Sept raisons pour lesquelles Alain Bédard a fait la transaction de sa vie

MONTRÉAL— Le géant canadien du camionnage, TransForce, a conclu une entente visant l’achat de Contrans pour une somme de 495 millions de dollars, plus 85 millions de dollars de dettes, pour un total de 580 millions de dollars, dans une transaction que le PDG de TransForce, Alain Bédard, a qualifiée comme étant «la plus importante et la plus onéreuse de ma vie».

Il donne ici sept raisons qui ont mené à cette entente:

1- L’économie canadienne est à plat : «Ce n’est pas facile d’évoluer dans une économie stagnante comme celle qui prévaut présentement au Canada. Les consommateurs sont fortement endettés, et c’est ce qui explique la stagnation économique canadienne», de dire Alain Bédard. Mais, pour TransForce, une acquisition stratégique comme celle de Contrans contribuera à stimuler la croissance dans un environnement anémique. Tout de suite après l’annonce de l’acquisition de Contrans, les actions de TransForce ont un atteint un sommet de 27,64$ à la bourse de Toronto.  

2- Les tarifs dans le segment des charges partielles montent lentement : «On constate un peu d’amélioration», a indiqué M. Bédard, «non pas parce que la demande est en forte hausse – la demande connaît probablement une faible croissance. [Mais] il y a peu de chauffeurs, et peu de compagnies sont financièrement en mesure d’acheter du matériel roulant, donc le marché s’améliore lentement et l’équilibre entre l’offre et la demande se fait lentement. 

3- La transaction d’une vie : «Le marché canadien est très petit. Il n’y a que trois acteurs importants : Murray Mullen, Stan Dunford et moi. C’est beaucoup d’argent, c’est beaucoup plus que ce que je voulais payer, mais j’ai dit, ok, vous savez quoi? C’est une bonne compagnie qui a une bonne équipe et qui cadre bien avec nous. Je vais conclure la transaction à ce prix.» 

4- La création d’une puissance canadienne du camionnage : «Contrans est une excellente entreprise de transport de charges entières possédant une forte présence en  Ontario et une faible présence au Québec», précise M. Bédard. «TransForce est complètement à l’opposé avec une forte présence dans le marché des charges entières au Québec, mais nous ne sommes pas vraiment présents en Ontario. Les deux se complètent bien. On assiste vraiment à la création d’un joueur dominant au Canada.»

5- Contrans — une machine bien huilée : «Dans mon esprit, j’achète cette compagnie à gros prix. Je suis d’accord, c’est correct, mais c’est beaucoup d’argent, un gros investissement. Je ne compte donc pas changer la recette», précise Alain Bédard. «J’ai toujours eu comme philosophie qu’on ne change pas une formule gagnante. Pour moi, il est important que le message soit clair : nous n’achetons pas une compagnie de 600 millions pour voir ses gens partir dans six mois parce que nous essayons de changer l’entreprise.» M. Bédard prévoit épargner 10 millions de dollars ou plus en éliminant les coûts associés au statut de compagnie publique de Contrans, mais il insiste pour dire qu’il n’y aura pas de compressions ou de mises à pied. «Contrans est une machine bien huilée qui est gérée sainement.»

6- Pas de chevauchements : «Il n’y a pas de problème concurrentiel ou de concentration», souligne Alain Bédard. «Contrans est véritablement le premier transporteur spécialisé en Ontario et nous avons une division de transport par fourgon en Ontario, mais quand on parle de spécialité, nous ne sommes pas en Ontario, nous sommes très négligeables. La présence de Contrans au Québec est petite, mais elle est là, et la combinaison des deux entreprises ne pose pas de problème. Ils ont une petite division de charges partielles, qui fait majoritairement du transbordement entre l’Ontario et le Québec et New York-New Jersey. C’est si petit, ce n’est rien.»

7- Le marché des charges partielles rétrécit, mais une croissance se pointe aux États-Unis : «Du côté des charges partielles, le marché rétrécit. C’est un fait», observe M. Bédard. «Mais au même moment, les gens dans ce segment commencent à comprendre qu’il est insensé de faire la chasse aux volumes et de perdre de l’argent. Ils comprennent que ces diminutions de volumes, qui ont commencé il y a cinq ans, ne reviendront pas. Je veux dire, nous avons perdu tellement d’usines en Ontario et au Québec; ces usines ne rouvriront pas, donc il faut nous ajuster. Mais TransForce a de la place pour une croissance organique aux États-Unis via des acquisitions» ajoute-t-il. «Si le commerce électronique connaît une croissance aux États-Unis, comme je le pense, et que ce commerce se déplace un peu vers ceux qui couvrent les derniers kilomètres de transport, nous pourrions en profiter. Nous saurons au cours des six prochains mois vers quoi le commerce électronique se dirige.»

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 25 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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