Camo-Route dévoile son diagnostic en transport routier

Sans être une panacée, c’est-à-dire un remède à tous les problèmes, les outils technologiques valent leur pesant d’or dans la gestion quotidienne des opérations. Ils peuvent réduire certains coûts et amoindrir des risques, perfectionner les pratiques et bonifier les performances. Les horairistes, camionneurs et répartiteurs sont autant de métiers qui peuvent profiter d’une intégration technologique en entreprise. Bien qu’ils soient tous les trois cités dans le plus récent diagnostic sectoriel de Camo-Route en transport routier, seul le métier de chauffeur sera traité dans ce texte.

Intitulé Impact des nouvelles technologies dans les professions du transport routier de marchandises, ce document s’intéresse à l’intégration des technologies dans les PME (Petites et moyennes entreprises) de la région de Montréal, ces 93 villes et 4,1 millions d’habitants qui composent la RMR (Région métropolitaine de recensement).

Pourquoi les PME? Parce que 83% du contingent des entreprises en transport a moins de cinq employés, alors que 99,6% de tous les transporteurs disposent de 99 employés ou moins. « Le processus accéléré des changements technologiques, dit d’entrée de jeu la directrice générale de Camo-Route Chloé St-Amand, est à la source de ce diagnostic. »

Chloé St-Amand. Crédit photo: Camo-Route.

Des technologies en expansion

Hormis le dispositif de consignation électronique (DCE) qui sera, en principe, obligatoire le 1er janvier prochain au Canada, toutes les autres technologies, la télématique et la télémétrie, la transition électrique des flottes de camions, les caméras de bord, tablettes électroniques de bord, les différents logiciels de gestion et autres GPS sont optionnelles, parfois complexes à utiliser et chers à installer.

Les PME, qui ont beaucoup moins de ressources (financières, humaines) à investir en nouvelles technologies que les 20 gros transporteurs de plus de 100 employés de la RMR, ont quand même besoin de cet apport pour rester compétitives dans un marché en expansion.

« Un marché qui, entre 2015 et 2021, a gonflé de 32% pour le transport général, 11% pour les travailleurs indépendants (brokers) et 12% pour le transport spécialisé (matières dangereuses, citernes, etc.), dit l’analyste stratégique du marché du travail au Groupe DDM, Raphaël Readman.

La pénurie de chauffeurs en chiffres

Parallèlement à ces chiffres, M. Readman confirme l’augmentation du nombre de postes vacants dans la zone étudiée. De 385 en 2015, ils sont 908 en 2021 à chercher, les transporteurs, des chauffeurs de camions. Sur l’île de Montréal, il y avait, en 2021, 928 postes à combler comparativement aux 262 de 2015. Une situation qui fait dire à M. Readman que la croissance des entreprises est plombée notamment par le manque de main-d’oeuvre.

Mais pas seulement.

En compétition avec les autres secteurs de l’activité économique, l’industrie du transport par camion souffre aussi du fait que plusieurs candidats refusent catégoriquement de l’investir… à cause des éternelles congestions sur l’île.

Si on combine cette résistance à la difficulté, pour les immigrants, d’obtenir rapidement leur classe 1 ou 3, au vieillissement d’un important contingent de chauffeurs approchant la retraite, d’une conciliation travail/famille peu valorisée pour les jeunes qui seraient être tentés de faire du transport au long cours et les salaires qui ne sont pas toujours bien adaptés (lire pas toujours assez payants, à savoir 47 697$ en moyenne) aux contingences du marché – au mille pour les transports qui doivent passer par de nombreux et fastidieux bouchons urbains, pour ne donner qu’un exemple – les difficultés de recrutement et de rétention de chauffeurs peuvent sembler insolubles.

Des outils à considérer

Quoi faire, alors, pour que le transport routier devienne une industrie plus attrayante auprès des jeunes, des femmes et des immigrants? Camo-Route identifie des pistes de solutions qui, technologiques ou pas, peuvent améliorer le recrutement, la rétention et la professionnalisation des opérations.

Pour une PME dont le noyau d’activités (camionnage pur) empêche de s’intéresser aux pratiques nouvelles, ce changement est un réel défi. « Les difficultés d’intégration d’une technologie, le manque de compétences de la main-d’oeuvre à l’interne, l’absence d’intérêt ou de réceptivité, une méconnaissance du virage technologique ou les coûts sont autant d’obstacles à surmonter, » précise M. Readman.

