CFTC : 50 ans de formation des conducteurs de camions au Québec
Le modèle québécois des centres de formation publics en transport par camion est unique et fait l’envie des autres juridictions au Canada et même aux États-Unis. Ce modèle, qui a donné naissance au Centre de formation en transport de Charlesbourg (CFTC) et au Centre de formation en transport routier (CFTR) de Mirabel, fête ses 50 ans d’existence cette année.
Le CFTC nous a invités à une visite de ses installations et nous a convié à une rétrospective remontant en 1976, à la genèse de ce centre névralgique du développement de la main-d’œuvre du camionnage québécois, et se poursuivant jusqu’aux méthodes pédagogiques avant-gardistes aujourd’hui.
Des dizaines de milliers de conducteurs ont appris leur métier au CFTC et, si l’objectif est resté le même — former des chauffeurs compétents et sécuritaires — la manière d’y arriver n’a jamais cessé d’évoluer.

Des débuts modestes
Quand le CFTC ouvre ses portes en 1976, il ne s’agit pas encore d’un DEP tel qu’on le connaît aujourd’hui.
«C’était une école de conduite de véhicules lourds, mais déjà avec un mandat gouvernemental », explique Martin Boivin, directeur adjoint. « Les élèves obtenaient un certificat d’études professionnelles. Le programme ministériel tel qu’on le connaît est arrivé seulement en 1994. »
À l’époque, l’école comptait… six camions. Aujourd’hui, la flotte compte plus de 125 véhicules motorisés et autant de remorques.
Dans les années 1980, environ 50 à 60 élèves étaient formés chaque année. Désormais, le centre accueille quelque 1 250 élèves annuellement en formation initiale, et jusqu’à 2 000 personnes en incluant la formation aux entreprises.
L’arrivée du DEP dans les années 1990 marque un tournant majeur. La demande explose, et en 1996, le gouvernement investit dans la construction de l’école actuelle.
Former partout… même dans le Nord
Dès 1987, des enseignants sont envoyés à Salluit, dans le Nord-du-Québec, pour former des conducteurs inuits avec l’équipement disponible sur place. Le modèle existe toujours aujourd’hui. « On se déplace encore dans les villages nordiques pour donner la formation. On va là où il y a une demande et un besoin», souligne Martin Boivin.
Le CFTC peut aujourd’hui organiser un DEP complet en région : théorie sur place, puis transport de camions pour la pratique. Un professeur peut passer 20 semaines loin de chez lui afin de former une cohorte.

Une école, et un partenaire des entreprises
La mission principale du CFTC demeure la formation initiale, mais le centre joue aussi un rôle important en perfectionnement professionnel.
Depuis 1980, le service aux entreprises offre des formations sur mesure, en conformité réglementaire, sécurité, DCE ou sur des problématiques spécifiques après intervention de la Commission des transports, par exemple.
« On bâtit la formation selon le besoin précis de l’entreprise », explique M. Boivin.
Autre outil majeur : la reconnaissance des acquis (RAC). Depuis son implantation en 2006, près de 5 000 chauffeurs expérimentés ont obtenu leur DEP en validant leurs compétences au CFTC.
Pionnier du PEACVL
Au cours des années, le centre a multiplié les initiatives pour élargir le bassin de nouveaux chauffeurs diplômés du DEP en transport par camion.
Le programme enrichi d’accès à la conduite de véhicules lourds (PEACVL), instauré en 2021, permet aux jeunes de commencer leur carrière dès la fin du secondaire. Près de 500 jeunes conducteurs ont déjà été formés par ce programme.
«Avant, ils partaient vers d’autres DEP. Maintenant, on les accroche dès la sortie de l’école», explique Martin Boivin.
L’alternance travail-études constitue aussi une avenue de plus en plus populaire : environ 60 élèves par année effectuent une partie de leur formation directement en entreprise.

La pandémie : accélératrice de transformation
La pandémie a bouleversé les méthodes d’enseignement. Le CFTC s’en est servi comme tremplin. Pour éviter d’annuler des cohortes trop petites, le centre a développé la formation individualisée.
Un exemple : quatre élèves en région reçoivent leurs livres et un ordinateur à domicile, suivent la théorie à distance pendant six semaines, puis un enseignant va sur place pour dix semaines de pratique. Résultat : le nombre de cohortes individualisées est passé d’une dizaine à près de 50 par année.
«On ne voulait plus dire à quelqu’un : reviens l’an prochain parce que vous êtes trop peu nombreux», explique Martin Boivin.
Former des chauffeurs… mais aussi des pédagogues
Contrairement à une idée répandue, être bon camionneur ne suffit pas pour enseigner. Les enseignants doivent avoir au minimum cinq ans d’expérience vérifiable, puis compléter une formation universitaire en enseignement professionnel.
«Le meilleur chauffeur peut être le pire enseignant», souligne M. Boivin. « Il faut être capable d’anticiper les erreurs d’un débutant et expliquer ce qui, pour l’enseignant, est devenu instinctif avec le temps.»
Le virage technologique
Depuis quelques années, le CFTC investit en innovation pédagogique, ses outils 4.0. Marc-André Gagnon, conseiller pédagogique, réalise la mission de rendre les concepts concrets avec des outils comme l’animation en 3D et la réalité augmentée.
Avec l’animation en 3D, les élèves peuvent manipuler virtuellement des composantes mécaniques, zoomer et les observer sous tous les angles, même à la maison. «Avec une photo, c’est abstrait. En 3D, ils comprennent immédiatement», souligne M. Gagnon.
Grâce à la réalité augmentée, une pièce peut apparaître directement sur le bureau de l’élève après avoir scanné un code QR.
Le centre a aussi développé un assistant d’IA interne, alimenté uniquement par ses documents pédagogiques. Accessible 24/7, il répond aux questions techniques des élèves sans remplacer l’enseignant. Si l’information n’existe pas dans les documents officiels, l’IA dirige l’élève vers son professeur.
Le CFTC a acquis son premier simulateur de conduite de camion Virage Simulation en 2006. Aujourd’hui, le centre en compte 17, dont certains mobiles pour les régions.
Prochaine étape : des mini-simulateurs portatifs spécialisés en marche arrière, combinés à la réalité immersive. L’objectif est d’accélérer l’apprentissage et de réduire les risques lors des premières manœuvres réelles.
En 50 ans, la formation a changé autant que le camionnage lui-même. Du certificat des années 1970 à l’intelligence artificielle pédagogique, le fil conducteur reste le même : adapter la formation à la réalité de l’industrie.
«Depuis 50 ans, on n’a jamais arrêté d’innover», résume Martin Boivin.
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