Le Grand Montréal se dote d’une grappe de logistique et de transport des marchandises

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Plaque-tournante du transport des marchandises en Amérique du Nord, Montréal a dorénavant sa grappe de logistique et de transport, baptisée CargoM. Sa mission : rassembler tous les acteurs métropolitains de la logistique et du transport de marchandises autour d’objectifs communs et d’actions concertées en vue d’accroître la cohésion, la compétitivité, la croissance et le rayonnement de l’ensemble du secteur.

On doit à Michael Porter, professeur de stratégie d’entreprise de l’Université Harvard, le concept de grappe, aussi appelé pôle de développement, pôle de compétitivité ou pôle d’excellence. «La grappe métropolitaine de logistique et de transport de Montréal, découle du forum de la logistique et du transport de marchandises qui a eu lieu à Montréal en 2012. C’est ce qui a permis de mettre en place le plan d’action de la grappe», de préciser Mathieu Charbonneau, directeur général de CargoM, en entrevue avec Transport Routier.

On trouve des grappes dans à peu près tous les secteurs industriels. Elles sont courantes en Europe, on en trouve quelques-unes aux États-Unis et elles commencent à faire leur apparition au Canada. «Souvent, lorsqu’une région ou une ville se dote d’un plan économique, elle va évaluer ce qui est dominant dans son secteur; la grappe a comme mission d’aider ce secteur», d’expliquer M. Charbonneau.

Montréal bénéficie d’une concentration d’entreprises dans les quatre modes de transport. On y trouve des sièges sociaux de grandes entreprises de transport de marchandises ainsi que de l’expertise, de la main-d’œuvre et des centres universitaires en logistique, comme le Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport (CIRELLT) et le Carrefour Logistique des HEC. «La grappe en transport de marchandises existait déjà en elle-même», constate Mathieu Charbonneau. «CargoM vient l’officialiser et amener une neutralité à tout cela; nous sommes présents pour l’industrie au complet, pour toute la chaîne logistique de Montréal.»

La grappe comprend différents groupes et entreprises reliés au secteur. CargoM est notamment composée de l’administration portuaire de Montréal, d’Aéroports de Montréal, de l’Association des chemins de fer, de l’Association du camionnage du Québec et de centres de recherche universitaires. Mais, au cœur de la grappe, on trouve les entreprises privées. «On ne peut pas créer une grappe en transport à Montréal sans un noyau fort d’entreprises privées. Le financement gouvernemental sera disponible uniquement si les entreprises privées se rassemblent», précise le directeur général de CargoM.

Le financement vient des trois paliers gouvernementaux : de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) au municipal, du ministère des Finances et de l’économie et du ministère du Conseil exécutif au provincial (ces trois organismes étant les  bailleurs de fonds pour le roulement de la grappe), ainsi que de Transports Canada et de Développement économique Canada, au fédéral, qui financent pour leur part des projets.

Le plus gros projet présentement en cours est une étude portant sur le secteur de la logistique et du transport de marchandises à Montréal. «Souvent les statistique dont on dispose sur le transport des marchandises à Montréal sont individuelles, segmentées entre le transport routier, le transport maritime et le transport ferroviaire. Nous voulons regrouper toute cette information. La première partie de l’étude déterminera qui, exactement, travaille dans le transport de marchandises et permettra de créer un bon répertoire», indique M. Charbonneau.

La structure budgétaire des grappes est toujours similaire. À CargoM,  le privé doit fournir 200 000$ par année; la CMM contribue à la même hauteur, de même que les organismes provinciaux et fédéraux qui donnent ensemble 200 000$. 

CargoM compte présentement 32 membres, mais la grappe est en processus de démarchage pour en faire accroître le nombre. Actuellement, les membres transporteurs routiers sont Groupe Robert, Groupe Lafrance Transport et Simard Transport. Claude Robert, président du Groupe Robert, fait partie du comité exécutif et du conseil d’administration.

«Le gros avantage de devenir membre, c’est qu’avec une petite cotisation annuelle, une entreprise a accès aux études que nous élaborons. Elle participe aussi aux travaux et peut donc avoir une influence directe sur les dossiers», souligne Mathieu Charbonneau.

CargoM compte s’attaquer à trois «chantiers» l’année prochaine. Chantiers qui sont en lien direct avec les enjeux identifiés et les priorités d’intervention de la grappe.

Le premier chantier vise à identifier les grands projets dans la grande région de Montréal. «Nous voulons voir ce qui peut être fait pour développer cette plaque-tournante qu’est Montréal et amener plus de marchandises», souligne M. Charbonneau. Cela comprend entre autres le développement d’un pôle logistique à valeur ajoutée, un point vers lequel tous les modes de transport pourraient converger. Certains endroits ont été avancés pour le développement d’un tel pôle, notamment Contrecoeur, sur la Rive-Sud de Montréal, où le Port de Montréal est déjà propriétaire de terrains, et Vaudreuil-Dorion à l’ouest de Montréal, mais rien n’est décidé en ce sens pour le moment. «Nous voulons approfondir l’idée, mais nous ne pouvons pas encore nous prononcer sur un endroit», a précisé M. Charbonneau. «Nous allons étudier les occasions qui se présentent et déterminer ce qui semble être la meilleure option. Nous voulons aussi aller voir ce qui se fait comme meilleures pratiques ailleurs pour les amener ici et les mettre de l’avant.»

Le chantier numéro deux vise à  faire connaître le rôle, le positionnement et la contribution du transport de marchandises dans l’économie métropolitaine. «Encore de nos jours, le transport de marchandises a une connotation négative et rime avec pollution et bruit. Souvent, on oublie que tout ce que l’on a dans nos vies vient du transport de marchandises, qu’il crée énormément d’emplois, qu’il y a une conscience environnementale extrêmement poussée dans le transport. Nous souhaitons faire notre part dans la diffusion du message selon lequel le transport de marchandises est extrêmement important», explique Mathieu Charbonneau.

Le troisième chantier intéressera particulièrement les gens du transport routier des marchandises : il vise à améliorer les accès et la fluidité du transport par camion dans le Grand Montréal. Parmi les principaux objectifs de ce chantier, on veut se pencher sur l’accès des camions au port de Montréal. «On sait qu’il y a un problème de ce côté mais, même si le Port a fait beaucoup en implantant un système de tri électronique, il y a encore des choses à faire en ce qui a trait à la configuration des routes et à l’accès des camions aux rues, indique Mathieu Charbonneau. On se penchera aussi sur les grands travaux comme ceux du pont Champlain, de l’échangeur Turcot et du tunnel Louis-H. Lafontaine. «On sait qu’on va mettre des voies réservées à certains endroits? Est-ce qu’on va penser au transport de marchandises? En Europe, on travaille beaucoup avec des heures réservées quand il y a des chantiers. Pourrions-nous penser à des voies réservées pour le transport de marchandises à certaines périodes de la journée?», se demande Mathieu Charbonneau.

L’an prochain, CargoM va s’attaquer à trois autres chantiers : la main-d’œuvre, les innovations et la règlementation.

Les tarifs pour devenir membre seront bientôt publiés au http://www.cargo-montreal.ca/. Pour les transporteurs routiers, le prix d’adhésion varie de 500$ à 7 500$ par année, selon  le nombre d’employés.

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