Alain Bédard met en garde contre l'ajout de capacité - Transport Routier

Alain Bédard met en garde contre l’ajout de capacité

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LA MALBAIE, le  4 mai 2018 – Le PDG de TFI International, Alain Bédard, a ouvert le 67e Congrès annuel de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), en insistant sur l’importance d’offrir de la stabilité à la main-d’œuvre et de travailler à la rétention dans le contexte de pénurie actuelle. Il a aussi mis en garde les transporteurs présents contre la tentation d’augmenter la capacité alors que la demande de transport est exceptionnellement forte.

«C’est épouvantable de voir ce qui se passe, particulièrement aux États-Unis, en ce qui a trait au roulement de personnel», s’est désolé Alain Bédard. «Je dis toujours à mes gens : c’est beau de recruter mais, le plus important, c’est de garder les chauffeurs que l’on a déjà. On dépense des fortunes pour recruter, mais qu’est-ce qu’on fait pour les garder?», a demandé M. Bédard.

«Mon père m’a déjà dit : si tu veux diriger une entreprise, il faut que tu comprennes les soucis des gens qui travaillent dans l’entreprise. Donc, il va falloir que tu ailles sur le plancher des vaches», de poursuivre Alain Bédard. Il est donc allé voir les opérations américaines de TFI et a constaté que l’un des sujets qui revient le plus souvent, c’est le nombre de milles roulés.

«Dans les charges complètes (truck loads), le chauffeur est payé en fonction du nombre de mille parcourus. C’est évident que s’il n’y a pas de stabilité dans le nombre de milles, cela crée une instabilité dans le salaire.»

Et la stabilité, selon Alain Bédard, «c’est de ne pas passer six heures dans la cour du client ou dans la congestion routière à Montréal.»

L’économie roule présentement à pleine vapeur, et le PDG de TFI se questionne sur la stratégie des flottes qui achètent du nouveau matériel roulant pour augmenter la capacité de transport. «C’est la pire chose à faire! En plus, il n’y a pas de chauffeurs, alors pourquoi acheter des camions?»

Il trouve illogique d’acquérir des camions pour répondre à une demande ponctuelle de transport de quelques mois. «Qui est assez fou pour ajouter de l’offre pendant une période de quelques mois avec quelque chose qui dure cinq ans? Les investisseurs ne comprennent pas que les transporteurs fassent cela.»

Les lois du marché dictent que la rareté entraîne un effet à la hausse sur le prix, alors «pourquoi ajouter de l’offre?», se questionne Alain Bédard. «Lorsqu’il y a une pénurie dans l’industrie du pétrole, qu’est-ce qui arrive au prix du pétrole?», demande-t-il. «On doit se concentrer sur le retour d’investissement. La notion de retour d’investissement doit faire partie du quotidien d’une entreprise. L’ajout de capacité n’est pas la solution.»

Le commerce électronique fait partie des grandes préoccupations qu’Alain Bédard a choisi d’aborder. Il a rappelé que son entreprise y est entrée par hasard lorsqu’elle a fait l’acquisition de Dynamex en 2011. «Nous avons été chanceux, nous avons pris part au commerce électronique sans savoir la révolution qu’il deviendrait. Pour nous, la livraison du dernier kilomètre a été fantastique», souligne-t-il.

«Le commerce électronique est en train de changer, surtout avec la jeune génération. Les entreprises de briques et de mortier en souffrent, les municipalités en subissent les conséquences, mais on ne peut rien faire contre ça. C’est parti.» TFI International fait un chiffre d’affaires qui tourne autour de 400 millions de dollars dans le secteur du commerce électronique. Environ 42 pour cent de ses activités sont de type B to C.

Parlant en conclusion des véhicules autonomes, Alain Bédard croit qu’ils élimineront certains problèmes reliés à la pénurie de chauffeurs et à leur rétention, mais il ne peut affirmer combien d’années il faudra attendre.

«Cela peut amener certains gros changements dans l’industrie. Si vous regardez qui fait concurrence aux banques aujourd’hui, ce sont les Apple Pay et autres systèmes de paiement du genre. Il va se présenter d’autres changements majeurs dans l’industrie», prévient-il. Lesquels? Il ne le sait pas. «Mais il faut être flexible et être en mesure de s’y adapter.»

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