En ce qui concerne la formation des routiers, Camo-Route constate que 55% des chauffeurs ont, aujourd’hui, le DEP en transport délivré par des écoles de formation reconnues telles le CFTC et le CFTR. Il y a aussi les compétences professionnelles recherchées chez les candidats qui sont à parfaire, promouvoir et implanter: la conduite sécuritaire et l’écoconduite, l’aisance technologique mais aussi une bonne gestion du stress, des compétences en communication et une rapidité d’exécution.

Les chauffeurs arrivent parfois avec un bagage suffisant pour faire leur travail. C’est lorsqu’on veut ajouter une compétence en aval, par exemple l’écoconduite, la gestion d’une tablette de bord, d’un DCE ou la conduite préventive, que le problème peut se poser avec le plus d’acuité. Les formations, les coûts, l’expertise et les outils technologiques sont autant de défis auxquels les PME en transport routier sont confrontés.

Contourner certains obstacles

Il y a aussi certains des enjeux incontournables dans le transport à Montréal – le trafic, la congestion, le stress, les chantiers de construction, l’accès difficile au port de Montréal, les retards de livraison, détours, accrochages, coûts supplémentaires, pertes de temps – lesquels ont une incidence négative sur le recrutement et la rétention des chauffeurs. M. Readman mentionne que ces coûts associés à la congestion s’élèvent à 1,9 milliard de dollars annuellement à Montréal:

« 97% des entreprises sondées disent que la congestion a un impact négatif important sur les résultats financiers de l’organisation. » Les chauffeurs ne sont donc pas les seuls à pâtir contre cet état de fait récurrent et, semble-t-il, insoluble.

Pas une panacée, mais…

Dans cette perspective, est-ce que certaines technologies peuvent renverser une tendance qui éloigne souvent de bonnes candidatures de l’industrie? La réponse est oui… et non. Si le virage technologique est essentiel pour que les PME puissent intégrer de nouvelles compétences, professionnaliser leurs pratiques et améliorer leurs rendements, il ne peut pas tout faire.

Surtout pas faire disparaître les congestions. Il y a bien les GPS qui permettent d’anticiper et gérer les zones de ralentissement et la planification des horaires pour éviter les (nombreuses) heures où il y a des congestions. Seulement, les solutions structurantes se trouvent ailleurs.

Parmi les pistes de solutions proposées, Lydia Massimiani de Camo-Route note que pour réduire les craintes des chauffeurs envers des d’outils qui encadrent leurs comportements au volant (télématique et télémétrie), mais aussi l’attitude souvent réfractaire d’une majorité de transporteurs (et chauffeurs) envers les nouvelles technologies, il y a notamment: 1- des incitatifs financiers offerts aux bons chauffeurs qui acceptent qu’une utilisation judicieuse des données de conduite soit faite; 2- de la formation continue offerte par les autorités publiques et pas seulement par les fournisseurs; 3- un cadre réglementaire favorable; 4- des subventions aux PME afin de stimuler le virage technologique.

Lydia Massimiani, coordonnatrice à la formation pour Camo-Route. Crédit photo: Camo-Route.

Des solutions applicables

Une rémunération à l’heure pour les chauffeurs qui doivent passer par Montréal peut rapidement être mise en application. Des formations courtes et ciblées peuvent aussi améliorer la littératie numérique et la conduite responsable, lesquelles vont permettre aux gens concernés d’apprivoiser plus rapidement et efficacement les nouveaux outils. Des bonis de performance en argent pour les routiers qui appliquent les principes de l’écoconduite et de la conduite préventive.

De bonnes idées dont les coûts peuvent fréquemment être un frein à l’intégration de solutions en entreprise.

« Les coûts étant le principal obstacle à l’implantation de nouvelles technologies, précise celle qui coordonne la formation à Camo-Route, l’implication des gouvernements est incontournable pour que les PME puissent être compétitives face aux plus gros joueurs. »

De quelles façons?

En finançant, par l’entremise de crédits d’impôts ou de subventions, des formations courtes et ciblées afin de démocratiser l’accès des technologies aux petites flottes, Camo-Route propose, dans cette mouvance, qu’on accompagne, en toute transparence, les employés durant ces formations afin de réduire les craintes et accélérer leur intégration aux opérations quotidiennes. En imposant, enfin, un cadre réglementaire qui rendrait obligatoire l’intégration de certaines technologies qui touchent la sécurité, l’efficacité et l’écoresponsabilité.

Rédacteur professionnel depuis plus de 15 ans, Christian possède une expérience considérable à titre de journaliste spécialisé en transport, notamment à titre de directeur de la rédaction de L'Écho du transport, magazine aujourd'hui disparu, et de Transport durable magazine.

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