Import-export : naviguer dans l’incertitude devient la nouvelle norme
Que ce soit en raison de la hausse des coûts d’exportation liée aux tarifs douaniers américains ou de l’incertitude engendrée par les perturbations mondiales, le commerce international est entré dans une ère d’instabilité durable, forçant les entreprises à s’adapter. Un constat partagé par des experts invités au Colloque Transport & Mobilité régionale de la Chambre de commerce et d’industrie de Vaudreuil-Soulanges (CCIVS).
Aujourd’hui, le principal défi ne se résume pas à un enjeu précis, mais à une accumulation de facteurs en constante évolution. «Le défi, c’est le changement. Les règles bougent constamment et il faut apprendre à planifier pour l’imprévisible», a déclaré Christian Sivière, président de Solimpex.

Une géopolitique qui redéfinit les règles du jeu
La montée des tensions géopolitiques et les politiques commerciales américaines, qui continuent de bouleverser les chaînes d’approvisionnement mondiales, sont les principaux instigateurs de cette instabilité.
Les décisions liées aux tarifs, les ententes bilatérales et les repositionnements stratégiques des États-Unis créent un environnement difficile à décoder pour les entreprises. «On voit un monde qui se réorganise autour de deux logiques : la règle américaine et celle du reste du monde. Et ce n’est pas toujours cohérent», a expliqué M. Sivière.
Même les accords existants, comme l’ACEUM, n’offrent plus la stabilité d’autrefois, car il est possible que les États-Unis se retirent de l’accord lors d’une future révision, alimentant ainsi le sentiment d’incertitude.
Face à cela, les intervenants ont rappelé sur l’importance de diversifier les marchés d’exportation et de mieux exploiter les accords de libre-échange existants souvent mis de côté, comme celle avec l’Union européenne et les pays du Partenariat transpacifique. Elles offrent des opportunités concrètes, tant pour l’exportation que pour l’importation, notamment en réduisant les tarifs douaniers sur certains intrants.
Mais les défis ne sont pas qu’avec le commerce international, mais aussi avec le commerce interprovincial. Le commerce intérieur contient en effet son lot d’obstacles qui compliquent le commerce entre les provinces, comme les différences réglementaires, des normes distinctes et des exigences d’étiquetage. Des défis qui demandent une meilleure harmonisation pour faciliter les échanges à l’intérieur du pays.
Se préparer plutôt que subir
Dans ce contexte, il est essentiel que les entreprises adoptent une approche beaucoup plus proactive, en assurant une veille réglementaire constante, en approfondissant leur compréhension des règles commerciales et en élaborant des scénarios alternatifs.
«Avant, on pouvait déléguer ces enjeux à un courtier ou à un transitaire. Aujourd’hui, ce n’est plus suffisant. Il faut comprendre ce qui se passe», a souligné M. Sivière.
La complexité ne se limite plus aux douanes. Elle inclut désormais les sanctions internationales, les lois sur le travail forcé et les exigences de conformité élargies Des enquêtes américaines en cours pourraient d’ailleurs servir de levier pour imposer de nouveaux tarifs, illustrant à quel point les règles peuvent évoluer rapidement.
Les entreprises ne doivent également pas sous-estimer la logistique et la conformité documentaire. Plusieurs d’entre elles négligent encore la qualité de leur documentation, la traçabilité de leurs opérations et la gestion des risques à la frontière, ce qui pourrait amener des complications dans le futur.
«Ce n’est pas parce que ça passe que c’est conforme», a averti M. Sivière, rappelant que les audits peuvent survenir plusieurs années après les transactions.
La fin du «tout au plus bas coût»
L’évolution des stratégies d’approvisionnement est également un enjeu important. Longtemps centrées sur la réduction des coûts, les chaînes logistiques doivent aujourd’hui intégrer une nouvelle priorité : la résilience.
«Si ta chaîne d’approvisionnement casse, ça peut coûter des millions en quelques heures pour un manufacturier», a rappelé Armando Padilla, conseiller en développement international chez Commerce International Québec Montérégie-Ouest (CIQMO).
Les entreprises doivent ainsi repenser leurs modèles en privilégiant des fournisseurs fiables, des partenaires situés dans des marchés stables et des sources d’approvisionnement diversifiées, accélérant ainsi le mouvement de relocalisation ou de rapprochement des chaînes vers le Mexique, les États-Unis ou même le Québec.
Concernant le choix de partenaires fiables, les panélistes ont conseillé de privilégier un fournisseur stable plutôt qu’un fournisseur moins cher, mais risqué. Et ce dernier pourrait être plus proche que les entreprises le pensent. «On cherche à l’international, mais il y a parfois des fournisseurs juste à côté de chez nous qu’on ne connaît pas», a affirmé Rock Préfontaine, vice-président de RBI Canada.
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