La logistique, un secteur sous pression entre adaptation, énergie et transformation

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Dans un environnement marqué par l’instabilité économique, la transition énergétique et l’accélération technologique, le secteur de la logistique traverse une période charnière où la réglementation change rapidement et où les entreprises doivent apprendre à s’adapter. C’est ce qui est principalement revenu dans un panel consacré aux défis logistiques actuels lors du Colloque Transport & Mobilité régionale de la Chambre de commerce et d’industrie de Vaudreuil-Soulanges (CCIVS).

De gauche à droite, Frédérick Perrier, directeur général de la CCIVS, Richard Prévost, Michael Vo et Érik Valiquette. (Photo : David Simard-Jean)

Savoir s’adapter à un marché imprévisible

Le principal enjeu qui a été mentionné est l’imprévisibilité. Les chaînes d’approvisionnement, autrefois relativement stables, sont aujourd’hui soumises à des fluctuations constantes. Entre les tensions commerciales, les modifications réglementaires et les hausses tarifaires, dont la majorité viennent du commerce avec les États-Unis, les entreprises peinent à planifier à long terme.

Cette instabilité se traduit concrètement par une hausse des coûts et une remise en question des modèles logistiques traditionnels. Certains transporteurs et distributeurs ont vu leurs coûts d’importation bondir de 15 à 30 % en raison des tarifs douaniers. Pour plusieurs, cela a forcé une réorganisation complète des flux : diversification des sources d’approvisionnement, relocalisation de centres de distribution et mise en place de stratégies de gestion de crise.

Mais au-delà des facteurs externes, les entreprises doivent aussi composer avec leurs propres défis internes. La croissance rapide, bien que souhaitable, impose une adaptation des processus. «Ce qui fonctionnait quand on était plus petits ne fonctionne plus aujourd’hui», a déclaré Michael Vo, directeur des opérations et de la logistique chez Asmodee. L’augmentation des volumes exige des méthodes de travail plus structurées, des directives claires et une meilleure standardisation des opérations, sans quoi la croissance peut rapidement devenir un facteur de désorganisation.

Dans ce contexte, l’adaptabilité devient une compétence essentielle. Les entreprises doivent être en mesure de réagir rapidement aux perturbations, qu’elles soient économiques, technologiques ou réglementaires. Cette capacité à pivoter, tout en maintenant un niveau de performance élevé, est désormais perçue comme un avantage concurrentiel majeur.

Une transition énergétique qui demande à réfléchir

Parmi les transformations en cours, la transition énergétique occupe une place centrale. L’industrie du transport et de la logistique est appelée à réduire son empreinte carbone, d’où l’importance de planifier une transition énergétique. Cependant, cette transition s’accompagne de défis importants, notamment le choix de l’énergie. Car contrairement au diesel, qui a montré son efficacité et bénéficie d’une infrastructure bien établie, les énergies alternatives, qu’il s’agisse de l’électricité, du gaz naturel ou de l’hydrogène, ont leurs propres avantages et limites, et certaines sont encore en processus de développement.

La clé est qu’au lieu de se fier qu’à un seul carburant alternatif, il faut privilégier les solutions multi-énergétiques. «Il n’y aura pas une seule solution», a souligné Richard Prévost, représentant en GNC pour camions lourds chez EBI Énergie. «Il faut adapter l’énergie aux opérations.» Les gestionnaires de flotte devront ainsi choisir entre plusieurs d’options selon le type de transport, les distances à parcourir et les infrastructures disponibles.

L’enjeu est d’autant plus complexe qu’il faut concilier les objectifs environnementaux avec la réalité économique. Une transition mal planifiée peut entraîner des coûts élevés et affecter la rentabilité des entreprises. «On peut vouloir être carboneutre, mais si on n’a pas le bon matériel roulant, on peut aussi faire faillite», a ajouté M. Prévost.

Cette réflexion s’inscrit dans un débat plus large sur la durabilité : est-elle un coût ou un investissement? Pour plusieurs panélistes, cela dépend de l’approche adoptée et de la planification. Car si elle est bien planifiée, la transition énergétique peut générer des gains significatifs pour l’entreprise. Elle peut en effet amener les gestionnaires à optimiser le chargement, ce qui permet de réduire les coûts de transport tout en diminuant les émissions.

Cependant, ils mettent en garde contre les décisions prises uniquement pour des raisons d’image. «On ne devient pas vert du jour au lendemain sans analyse», a affirmé M. Prévost. Une approche progressive, appuyée par des données et des analyses rigoureuses, est essentielle pour assurer le succès de la transition.

L’évolution technologique

Sur le plan technologique, le secteur de la logistique présente un paradoxe. D’un côté, il est en pleine transformation numérique. De l’autre, il reste fortement ancré dans des pratiques traditionnelles, par exemple l’utilisation du papier pour la circulation des documents essentiels. Ces processus, souvent longs et inefficaces, peuvent entraîner des retards et des coûts supplémentaires.

Même lorsque des solutions numériques sont adoptées, elles ne sont pas toujours interconnectées. Les différents systèmes utilisés par les acteurs de la chaîne logistique communiquent difficilement entre eux, ce qui limite les gains d’efficacité. «On est encore pris dans des façons de faire d’il y a 50 ans», a indiqué Érik Valiquette, président de Réseau ODD.

Malgré ces défis, la technologie demeure un levier incontournable. Elle permet notamment d’améliorer la traçabilité des marchandises. Toutefois, l’intégration technologique doit être réfléchie. Accumuler des données ne suffit pas, il faut être en mesure de les analyser et de les transformer en décisions opérationnelles pertinentes. «Il faut faire la différence entre les données et l’information», a insisté M. Vo.

L’intelligence artificielle suscite également un intérêt croissant. Elle pourrait permettre d’optimiser les opérations, d’améliorer la planification et de faciliter la prise de décision. Les systèmes connectés et la robotisation devraient également contribuer à accroître la productivité, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.


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