Frustration et confusion quant aux tarifs douaniers lors du Heavy Duty Aftermarket Dialogue
C’était le sujet dont personne ne voulait parler lors du Heavy Duty Aftermarket Dialogue, mais qu’il était impossible d’éviter. Et très vite, on a commencé à évoquer le «mot en T».

Les tarifs douaniers ont été un thème récurrent tout au long de cette rencontre réunissant fournisseurs, distributeurs et utilisateurs du marché secondaire des véhicules lourds. Et il est clair que l’impact réel des tarifs imposés par le président américain Donald Trump demeure incertain.
Dans son populaire segment Talk from the Top, qui présente les résultats d’un sondage mené auprès des membres de la MEMA (The Vehicle Suppliers Association), Shannon O’Brien, directrice principale de la programmation et de la stratégie, a partagé des commentaires anonymes des répondants.
«Dans l’ensemble, cela a été un véritable casse-tête pour nos partenaires commerciaux, surtout au début, lorsque la situation évoluait constamment et que de nombreuses inconnues subsistaient», a-t-elle déclaré lors de l’événement. «La frustration provenait du chaos ambiant et du manque de clarté des directives. Les fournisseurs ont géré les changements de façon très différente. Certains ont qualifié la situation d’extrêmement pénible, tandis que d’autres l’ont jugée modérée et gérable.»
Des flottes de plus en plus frustrées par le manque de transparence
Pour les acheteurs de camions et de pièces, toutefois, l’effet des tarifs était loin d’être modéré ou gérable. Plus tard dans la journée, plusieurs ont exprimé leur frustration face au manque de transparence entourant les tarifs et à la façon dont ceux-ci compliquent la planification dans un environnement de marché déjà difficile.
Les flottes subissent les effets des tarifs sur plusieurs fronts : hausse des coûts des camions et des pièces, mais aussi répercussions sur leurs propres clients.
James Burg, président-directeur général de James Burg Trucking, exploite une flotte de camions à remorques à plateau basée au Michigan qui transporte de l’acier et de l’aluminium pour les constructeurs automobiles. Il a perdu un contrat important avec un fournisseur canadien d’acier, ce dernier ayant cessé de vendre aux États-Unis après l’imposition de tarifs de 25 % sur l’acier.
Mais la principale source de frustration exprimée par les flottes présentes concernait l’incertitude entourant le prix des nouveaux camions.
«Ce qui m’a le plus affecté, c’est l’incertitude que les tarifs ont créée chez les fabricants, qui ne sont plus en mesure de me fournir des prix précis pour ma flotte», a affirmé Joseph Richley, vice-président de la maintenance chez Groendyke Transport, un transporteur spécialisé dans le vrac. «Un fabricant me dit : “Voici l’impact”, un autre affirme que c’est inclus dans le prix. Je veux voir les détails. De vrais chiffres. Pas “ça pourrait coûter entre 3 000 $ et 4 500 $”. Ça ne m’aide pas.»
Dennis Meyer-Razon, responsable du transport chez CHS Inc., une grande coopérative agricole américaine exploitant 6 000 unités motrices et 8 000 remorques, partageait cette frustration.
«Je veux connaître l’impact tarifaire par camion», a-t-il insisté. «Vous savez combien il y a d’acier, d’où il provient, quelles pièces sont utilisées. Nous n’obtenons rien de nos fournisseurs. Je sais qu’ils ont des équipes qui s’occupent de ces calculs, puisqu’ils nous facturent. D’une façon ou d’une autre, ils arrivent à ce chiffre. Pourquoi ne peuvent-ils pas nous le communiquer? Nos dirigeants le demandent.»
Faute d’informations claires, M. Meyer-Razon a expliqué avoir dû s’en remettre à l’équipe des relations gouvernementales de sa propre entreprise pour tenter d’évaluer l’impact global des tarifs sur les prix du matériel roulant.
«Il a fallu deux mois pour obtenir un prix pour une cabine de ville, et ils ne connaissaient toujours pas le tarif», a ajouté M. Richley à propos de ses discussions avec plusieurs fabricants. «Pourquoi ne pouvez-vous pas simplement me donner une réponse? Je ne comprends pas.»
Lors de l’élaboration de son budget, M. Meyer-Razon a indiqué : «Je me suis contenté de faire une estimation au mieux à partir des informations limitées dont je disposais.»

Comment les fournisseurs de pièces gèrent les tarifs
Interrogé à savoir si les fournisseurs répercutaient l’intégralité des coûts tarifaires sur les clients, Marc-Philippe Beaudoin, vice-président et chef de produit chez UAP, a répondu : «Ça dépend.»
Les fournisseurs évaluent ce qu’ils peuvent absorber sans compromettre leurs marges par rapport à ce que le marché est prêt à accepter. «Il n’y a donc pas de réponse universelle», a-t-il précisé. «La situation évolue constamment.»
Dave McLeave, directeur du marché secondaire chez Hendrickson, a ajouté que l’impact total des tarifs n’était pas encore pleinement visible. « Il faut beaucoup de temps avant que leurs effets se répercutent complètement sur le marché », a-t-il expliqué.
De son côté, Rich Greenhill, vice-président du marketing après-vente et des solutions chez Volvo Group North America, a indiqué que Volvo n’avait pas refilé l’ensemble des coûts tarifaires. L’entreprise explore diverses stratégies d’atténuation avant de déterminer «ce que le marché peut supporter et ce qu’il est juste de lui répercuter». «Ils ne sont certainement pas transférés dans leur intégralité», a-t-il précisé.
Enfin, Dave Kalvelage, analyste principal chez MacKay & Company, a apporté des données chiffrées à la discussion. Selon une enquête menée auprès des flottes, 21 % des répondants ont indiqué que les hausses de prix liées aux tarifs les avaient incités à se tourner vers des pièces de rechange non d’origine.
Du côté des concessionnaires et distributeurs, 45 % ont affirmé que les tarifs avaient entraîné une augmentation des coûts, tandis que seulement 25 % ont déclaré un impact minime ou inexistant. À l’heure actuelle, 68 % des concessionnaires et distributeurs répercutent l’intégralité des coûts tarifaires sur leurs clients, a-t-il conclu.
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