L’abolition du PEQ met les transporteurs en difficulté
Le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean-François Roberge, a mis fin au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et l’a remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Une décision qui a été très mal accueillie dans plusieurs secteurs de l’économie québécoise, notamment dans l’industrie du camionnage.
Alors que le PEQ permettait aux étudiants étrangers et aux travailleurs temporaires ayant complété un parcours précis d’accéder plus facilement à la résidence permanente — offrant ainsi une certaine prévisibilité — le PSTQ repose désormais sur une sélection par le portail Arrima et cible uniquement des secteurs jugés prioritaires par le gouvernement. Le nouveau programme se veut plus flexible et stratégique, mais il est aussi beaucoup moins prévisible, rendant les démarches d’immigration plus incertaines.
Ce que déplorent particulièrement les entreprises de camionnage, c’est que non seulement leurs travailleurs étrangers, qui comptaient sur le PEQ, doivent maintenant repartir à zéro, mais aussi que l’industrie du camionnage ne figure pas parmi les secteurs prioritaires du PSTQ. L’Association du camionnage du Québec (ACQ) avait d’ailleurs déjà exprimé son mécontentement, demandant au ministre Roberge de reconnaître le camionnage comme un secteur prioritaire.

«Ça fait longtemps que les besoins et les compétences des camionneurs sont sous-estimés et négligés. C’est un métier difficile, moyennement rémunéré et très peu valorisé», a affirmé Charles Dutil, président et chef de la direction de Manac.
Des enjeux concrets chez Transport Matte
La fin du PEQ et l’arrivée du PSTQ entraînent des complications bien réelles pour plusieurs transporteurs. C’est notamment le cas de Transport Matte, à Donnacona, où plusieurs chauffeurs et mécaniciens étrangers comptaient sur le PEQ pour obtenir leur résidence permanente.
L’entreprise fait maintenant face à des situations où certains employés envisagent de déménager dans d’autres provinces afin de profiter de programmes d’immigration plus accessibles. «On a investi pour les accueillir ici, ils sont formés, ils parlent français dans notre cas, ce sont des travailleurs qualifiés bien intégrés», a déclaré Mélany Matte, vice-présidente de Transport Matte. «Et maintenant, ils doivent quitter le Québec pour obtenir leur résidence permanente. C’est un peu aberrant.»
Mme Matte explique que le PSTQ fonctionne selon un système de points et que les camionneurs et mécaniciens, n’étant pas considérés comme des professions prioritaires, n’accumulent pas suffisamment de points pour être sélectionnés.
«Si le gouvernement n’abaisse pas le seuil de points, plusieurs de nos employés vont partir. Nous voulons les garder, ils ont fait leurs preuves, mais ils commencent à regarder ailleurs et nous ne sommes pas capables de les retenir», a ajouté Jessica Jorite, conseillère en ressources humaines chez Transport Matte.
À cela s’ajoute la réduction de la durée des permis de travail, passée de 36 à 12 mois, obligeant les travailleurs à renouveler fréquemment leur statut. Une situation qui génère de l’anxiété chez les employés et des coûts supplémentaires pour l’entreprise, évalués à environ 1000 $ par renouvellement. «Ils sont condamnés à passer de renouvellement en renouvellement. On peut les garder ici légalement, mais ça ne leur offre aucune sécurité à long terme», a souligné Mme Matte.
Les deux gestionnaires dénoncent également le manque de préavis de la part du gouvernement. «Un de nos employés était sur le point de déposer son dossier de résidence permanente et tout s’est arrêté du jour au lendemain. Il y a un réel manque de prévisibilité», a-t-elle ajouté.
Mis à part l’accompagnement juridique des employés, le recrutement interne et l’espoir d’un changement politique, peu de solutions concrètes s’offrent actuellement à l’entreprise.
Un certain espoir subsiste toutefois : la candidate à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, a promis de réactiver le PEQ pour une période de deux ans si elle est élue, malgré le fait qu’elle ait longtemps appuyé son abolition.
Les défis persistants des travailleurs étrangers temporaires
De leur côté, plusieurs transporteurs qui ne comptent ni sur le PEQ ni sur le PSTQ se tournent vers le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) pour combler leurs besoins en main-d’œuvre. Or, ce programme est lui aussi de plus en plus contraignant, tant au fédéral qu’au provincial.
«C’est un dernier recours qui demeure nécessaire, mais qui devient de plus en plus difficile à utiliser», a confirmé Charles Dutil.
Transport Bourassa, de Saint-Jean-sur-Richelieu, illustre bien ces enjeux. Bien que l’entreprise soit établie en Montérégie, elle est considérée comme faisant partie de la région métropolitaine de Montréal aux fins du programme. Or, l’un des critères du PTET est le taux de chômage régional, qui ne doit pas dépasser 6%. Si celui de la Montérégie est de 3,8 %, celui de la région métropolitaine de Montréal est plus élevé, ce qui limite l’accès au recrutement international.
«Ça fait un an et demi qu’on se bat pour faire reconnaître notre situation réelle. Nos compétiteurs plus près de Montréal ont accès au transport en commun et à un bassin de travailleurs plus large. Nous, à Saint-Jean-sur-Richelieu, on n’a pas ces avantages», a expliqué Julie Brault, vice-présidente de l’entreposage chez Transport Bourassa.
La langue constitue aussi un obstacle important, notamment pour les mécaniciens étrangers. «Le gros défi de nos travailleurs mexicains, c’est le français. Ce n’est pas une langue facile à apprendre», a indiqué Richard Laberge, président de Transport Laberge.
Comme plusieurs autres transporteurs, M. Laberge dépend fortement des travailleurs étrangers pour combler des postes moins attrayants, notamment en mécanique et sur les quarts de soir et de fin de semaine. «Nos plans A, B, C, D, E et F reposaient tous sur les travailleurs étrangers», a-t-il conclu.
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