Camo-route : pourquoi des conducteurs quittent, et comment les ramener dans le métier

D’octobre à décembre 2021, Camo-route a mené un sondage afin d’établir un diagnostic sur la situation des conducteurs et conductrices de véhicules non actifs, c’est-à-dire ceux et celles qui détiennent un permis de classe 1 ou 3, mais qui ne travaillent pas dans l’industrie du transport routier. Les faits saillants et les recommandations découlant de cette enquête, à laquelle 1 138 personnes ont participé, ont été dévoilés en clôture de l’assemblée générale annuelle de Camo-route.

D’emblée, Chloé St-Amand, directrice générale de Camo-route, a souligné que la question des conducteurs non actifs préoccupe l’industrie depuis longtemps car elle vient fausser la donne, notamment en gonflant les données en lien avec la main-d’œuvre de camionneurs disponibles auprès d’Emploi Québec.

«En premier lieu, il s’agissait de voir combien de personnes détiennent un permis classe 1 et ne sont pas actives dans le milieu. Dans un second temps, il s’agissait de voir comment on peut réintégrer ces personnes dans notre industrie», de dire Mme St-Amand.

Alors, combien y a-t-il de détenteurs de permis de classe 1 non actifs? Raphaël Readman, analyste stratégique, Marché du travail chez Groupe DDM, qui a présenté les faits saillants du diagnostic, n’avait pas de chiffre à donner… sur-le-champ. « On ne peut pas faire cette opération facilement, étant donné qu’il y a beaucoup de détenteurs de permis de classe 1 ou 3 qui occupent d’autres emplois en transport routier, comme opérateur de machinerie lourde ou chauffeur d’autobus», explique-t-il. «Mais on pourrait effectivement savoir, par exemple, combien il y a de détenteurs de permis de classe 1 qui ne pratiquent pas le métier de conducteur de camions avec les données présentes dans le rapport.»

«On sait qu’il y a une rareté de la main-d’œuvre», de poursuivre Mme St-Amand. «Les employeurs ont revu à la baisse leurs critères d’embauche. On voit aussi que les postes vacants de conducteurs et conductrices de camion ont augmenté de 54% entre 2020 et 2021, passant de 3 410 à 5 235 postes vacants. C’est énorme!»

Avec ce diagnostic, Camo-route voulait donc :

-mieux comprendre les raisons pour lesquelles des conducteurs et conductrices de camion quittent la profession;

– identifier les mesures qui vont favoriser la réintégration sur le marché du travail;

 -élaborer des mesures spécifiques pour permettre aux conducteurs non actifs d’actualiser leurs compétences pour réintégrer le marché du travail; et

– identifier les outils de gestion permettant de soutenir les entreprises dans le recrutement, l’intégration et l’accompagnement de ces conducteurs.

Camo-route a obtenu de la SAAQ le nombre de détenteurs de permis de classes 1, 2 et 3 par tranche d’âge et a demandé au ministère de l’Éducation des données montrant l’évolution du nombre de diplômés en transport par camion. Outre le sondage en ligne, l’organisme a mené des entrevues avec des conducteurs non actifs et avec des employeurs afin de comprendre quels sont les irritants en lien avec la profession et voir ce qu’il est possible de faire pour améliorer l’attractivité envers le métier de conducteurs-conductrice de camion.

Capture d’écran (Source: Camo-route)

Faits saillants :

Parmi les principaux faits saillants dégagés pour ce qui est de l’industrie en général, on souligne :

-49% des détenteurs de permis de classe 1 ou 3 avaient 55 ans ou plus en 2020. Il y a fort à parier qu’en 2022, la majorité de nos détenteurs de permis de classes 1 et 3 ont 55 ans ou plus.

-On constate aussi une légère féminisation des détenteurs de permis de classe 1 et 3 avec une augmentation de 23,7% des femmes détenant un permis de classe 1 et une augmentation de 17% pour celles qui détiennent un permis de classe 3, le tout sur une période de cinq.

Toutefois, selon les données de 2020, l’écart entre les femmes et les hommes demeure énorme avec 9 000 femmes qui détenaient un permis de classe 1 ou 3 comparativement à 260 000 hommes.

Parmi les principaux faits saillants qui ressortent particulièrement l’enquête de Camo-route :

– 15% des répondants sont des femmes, ce qui a permis de faire ressortir certains éléments en lien avec ce que les femmes vivent dans l’industrie;

-77% des répondants ont moins de 55 ans. Ce sont donc des personnes à qui il resterait plusieurs années dans l’industrie advenant un retour.

– 84% des conducteurs non actifs pourraient faire un retour vers la profession si certaines conditions sont atteintes, ce qui laisse entrevoir un fort potentiel des gens déjà formés et expérimentés qui seraient prêts à revenir sous certaines conditions.

-10% des répondants étaient activement à la recherche d’un nouvel emploi au moment de l’enquête en ligne.

-les trois régions d’où proviennent le plus de répondants – la Montérégie, Montréal et la Capitale-Nationale – sont également les trois régions où l’on retrouve également le plus de postes vacants de conducteurs de camions.

-après avoir quitté le camionnage, un nombre important de répondants ont indiqué être passés vers un autre emploi de conducteur, conducteur d’autobus étant la réponse la plus fréquente. Une proportion considérable de gens dit avoir migré vers d’autres professions dans le secteur du transport de marchandises dès qu’ils en ont eu l’occasion, par exemple répartiteur, pour des raisons de salaire ou d’horaire.

-84% des répondants ont quitté la profession depuis moins de cinq ans. Conséquemment, cette main-d’œuvre n’aurait pas de grands besoins de mise à jour des compétences.

«La majorité des conducteurs ont mentionné avoir abandonné après avoir travaillé pour un ou deux employeurs durant les deux premières années puis, une fois la période de cinq ans franchie, le taux d’abandon de la profession chute de façon marquée. Ce qui fait dire à Raphaël Readman que «les premières années après l’obtention du DEP ou l’entrée sur le marché du travail sont vraiment névralgiques quant à la rétention des conducteurs».

La première cause de départ de la profession (la mauvaise rémunération) et la cause numéro trois (les temps d’attente non rémunérés) se rejoignent beaucoup. La majorité des conducteurs disent que la rémunération au kilomètre les pénalise dès qu’un événement indépendant de leur volonté se produit, comme la congestion routière ou les attentes chez les clients.

Le défi de concilier le travail et la vie personnelle est ressorti comme la deuxième cause la plus mentionnée.

Étonnement, la difficulté de concilier le travail et la famille demeure très présente, même dans le transport local

«Les perceptions des employeurs concernant les causes de départ sont généralement les bonnes», constate M. Readman. «Ils sont conscients que les salaires n’ont pas augmenté assez rapidement, surtout considérant que ceux-ci doivent compenser la nature de l’emploi qui amène des horaires instables et une conciliation travail-famille difficile.»

Parmi les mesures incitatives qui ramèneraient les conducteurs non actifs vers la profession, les répondants ont identifié:

-La rémunération à l’heure, qui est d’autant plus réaliste avec l’utilisation obligatoire des dispositifs de consignation électronique;

-Le salaire plancher pour lequel il commence à y avoir un intérêt pour la profession est de 23$ l’heure, mais l’échelle salariale à privilégier pour être vraiment attractif se situe entre 27$ et 30$ l’heure;

-Plusieurs éléments identifiés comme favorisant un retour vers le métier touchent l’amélioration de l’environnement de travail, la conciliation travail-famille et l’organisation des horaires.

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 25 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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