COVID-19 : Les effets psychologiques du confinement

Nicolas Trépanier

Les mesures d’isolement imposées par les différents gouvernements, pour freiner la pandémie de COVID-19, commencent déjà à entraîner une variété de problèmes psychologiques chez les personnes confinées. Mais le confinement prolongé en est-il la véritable cause, à l’heure où l’humanité n’a jamais eu accès à autant de confort et de divertissement à domicile?

En Chine, un questionnaire en ligne a été rempli par 52 730 répondants (en date du 10 février dernier). Près de 35 % des personnes interrogées ont dit avoir vécu de la détresse psychologique, mais cette détresse ne serait pas seulement due à l’isolement. L’étude révèle que les niveaux de détresse psychologique ont également été influencés par la disponibilité des ressources médicales locales, l’efficacité du système régional de santé publique et les mesures de prévention et de contrôle prises contre la situation épidémique.

Les résultats indiquent aussi qu’au fil du temps, le niveau de détresse a considérablement diminué, ce qui laisse croire que l’isolement prolongé n’était pas la principale cause d’angoisse des personnes interrogées.

Selon l’étude britannique The psychological impact of quarantine and how to reduce it: rapid review of the evidence, on trouve parmi les principaux facteurs de stress liés au confinement le prolongement de la durée de quarantaine, la crainte d’une infection, la frustration, l’ennui, un approvisionnement insuffisant, des informations inadéquates, des pertes financières et la stigmatisation.

Selon Myra Gravel Crevier, Ph D./Psy D., psychologue et copropriétaire de la Clinique d’anxiété de Laval, il est peu probable d’identifier un seul facteur explicatif de la détresse psychologique. Dans le contexte actuel de la COVID-19 et du confinement associé, la détresse psychologique pourrait dépendre, entre autres, du contexte de vie de l’individu (par exemple, à l’emploi, au chômage, en confinement seul à la maison ou accompagné), et de sa personnalité (par exemple, vulnérabilité anxieuse, difficulté avec la solitude). Il est à noter que les gens qui se disent anxieux quant à la maladie, la contamination et la COVID-19 avaient sûrement déjà des facteurs les prédisposant à développer des symptômes anxieux.

Il est d’ailleurs important d’établir une distinction entre les notions de stress, d’anxiété et d’épuisement. «Le stress est associé à des réactions vécues en lien avec des stresseurs présents, par exemple les difficultés financières des employés sur le chômage et l’adaptation familiale pour les gens qui cohabitent lors du confinement», de dire la Dre Crevier. «L’anxiété se définit plutôt comme l’anticipation d’événements négatifs ou fâcheux qui pourraient survenir éventuellement, comme la peur envahissante d’être contaminé et de contracter le virus. L’anxiété est vécue comme une réaction de détresse souvent excessive et exagérée face à la situation.»

Selon la Dre Crevier, les camionneurs qui travaillent à titre de service essentiel pourraient être plus à risque de vivre de l’épuisement en raison des plus longues heures passées sur la route et de la solitude ressentie. «Ces derniers pourraient également ressentir davantage de stress puisque leurs habitudes quotidiennes sont bouleversées», poursuit-elle, faisant référence à l’accès restreint aux restaurants, aux toilettes et même aux installations des clients.

En général, toujours selon la Dre Crevier, la perception d’avoir peu de contrôle sur la situation actuelle – qui s’avère nouvelle et imprévisible – et le sentiment d’impuissance qui en découle peuvent exacerber le stress chez une grande proportion d’individus.

En ce qui concerne les difficultés causées par le confinement des employés de bureau contraints de travailler à domicile, elles peuvent varier selon le contexte de travail et de vie à la maison. «Il y a beaucoup de différences interindividuelles», ajoute-t-elle. «Lors du confinement à la maison, plusieurs facteurs peuvent influencer l’état psychologique, comme le statut d’emploi, la situation financière, le fait de vivre seul, la relation avec le ou la conjointe, la présence des enfants si les services de garde ne sont plus disponibles, etc.»

D’ailleurs, soulignons que plusieurs articles font état d’un nombre anormalement élevé de demandes de divorce en Chine, alors que la majeure partie du pays travaille à domicile depuis plus de deux mois.

Selon Myra Gravel Crevier, pour favoriser l’adaptation et la résilience, les gens pourraient concentrer leur énergie là où ils ont du contrôle, par exemple leur attitude et leur manière de vivre leur confinement. «Il semble pertinent de tenter de donner un sens global et individuel à la situation, et d’apprendre à tolérer l’inconfort de l’impuissance et de la perte des points de repère habituels», explique-t-elle, faisant allusion au sentiment de perte de contrôle et à la peur de l’imprévisible.

Elle insiste sur le fait qu’en période de confinement, les difficultés de cohabitation et le sentiment de solitude sont normaux. Toutefois, les personnes confinées ont l’occasion de réfléchir aux valeurs importantes à leurs yeux (par exemple, la famille) et de faire preuve de solidarité et de créativité dans leurs actions.

«On doit retrouver une certaine forme de routine, surtout avec des enfants, et se fixer de petits objectifs réalistes à chaque jour», conclut-elle. «De manière nouvelle et créative, il est possible de se tourner vers le virtuel pour répondre au besoin d’être connecté aux autres, comme participer à des 5 à 7 virtuels, et trouver de nouvelles activités stimulantes en famille. Plusieurs mouvements de soutien social et d’entraide ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux, notamment les arcs-en-ciel qui renforcent la résilience individuelle face à l’adversité et le sentiment de solidarité dans notre société.»

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