PTET : les exigences salariales et la formation compliquent la tâche des transporteurs québécois

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Entre les délais administratifs, les exigences salariales et les nouvelles obligations de formation, le recrutement de travailleurs étrangers temporaires représente un défi de taille pour les entreprises de camionnage québécoises.

Lors d’un déjeuner organisé par l’Association du camionnage du Québec (ACQ), le 9 octobre, Marie Gareau et Manon Roy, agentes principales de développement au sein de l’équipe du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) de Service Canada, ont détaillé les règles du programme, tout en reconnaissant certaines difficultés propres à l’industrie. Les échanges avec les transporteurs ont notamment mis en lumière les tensions entourant la rémunération au kilomètre et la formation obligatoire des chauffeurs.

Marie Gareau et Manon Roy (Photo : David Simard-Jean)

Elles ont rappelé que le PTET demeure une solution de dernier recours. Les employeurs doivent d’abord démontrer qu’ils ont effectué des démarches pour recruter des citoyens canadiens ou des résidents permanents avant de se tourner vers l’international.

Or, les changements réglementaires des derniers mois ont complexifié les démarches des transporteurs, qui doivent composer avec des exigences administratives parfois difficiles à concilier avec leurs activités.

Un seuil salarial de 36 $ l’heure

Depuis le 17 juillet 2026, le seuil permettant de distinguer les volets à haut et à bas salaire du PTET est fixé à 36 $ l’heure au Québec.

Les employeurs doivent toutefois éviter d’ajuster artificiellement les salaires proposés dans le seul but d’accéder au volet à haut salaire ou de contourner certaines restrictions applicables aux postes à bas salaire.

Service Canada examine notamment la cohérence entre le salaire offert, les rémunérations déjà versées dans l’entreprise et les conditions du marché du travail.

«Le salaire proposé ne peut pas simplement être établi en fonction des seuils des volets à haut et à bas salaire. Il doit correspondre à ce qui se fait dans votre entreprise et sur le marché du travail», a expliqué Mme Roy.

Les demandes à bas salaire demeurent également soumises à certaines restrictions, notamment dans les régions métropolitaines où le taux de chômage atteint 6 % ou plus. À Montréal et à Laval, le moratoire québécois continue de s’appliquer à certains postes, indépendamment de ce seuil.

Le salaire au kilomètre au cœur des préoccupations

La rémunération des camionneurs constitue l’un des principaux points de friction entre les transporteurs et Service Canada.

Alors que de nombreuses entreprises rémunèrent leurs chauffeurs au kilomètre parcouru, les demandes d’étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) doivent indiquer un taux horaire.

Les transporteurs doivent donc expliquer comment ils ont établi ce taux, notamment en fournissant des calculs fondés sur la rémunération de leurs employés actuels. Les primes et autres éléments de rémunération non garantis ne peuvent pas être inclus dans le salaire horaire garanti.

Mais la difficulté ne se limite pas à la présentation de la demande. Une fois l’EIMT approuvée, l’employeur doit respecter le taux horaire indiqué pendant toute la durée de l’emploi.

«Dès que vous obtenez une EIMT positive, vous devez respecter tous les engagements qui y sont prévus, y compris le salaire horaire», a insisté Mme Roy.

Cette exigence a suscité des réactions chez les transporteurs, particulièrement ceux dont les chauffeurs sont syndiqués. Une participante a expliqué qu’il était difficile, voire impossible, de rémunérer les travailleurs étrangers à l’heure alors que les conventions collectives prévoient une rémunération au kilomètre pour les autres employés.

Les représentantes ont reconnu cette problématique et se sont engagées à la transmettre aux responsables des politiques.

«C’est définitivement un enjeu que nous allons soulever au groupe de travail», a assuré Mme Gareau.

Des délais administratifs importants

Les délais de traitement ajoutent une pression supplémentaire aux entreprises.

Selon les données présentées, le traitement d’une EIMT nécessite actuellement en moyenne 82 jours ouvrables pour les postes à bas salaire et 90 jours ouvrables pour ceux à haut salaire.

Les représentantes ont recommandé aux employeurs de planifier leurs démarches suffisamment tôt, particulièrement lorsqu’un travailleur étranger approche de l’expiration de son permis de travail.

Elles ont également insisté sur l’importance de déposer simultanément les demandes auprès de Service Canada et du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), afin d’éviter des retards supplémentaires.

Les employeurs doivent par ailleurs maintenir leurs efforts de recrutement pendant toute l’analyse de leur demande, même lorsqu’ils ont déjà identifié un candidat étranger. Les exigences d’affichage comprennent notamment une période minimale de huit semaines consécutives pour les postes à bas salaire.

La formation obligatoire de classe 1 ajoute une difficulté

L’entrée en vigueur de la formation obligatoire pour l’obtention du permis de classe 1 au Québec, en décembre 2025, constitue un autre obstacle pour les entreprises qui recrutent à l’international.

Un transporteur a notamment soulevé les difficultés associées aux délais de formation, aux examens et à l’obtention des permis nécessaires pour permettre aux nouveaux arrivants de prendre le volant.

Les représentantes de Service Canada ont reconnu que les délais étaient particulièrement importants dans certaines régions, notamment à Montréal et en Montérégie.

«Je n’ai malheureusement pas de solution miracle à vous proposer à court terme», a reconnu Mme Roy.

La question salariale complique également cette période de transition. Un travailleur étranger qui arrive au Québec sans pouvoir immédiatement conduire un véhicule lourd doit néanmoins être rémunéré au taux horaire prévu dans son EIMT, y compris pendant sa formation.

Les tâches qui lui sont confiées doivent également demeurer compatibles avec la profession pour laquelle il a été recruté.

Une demande visant à accorder la priorité aux travailleurs étrangers temporaires dans certaines démarches auprès de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a également été évoquée au cours des échanges.

Une meilleure compréhension du camionnage réclamée

Plusieurs interventions ont mis en évidence le sentiment des transporteurs de devoir constamment expliquer leur réalité aux agents gouvernementaux.

Les entreprises doivent notamment préciser les différences entre le transport local et longue distance, les qualifications nécessaires pour conduire certains équipements, les déplacements transfrontaliers et les contraintes particulières liées aux assurances.

Mme Roy a reconnu que les agents ne pouvaient pas connaître toutes les particularités de chaque industrie et a invité les employeurs à documenter davantage leurs demandes.

«Je ne suis pas ici pour vous dire que c’est facile. Je vous demande plutôt de m’aider à vous aider», a-t-elle lancé.

L’ACQ a rappelé qu’elle participe à un groupe de travail mensuel avec Emploi et Développement social Canada et les associations canadiennes du camionnage afin de mieux faire connaître les particularités du secteur et de faire remonter les préoccupations des transporteurs.


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