Immigration : le passage à la résidence permanente demeure un défi pour les camionneurs étrangers

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Alors que les transporteurs québécois misent sur le recrutement international pour répondre à leurs besoins de main-d’œuvre, la rétention des travailleurs étrangers temporaires représente un défi tout aussi important. Entre les exigences linguistiques, les critères de sélection et les priorités gouvernementales, l’accès à la résidence permanente demeure complexe.

Simon Pierre Nyamsi, conseiller en recrutement éthique au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), a fait le point sur ces enjeux lors d’une présentation tenue le 9 octobre, dans le cadre d’un déjeuner de l’Association du camionnage du Québec (ACQ) consacré au recrutement international.

Pour les entreprises de camionnage qui recrutent à l’étranger, embaucher un travailleur ne représente souvent que la première étape d’un processus qui peut s’étendre sur plusieurs années. Encore faut-il pouvoir le conserver à long terme, notamment en lui permettant d’accéder à la résidence permanente.

C’est dans cette perspective que M. Nyamsi a présenté les principales voies d’immigration offertes aux travailleurs étrangers temporaires, en insistant particulièrement sur le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) et le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

«Lorsqu’on recrute des travailleurs étrangers temporaires, on souhaite généralement les garder à long terme», a-t-il expliqué.

Simon Pierre Nyamsi (Photo : David Simard-Jean)

Deux catégories importantes pour le camionnage

Le PSTQ comprend quatre volets, dont deux concernent particulièrement l’industrie du transport routier.

Le premier, consacré à la haute qualification et aux compétences spécialisées, englobe notamment les mécaniciens et réparateurs de véhicules automobiles, de camions et d’autobus.

Pour être admissibles à ce volet, les candidats doivent notamment posséder au moins une année d’expérience professionnelle et démontrer une connaissance du français de niveau 7 à l’oral et de niveau 5 à l’écrit, selon l’échelle québécoise.

Le deuxième volet, destiné aux compétences intermédiaires et manuelles, concerne notamment les conducteurs de camions. Contrairement au premier volet, il n’impose pas d’exigence linguistique à l’écrit, mais prévoit une connaissance du français à l’oral.

Dans les deux cas, l’expérience professionnelle doit répondre à des critères précis, notamment en ce qui concerne la profession principale du candidat et la période durant laquelle cette expérience a été acquise.

M. Nyamsi a insisté sur l’importance de bien identifier cette profession principale, puisqu’elle détermine le volet dans lequel le candidat sera évalué.

Une personne ayant travaillé pendant plusieurs années dans un autre domaine avant de devenir camionneur ne pourra pas nécessairement faire reconnaître l’ensemble de son parcours pour satisfaire aux exigences du programme.

«Les deux éléments essentiels du PSTQ sont la profession principale et la connaissance du français», a-t-il déclaré.

Seulement cinq camionneurs invités en août

Les chiffres présentés par le MIFI illustrent également les différences entre les professions du secteur.

Selon les données citées pendant la présentation, 49 mécaniciens de camions ont reçu une invitation dans le cadre du PSTQ en juillet 2026, puis 50 autres en août. Du côté des conducteurs de camions, seulement cinq invitations ont été délivrées en août.

M. Nyamsi a toutefois appelé à la prudence dans l’interprétation de ces résultats. Un nombre limité d’invitations ne signifie pas nécessairement qu’une profession est écartée des priorités gouvernementales. Il pourrait également refléter le nombre de candidats répondant aux critères d’un exercice de sélection donné.

Ces données soulèvent néanmoins des questions pour les transporteurs qui souhaitent retenir leurs chauffeurs étrangers, particulièrement lorsque ceux-ci disposent déjà d’une expérience professionnelle au Québec.

Le pointage n’est pas le facteur déterminant

L’un des principaux messages de la présentation concernait le fonctionnement des invitations dans le PSTQ. Contrairement à une perception répandue, les candidats possédant les meilleurs pointages ne sont pas automatiquement ceux qui reçoivent une invitation.

Le MIFI procède d’abord à plusieurs étapes de sélection fondées sur les priorités gouvernementales, les professions recherchées, l’expérience professionnelle, les compétences linguistiques et d’autres caractéristiques des candidats.

Ce n’est qu’après ces étapes que le pointage intervient pour classer les personnes correspondant aux critères retenus.

«Le pointage n’est pas l’élément central. Il arrive à la fin du processus», a souligné M. Nyamsi.

Cette approche explique pourquoi deux candidats exerçant la même profession et possédant un pointage identique peuvent obtenir des résultats différents lors d’exercices d’invitation.

M. Nyamsi a également rappelé que les priorités gouvernementales peuvent évoluer, ce qui ajoute une dimension d’incertitude pour les travailleurs et leurs employeurs.

Une bonification envisagée pour les régions

La localisation des entreprises peut aussi influencer les chances de sélection. Dans le système de classement présenté, une offre d’emploi validée peut rapporter 30 points lorsqu’elle provient de la région métropolitaine de Montréal, contre un maximum de 50 points à l’extérieur de cette région.

Le MIFI réfléchit toutefois à la possibilité d’accentuer cet avantage afin de favoriser davantage l’immigration dans les régions.

«Ne devrait-on pas privilégier davantage les personnes qui se trouvent à l’extérieur de la région métropolitaine en augmentant cette pondération? La réflexion est lancée», a indiqué M. Nyamsi.

Une telle modification pourrait présenter un intérêt pour les entreprises de camionnage établies à l’extérieur de Montréal, qui cherchent à stabiliser leurs effectifs. Aucune décision officielle ni aucun échéancier n’ont cependant été annoncés pendant la présentation.

Des démarches temporaires à bien préparer

Avant même d’envisager la résidence permanente, les employeurs doivent composer avec les exigences du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).

M. Nyamsi a rappelé que l’étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) fait l’objet d’un examen conjoint entre Québec et Ottawa. Les deux gouvernements doivent rendre une décision favorable pour que le processus puisse progresser. Le MIFI examine notamment la correspondance entre les tâches proposées au travailleur et les activités réelles de l’entreprise.

Une fois les autorisations obtenues, les démarches se poursuivent auprès des autorités fédérales pour la délivrance du permis de travail.

M. Nyamsi a particulièrement insisté sur la préparation des travailleurs avant leur arrivée au Canada. Certains auraient été renvoyés dans leur pays d’origine après s’être présentés à la frontière sans les documents nécessaires pour obtenir leur permis de travail.

Il recommande donc aux employeurs de s’assurer que les personnes recrutées disposent notamment de leur lettre d’approbation et des documents pertinents liés à leur autorisation de travailler.

Le français et le PEQ au cœur de la rétention

La connaissance du français demeure un élément incontournable des démarches d’immigration permanente.

M. Nyamsi a également évoqué les nouvelles obligations de francisation applicables aux entreprises et les exigences linguistiques concernant certains travailleurs étrangers temporaires, notamment un niveau 4 à l’oral, assorti de mesures transitoires.

Enfin, il a abordé le PEQ, présenté comme une autre voie possible vers la résidence permanente pour certaines personnes répondant à des conditions particulières.

Il a notamment expliqué la distinction entre la recevabilité d’une demande et son acceptation : satisfaire aux critères permettant l’ouverture d’un dossier ne garantit pas une décision favorable.

Pour les transporteurs, la rétention des travailleurs étrangers ne peut donc pas être envisagée uniquement au moment du renouvellement d’un permis. Elle nécessite une planification dès le recrutement, en tenant compte de l’expérience professionnelle, des exigences linguistiques et des possibilités réelles d’accès à la résidence permanente.


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