De nombreux fabricants canadiens envisagent de déménager aux États-Unis alors que les tensions commerciales font sentir leurs effets, selon KPMG
Un nouveau sondage révèle que les tensions commerciales poussent certains fabricants canadiens à envisager de déplacer leur production au sud de la frontière ou à reporter leurs investissements en immobilisations.
KPMG Canada a indiqué mardi que 42% des entreprises manufacturières canadiennes ont déjà déplacé leur production aux États-Unis ou envisagent de le faire. Parmi celles qui songent à une relocalisation, 77% prévoient effectuer cette transition au cours des deux prochaines années.

Anamika Gadia, associée et leader nationale des marchés industriels chez KPMG Canada, a déclaré que les fabricants canadiens ont fait preuve de résilience au cours de la dernière année, «mais cette résilience a certainement ses limites».
«Notre sondage montre clairement que, même si les entreprises ont pris des décisions à court terme pour s’adapter aux tarifs douaniers et à l’incertitude commerciale, elles s’orientent maintenant vers des décisions d’investissement à plus long terme», a-t-elle déclaré en entrevue.
«Autrement dit, elles n’attendent pas de voir comment la situation commerciale pourrait évoluer, y compris les discussions entourant l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), et elles passent à l’action en prenant des décisions d’investissement à plus long terme, notamment des décisions qui les amènent à transférer leur production aux États-Unis.»
Les résultats du sondage proviennent de réponses recueillies auprès de propriétaires d’entreprises, de dirigeants et de décideurs de 275 entreprises manufacturières canadiennes entre le 11 et le 29 mai, à partir du panel de recherche commerciale d’Angus Reid.
La semaine dernière, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré que les États-Unis ne renouvelleraient pas l’ACEUM «dans sa forme actuelle», mais que l’accord commercial demeurera en vigueur pendant la poursuite des négociations.
Cette décision déclenche un processus d’examen annuel continu pouvant durer jusqu’à dix ans, au terme duquel l’accord expirera si aucune prolongation n’est convenue. L’ACEUM demeure toutefois en vigueur, à moins que l’un des pays partenaires ne donne un préavis de six mois annonçant son retrait.
L’accord commercial a protégé le Canada de plusieurs des tarifs douaniers imposés par le président américain Donald Trump, mais le pays est tout de même touché par des tarifs sectoriels distincts visant des industries comme l’acier, l’aluminium, l’automobile et les armoires de cuisine.
Anamika Gadia a toutefois indiqué que les enjeux dépassent la seule question commerciale, soulignant que le Canada doit créer un environnement concurrentiel permettant aux fabricants de croître.
«Ce sondage montre clairement que les fabricants doivent se sentir davantage en confiance et voir des actions concrètes de la part du gouvernement afin de continuer à produire, à investir et à croître au Canada», a-t-elle affirmé.
«Parmi les principaux facteurs évoqués par les entreprises figurent une plus grande certitude concernant les barrières commerciales interprovinciales, une meilleure prévisibilité en matière de tarifs douaniers, une réduction des impôts des sociétés, un meilleur accès aux capitaux ainsi qu’une énergie moins coûteuse.»
Le sondage révèle également que 57% des entreprises manufacturières ont suspendu, réduit ou annulé des projets d’investissement en immobilisations. Parmi elles, 36% ont indiqué avoir réduit leurs investissements, 12% avoir mis leurs projets en pause et 9% avoir annulé des dépenses prévues.
Mme Gadia a indiqué que les reports d’investissements en immobilisations pourraient être le signe que ces sommes seront plutôt réaffectées vers les États-Unis.
Le sondage révèle que 80% des fabricants prévoient maintenir leur siège social au Canada, tandis que 11% envisagent de transférer leur siège social aux États-Unis au cours des cinq prochaines années.
Une perte d’une telle ampleur pourrait avoir une incidence importante sur le produit intérieur brut du Canada, a indiqué KPMG Canada.
Selon les données du gouvernement fédéral, le secteur manufacturier représente environ 10% du produit intérieur brut (PIB) total du Canada.
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