Préparer le terrain

Steve Bouchard

Les spéculations ont commencé lorsque Sylvie Vachon, P.D.G. de l’Administration portuaire de Montréal, a fait cette affirmation durant son allocution aux membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CMM) en février dernier : «Les investissements actuels consentis sur le territoire du port à Montréal permettront de porter la capacité maximum annuelle de manutention de conteneurs de 1,6 million à 2 millions de conteneurs en 2016. Parallèlement, l’Administration a complété en 2010 des études techniques sur son site de Contrecoeur vers lequel le port pourrait prendre de l’expansion le moment venu. Ce projet pourrait porter à 3 millions de conteneurs la capacité maximale du port de Montréal, soit près du double de la capacité actuelle.»

Le port de Montréal dispose en effet à Contrecoeur, sur la Rive-Sud de Montréal, d’une réserve foncière d’une superficie de 467 hectares lui permettant présentement d’exploiter des installations de vrac solide, notamment pour la réception d’engrais chimiques agricoles et industriels ainsi que du minerai de fer destiné à l’aciérie Arcelor Mittal. Et contrairement à Montréal, Contrecoeur ne manque pas d’espace pour le développement industriel : «Nous pourrions ajouter 500 autres hectares», confirme Yves Beaulieu, directeur général à la Ville de Contrecoeur. «Montréal cherche des endroits pour construire des condos de luxe mais, ici, nous avons de la place pour le développement portuaire.»
Grappe, pôle et plateformes
Dans son discours, Sylvie Vachon annonçait aussi la création d’un «comité provisoire afin d’analyser les possibilités de constituer une grappe industrielle sur la logistique et le transport dans la région de Montréal. Mme Vachon préside d’ailleurs ce comité mis en place à l’initiative de la CMM.
Une grappe, demandez-vous? Oui, une grappe industrielle, ou comme le définit le Cahier des charges pour la mise sur pied de secrétariats de grappes industrielles : « des concentrations géographiques d’entreprises et d’institutions interreliées dans un domaine particulier.»
La création du comité provisoire pour une potentielle grappe industrielle sur la logistique et le transport dans la région de Montréal, avec la présence d’un terminal et de beaucoup de terrain disponible, ne sont pas les premiers et les seuls facteurs qui aient attiré les regards vers Contrecoeur.
De nouvelles possibilités
Jacques Dulude, d’AGD Verchères Express, entreprise de transport par camions de la municipalité voisine de Contrecoeur, se rappelle avoir eu, avec d’autres gens d’affaires locaux, la visite du prédécesseur de Mme Vachon, Patrice Pelletier. «Il avait annoncé des études en 2011 et des travaux auraient commencé en 2010 afin d’attirer davantage de trafic de conteneurs à Contrecoeur à compter de 2015.»
L’échéance est apparu intéressante pour M. Dulude, et le choix de Contrecoeur aussi en raison du développement qu’il est possible d’y faire, mais il soulève d’emblée l’importance de tenir compte des terrains situés en bordure de l’autoroute 30, entre Contrecoeur et Boucherville. De gros détaillants pourraient être intéressés à établir un centre de distribution, comme Costco l’a fait à côté des Promenades Saint-Bruno, et le meilleur endroit, selon Jacques Dulude, c’est le long de la 30. «Certains n’ont pas apprécié mon idée, parce qu’on y retrouve des terrains agricoles, et d’autres l’ont aimé en raison de l’augmentation de l’évaluation municipale qu’entraînerait un développement industriel.»
M. Dulude envisage la situation avec les yeux d’un transporteur par camions : «Les camions veulent emprunter les voies rapides, et s’il se développait un pôle logistique à Contrecoeur, des entrepôts et des transitaires voudraient sûrement construire leurs installations le long de l’autoroute 30».
Parce que d’une grappe industrielle à un pôle logistique important, il y a un pas que l’imagination – et même la logique d’affaires – ne peut s’empêcher de franchir. Si, en effet, le port de Montréal décide que sa croissance passe par son terminal de Contrecoeur, l’endroit serait stratégiquement intéressant au point de vue de la logistique. Une croissance qui risque de se concrétiser non seulement par l’émergence des pays asiatiques, mais aussi par l’élargissement du canal de Panama qui va changer la donne logistique en Amérique: d’ici 2014, 5,2 milliards de dollars auront été investis dans ce gigantesque ouvrage, ce qui permettra d’accueillir des grands navires en provenance d’Asie.
Yves Beaulieu précise que la grappe industrielle n’est pas reliée à la Ville de Contrecoeur – «c’est une industrie elle-même qui se réunit autour d’une table» – mais, en lien avec les intentions de développement du port de Montréal à Contrecoeur, elle pourrait peut-être servir de levier ou de catalyseur. «Il ne faut pas mélanger les choses», précise M. Beaulieu. «La grappe, c’est un dossier métropolitain. L’expansion du port, c’est à Contrecoeur. Le pôle logistique, c’est un dossier du gouvernement du Québec qui a dit vouloir que ce pôle soit créé en Montérégie. Évidemment, on aimerait que le gouvernement s’en vienne chez nous.»
«L’Administration portuaire de Montréal hésitait entre Montréal-Est et Contrecoeur pour son expansion; elle a choisi Contrecoeur. À partir de là, nous aimerions maximiser les retombées et nous espérons que le gouvernement du Québec, qui réfléchit à l’idée d’implanter des plateformes intermodales un peu partout, choisisse de commencer à côté des terrains du port», renchérit François Handfield, directeur général-adjoint à la Ville de Contrecoeur.
MM. Handfield et Beaulieu rappellent en outre que le gouvernement fédéral annoncé, il y a quelques années, la mobilisation d’un fonds de 2,1 milliards de dollars pour la Porte continentale Ontario-Québec. «On se dit qu’il faudrait bien qu’un peu de cet argent aille au port de Montréal, car il aura besoin de fonds pour réaliser son expansion», suggère François Handfield.
Jacques Dulude verrait un tel développement d’un très bon œil. «Beaucoup d’entreprises cherchent à diminuer leurs coûts de transport, et je ne crois pas que c’est en transportant des conteneurs entre Montréal et l’Ouest de l’Île de Montréal que ces coûts vont diminuer. Il est peut-être préférable de faire le travail sur la Rive-Sud et de distribuer ensuite en charges partielles. Le dédouanement pourrait être fait ici. Beaucoup de possibilités s’ouvriraient», prévoit M. Dulude, qui souligne aussi le caractère «environnemental» de l’industrie qui se créerait. «Ce serait un développement propre, avec des entrepôts, des cours de triage, pas une manufacture qui rejette des matières radioactives», illustre-t-il.
Peu importe l’endroit en Montérégie où on décidera d’implanter un pôle logistique, il faudra se pencher sur la question du dézonage. La Ville de Contrecoeur est prête à faire preuve de souplesse en ce sens, non seulement parce qu’elle peut géographiquement se le permettre et qu’un pôle logistique pourrait constituer un puissant catalyseur économique pour la ville, mais aussi, justement, en raison du caractère environnemental d’un tel développement. Yves Beaulieu insiste par ailleurs sur la portée régionale d’un tel projet : «Les retombées du pôle logistique bénéficieraient à toute la région, pas seulement Contrecoeur».
Sylvie Vachon prononcera une autre allocution au Centre Canadien le 2 mai prochain. Des intervenants de la région de Contrecoeur ont réservé deux tables.
Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

Donnez votre avis

Vos données ne seront ni publiées, ni partagées.

*