La flambée du diesel se répercute sur le camionnage québécois
Le 28 février, Donald Trump a lancé une opération militaire conjointe américano-israélienne consistant en des frappes aériennes ciblées sur l’Iran, suivies d’un déploiement militaire d’envergure, le plus important dans la région depuis la guerre en Irak. Bien que ces événements se déroulent à l’autre bout du monde, leurs répercussions se font sentir jusque dans l’industrie du camionnage au Québec, notamment par une hausse marquée du prix du diesel.
Cette augmentation du prix du carburant affecte non seulement les transporteurs, mais aussi l’ensemble de la chaîne logistique, jusqu’au consommateur final qui finit par en assumer les coûts.

Le rôle clé de la surcharge de carburant
Les contrats entre transporteurs et clients incluent généralement une clause de surcharge de carburant, un mécanisme qui permet d’ajuster les tarifs de transport en fonction de l’évolution du prix du diesel.
Cette surcharge varie à la hausse ou à la baisse selon les fluctuations du carburant et vise à compenser les variations du prix du diesel afin d’éviter que les transporteurs aient à absorber ces coûts.
L’Association du camionnage du Québec (ACQ) publie chaque mardi après-midi une référence de surcharge pour différents types de transport. Des transporteurs s’appuient aussi sur les indices de la Freight Carriers Association (FCA), qui fournit également des références et des tendances du marché.
Certains transporteurs, comme le Groupe Guilbault, utilisent aussi leur propre formule pour calculer la surcharge de carburant.
«Nous avons une formule de surcharge maison, et on utilise aussi celle du FCA», explique Éric Gignac, PDG du Groupe Guilbault.
La formule interne de l’entreprise est généralement plus élevée que celle du FCA puisqu’elle se base uniquement sur le prix du carburant au Québec, qui est souvent supérieur à la moyenne canadienne.
Une hausse rapide et exceptionnelle
Habituellement, l’indice de surcharge de la FCA reflète les variations du prix du diesel avec un certain délai. Dans plusieurs cas, l’ajustement peut accuser un retard d’environ deux semaines par rapport au marché.
Cependant, les tensions au Moyen-Orient ont provoqué une hausse exceptionnelle du prix du diesel et ont forcé une réaction plus rapide de l’industrie.
La surcharge de carburant a d’abord augmenté d’environ 4 %, avant d’être réajustée rapidement pour atteindre environ 10 %.
« Je me demandais quand on avait vu une hausse aussi rapide la dernière fois », a confié Éric Gignac. « Peut-être lors de la crise du Golfe, mais ça reste assez rare. »
Selon lui, le prix du diesel aurait augmenté d’environ 41 cents par litre en quelques jours seulement.
Des répercussions allant jusqu’au citoyen ordinaire
Les transporteurs ne peuvent pas absorber les hausses de carburant. Les ajustements de surcharge sont donc transférés aux clients.
«Il n’y a pas d’autre moyen que de refiler la facture pour faire du transport», a déclaré Marc Cadieux, PDG de l’ACQ. «À un moment donné, ce n’est pas aux transporteurs d’absorber le coût des variations des carburants. C’est au client qui expédie la marchandise, qui la refilera ensuite dans le prix de vente. Donc, on ne fait que transférer ce qu’on subit.»
Ce sont ultimement les consommateurs qui subissent les plus grandes conséquences. En effet, comme le coût du transport est déjà intégré dans le prix de vente des produits d’épicerie et d’autres biens de consommation, toute hausse du diesel et des surcharges de carburant finit par se refléter dans les prix.
«En bout de piste, c’est le consommateur qui va écoper de la facture. C’est un effet domino», a ajouté Marc Cadieux.
Une telle hausse représente également un coût considérable pour les flottes de transport, qui auraient autrement dû absorber ces dépenses.
«Ça nous aide beaucoup, parce que sinon il aurait fallu qu’on paye de notre poche pour transporter la marchandise à nos clients. Et ça, je suis tanné de le faire. Malheureusement, nos clients vont être augmentés de façon considérable», a indiqué M. Gignac.
Parallèlement, les équipes de ventes et les directeurs de comptes sont mobilisés pour communiquer rapidement avec les clients et expliquer les ajustements.
«On met beaucoup de pression sur nos représentants pour parler aux clients, surtout dans des situations exceptionnelles comme celle-ci», a ajouté M. Gignac.
Une possibilité qui s’ouvre
Toutefois, la hausse du prix du diesel n’est pas uniquement négative. Elle pourrait aussi inciter les transporteurs à optimiser leurs opérations.
«C’est sûr que les coûts de transport vont augmenter, et ça c’est négatif. Mais d’un autre côté, ça va aussi amener les flottes de transport à essayer de rationaliser les déplacements», a expliqué Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire au Département de sciences de la décision et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.
Les transporteurs pourraient ainsi chercher à améliorer le taux de chargement des camions, réduire les kilomètres parcourus à vide ou encore mieux planifier leurs trajets et leurs expéditions. Certains pourraient également remettre en question le modèle du just-in-time, qui multiplie les déplacements et les livraisons rapides.
Pourquoi les prix montent-ils ?
Le Canada est lui-même un producteur de pétrole et s’approvisionne principalement en Amérique du Nord. Pourtant, les conflits au Moyen-Orient continuent d’avoir une influence sur les prix du carburant au pays.
Cela s’explique par le fait que le pétrole est vendu sur un marché mondial. Les perturbations de production ou les tensions géopolitiques dans une région clé peuvent donc faire augmenter les prix partout dans le monde.
Contrairement à certains pays producteurs qui choisissent de vendre le carburant à prix réduit sur leur marché intérieur, le Canada fonctionne selon les prix du marché international.
«Si la production et les approvisionnements sont perturbés, comme c’est le cas avec les tensions au Moyen-Orient, cela fait augmenter les prix mondiaux. Les consommateurs nord-américains, mais aussi ceux partout sur la planète, en subissent les conséquences», a expliqué M. Pineau.
L’offre et la demande jouent également un rôle important dans l’évolution des prix.
La demande d’essence, utilisée principalement par les automobilistes, varie davantage selon les saisons. Elle est généralement plus élevée durant l’été, période où les déplacements sont plus nombreux.
Le diesel, quant à lui, est utilisé par les véhicules lourds, certaines activités industrielles et encore pour le chauffage dans certains bâtiments. Sa demande est donc plus stable et moins flexible, ce qui peut accentuer les hausses de prix lorsque les marchés sont perturbés.
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