Carboneutralité: opter pour la progression ou viser la perfection?

La course pour atteindre la carboneutralité des transports d’ici 2050 est commencée, mais une discussion animée au Sommet Movin’On 2021 a montré des désaccords quant à la façon d’y arriver, les arguments oscillant entre l’étapisme et la transition radicale.


«Nous sommes arrivés en bout de ligne. Le climat s’est réchauffé dangereusement. La situation va devenir absolument incontrôlable à moins que nous ne la freinions maintenant », de dire Jeffrey Sachs, directeur du centre pour le développement durable de l’Université de Columbia et président du Réseau des solutions de développement durable des Nations Unies.


«Le but, c’est d’appliquer ce que nous savons, de l’appliquer rapidement et d’obtenir la carboneutralité partout. Et c’est aussi dire non au combustible fossile dépassé», de dire M. Sachs.


Mais il voit du positif dans certains événement récents qui impliques de grandes pétrolières.


L’animatrice Asha Sumputh sur la scène de Movin’On en compagnie de Rodolphe Saadé et de Florent Menegaux. (Capture d’écran)


«Les retardataires, qui sont les compagnies pétrolières, ont été rappelés à la réalité malgré eux», a-t-il dit. « [La] Cour suprême a dit à Shell : ‘’Vous devez réduire vos émissions” . La direction d’ExxonMobil a perdu un vote important lorsque des investisseurs favorables à la décarbonisation ont placé des leurs membres au conseil d’administration d’Exxon. Une majorité d’investisseurs a fait exigé à Chevron qu’elle établisse un plan de réduction des émissions.»


Bien qu’il existe désormais des moyens efficaces d’utiliser l’énergie éolienne, solaire, hydroélectrique et d’autres sources carboneutres, les progrès ont été ralentis par le pouvoir politique du secteur des combustibles fossiles, a-t-il soutenu.


Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM – une société française de transport et de transport de conteneurs – a convenu qu’il était important d’agir rapidement, mais a souligné que la réalité exige une approche plus progressive.


« Nous avons tiré deux leçons de la crise de la Covid. La première, c’est que notre société est vulnérable et, la seconde, c’est notre capacité à changer », a-t-il indiqué.


«Le temps des promesses est révolu, et nous pensons qu’il est important que nous prenions des mesures sérieuses pour essayer de remédier à la situation à laquelle nous sommes confrontés.»


Sa société, par exemple, se tourne vers avec le gaz naturel liquéfié (GNL).


«Ce n’est peut-être pas la solution idéale, mais c’est une solution qui est disponible aujourd’hui, qui nous permet de réduire nos émissions de CO2 d’environ 20%, et qui élimine complètement le soufre et les particules fines », a déclaré M. Saadé.


L’entreprise prévoit exploiter 42 navires au GNL dans les prochains mois.


«Il est toujours facile de critiquer ce que font les autres. Mais ce qui est important, surtout au vu de la situation actuelle, c’est que nous devons agir», insiste-t-il.


«Le GNL est une option, mais aussi le biométhane, une énergie renouvelable issue des déchets agricoles. Il nous permet de réduire nos émissions de CO2 de 70 à 90 %. Et nous avons également du biocarburant, qui est produit à partir d’huile de cuisson recyclée qui nous permet de réduire nos émissions d’environ 70 %.»


Jeffrey Sachs ne croit pas qu’adopter une approche par étapes intermédiaires soit la chose à faire.


«Les solutions appelées «intermédiaires» ne sont souvent pas du tout des solutions provisoires. Elles ne nous apporte que d’autres problèmes», lance-t-il.


Florent Menegaux, PDG du groupe Michelin, a souligné qu’il était temps d’agir, mais a noté que le passage à la carboneutralité se fera par étapes.


« Il est plus important de passer par des étapes concrètes dès maintenant que d’attendre la solution parfaite qui pourrait arriver dans cinq, 10 ou 20 ans. »


Julie Sweet, PDG d’Accenture, conclut : « Il semble y avoir un accord absolu quant à l’endroit où nous devons aller, mais un désaccord sur la façon dont nous devons y parvenir.»


«Je me concentrerais vraiment sur les progrès plutôt que sur la perfection si nous voulons atteindre la carboneutralité d’ici 2050. »

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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