon client!», explique le président d’ATD.

Certains clients ont absorbé une hausse de 40 %. «Ça a rué dans les brancards, mais ils m’ont gardé!», souligne Ghislain Tessier avec étonnement. «On a replacé notre situation en perdant beaucoup moins de clients que l’on croyait.»

Au lieu de perdre beaucoup d’argent, ATD a commencé à en faire.

«L’EEB et mon comité m’ont appris que je ne devais pas tout faire seul. Que si je veux une compagnie viable, je dois savoir me retirer des opérations et trouver des gens qui sont bons dans ce qu’ils font.»

En 2017, Ghislain Tessier a racheté toutes les actions de son père, comprenant la division transport et un garage de mécanique. «Mon père m’a dit : « Vas-y, je vais rester derrière toi »», rappelle Ghislain Tessier.

L’année 2018 a été la meilleure de l’histoire de l’entreprise, qui compte présentement 34 tracteurs, 72 remorques et 45 employés.

«J’ai toujours été ultra transparent avec mes gens. Tout le monde s’est resserré les coudes, et nous sommes passés au travers ensemble.»

La naissance d’un jeune boss

Ghislain Tessier est bien connecté, et pas seulement parce qu’il a équipé tous ses camions de logs électroniques dès 2015. Il est de la génération qui a grandi avec Internet et les réseaux sociaux.

«Je lisais souvent des commentaires négatifs à l’endroit du camionnage sur les réseaux sociaux. Du dénigrement à propos des salaires, des employeurs. C’est de là que l’idée de Jeune boss de truck m’est venue. Nous œuvrons tous dans le même domaine, est-ce qu’on ne pourrait pas s’aider?», demande-t-il.

On le sait, les «trolls» et les «haters» prennent beaucoup de place sur les réseaux sociaux, et les aspects positifs sont souvent occultés des conversations. Ghislain voulait expliquer les choses de l’autre côté de la médaille, du point de vue de l’employeur.

«Je voulais me préparer. Je devais trouver un nom. Je suis jeune, et je suis un boss de truck, alors voilà pour le nom!»

Le Jeune boss de truck a abordé sur sa page Facebook des sujets comme les soumissions, les per diem et les salaires. Il a même dévoilé son propre salaire. (Allez écouter la capsule si vous voulez le savoir!)

Il explique les raisons qui le mènent à certaines décisions en tant que propriétaire d’une entreprise de camionnage. «J’explique, par exemple, quelles sont les répercussions de mon côté quand les employés demandent quelque chose. Les gens sont souvent étonnés de savoir à quel point une décision peut être coûteuse.»

Le Jeune boss de truck s’adresse à tout le monde, mais le plus possible aux camionneurs. Ghislain Tessier y donne sa version personnelle des réalités qu’il vit dans son entreprise.

«Je savais au début que j’allais me faire ramasser mais c’est correct. Je me suis fait dire de me taire, mais j’ai gardé le cap ».

Ceux qui suivent le Jeune boss de truck ont constaté que Ghislain a vite conquis le respect et l’attention de son auditoire avec son honnêteté et sa transparence.

Il tente d’ajouter une vidéo toutes les deux ou trois semaines. Il a commencé à faire des capsules «live » car cela permet aux gens de poser directement leurs questions. D’ailleurs, c’est souvent les questions qu’on lui pose qui déterminent les prochains sujets qui seront abordés.

«J’explique que je vais répondre, mais je ne prétends aucunement  détenir la vérité», dit-il.

Partager.

À propos de l'auteur

Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News. Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom. Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun. Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.