Décarbonation du transport LTL : la stratégie concrète de FedEx Freight

LAS VEGAS — À ACT Expo, le chef de l’exploitation et futur PDG de Fedex Freight, John A. Smith, a ramené la discussion sur la transition énergétique à une réalité bien connue des transporteurs : celle des opérations quotidiennes. La décarbonation progresse, mais elle doit s’intégrer à des réseaux complexes, à des contraintes de coûts et à des exigences de service qui ne laissent que peu de place à l’improvisation, prévient-il.

«La durabilité n’est viable que si elle a du sens sur le plan économique. On ne peut faire une différence que si l’on reste en affaires», a-t-il lancé d’entrée de jeu.

John Smith de Fedex Ground sur la grande scène d’ACT Expo. (Photo: ACT Expo 2026 // TRC Companies)

Une industrie en transformation accélérée

Fort de près de quatre décennies dans l’industrie du transport LTL, John A. Smith a pris du recul pour mesurer l’ampleur des changements en cours. Les opérations reposaient autrefois sur le papier et les CB, Aujourd’hui, l’industrie est plongée dans une transformation simultanée de ses technologies, de ses modèles d’affaires et de ses exigences environnementales.

«Le secteur du transport LTL traverse actuellement sa transformation la plus importante depuis des décennies», a-t-il affirmé, évoquant un environnement marqué à la fois par la pression des coûts, les attentes des clients et les impératifs de durabilité.

Dans ce contexte, les réseaux de transport, complexes par nature, ne peuvent pas être transformés du jour au lendemain. «Ils ne se transforment pas du jour au lendemain», a rappelé M. Smith, insistant sur la nécessité d’une approche structurée et disciplinée.

Avancer «un jeu à la fois»

Pour illustrer sa vision, John A. Smith a emprunté une analogie au football américain : les victoires ne reposent pas sur un seul jeu spectaculaire, mais sur une progression constante, quelques verges à la fois.

Cette philosophie se traduit concrètement par une accumulation d’améliorations : chaque gain d’efficacité, chaque mile plus propre, chaque optimisation du réseau contribue à faire avancer l’ensemble de l’industrie.

Contrairement à certains, FedEx Freight ne mise pas sur une technologie unique pour décarboner ses opérations. L’entreprise adopte plutôt une approche multi-technologique, adaptée aux réalités de ses différents segments d’activité.

Dans l’immédiat, le gaz naturel comprimé (CNG) occupe une place centrale dans sa stratégie.

«L’utilisation de moteurs au GNC alimentés par du gaz naturel renouvelable nous permet de réduire dès aujourd’hui et de façon importante notre empreinte carbone», a expliqué M. Smith, soulignant qu’il s’agit d’une solution «prête à l’emploi» compatible avec les exigences opérationnelles du LTL.

Du côté des véhicules électriques, leur déploiement se concentre pour l’instant sur les opérations locales, où les contraintes d’autonomie et d’infrastructure sont plus faciles à gérer.

«Nous intégrons ces unités là où l’autonomie est prévisible et où la recharge peut être assurée de manière plus constante», a-t-il précisé.

Quant à l’hydrogène ou aux technologies hybrides, elles demeurent à l’étude, mais leur adoption dépendra de leur capacité à répondre aux exigences élevées d’utilisation des flottes.

«Nous avons besoin que ces technologies soient, tout simplement, un camion comme les autres », a résumé M. Smith.

L’efficacité avant tout

Au-delà des motorisations, une grande partie des gains environnementaux passe par l’optimisation des opérations existantes. Et c’est là que FedEx Freight concentre une part importante de ses efforts. L’entreprise a notamment mis en place une stratégie « le bon camion pour la bonne route », visant à adapter chaque matériel roulant à son cycle d’utilisation. Elle mise également sur l’optimisation des itinéraires et la planification dynamique pour réduire les kilomètres parcourus et la consommation de carburant.

Autre levier majeur : l’intégration du transport ferroviaire. «Le transport ferroviaire permet de réduire les émissions jusqu’à 75 % par tonne-mille pour le fret longue distance», a souligné M. Smith.

Résultat : en cinq ans, FedEx Freight a éliminé 187 millions de milles de transport longue distance de son réseau, soit une réduction d’environ 5 %.

La révolution des données

Si un élément transforme en profondeur le transport LTL aujourd’hui, c’est bien l’utilisation des données. «L’intelligence artificielle transforme le transport de marchandises, en le faisant passer d’un modèle basé sur des analyses a posteriori à une visibilité en temps réel », a expliqué M. Smith.

Grâce à l’intelligence artificielle et à l’analytique prédictive, FedEx Freight est désormais en mesure d’anticiper la demande, d’optimiser ses capacités et de réduire les inefficacités. Ces outils permettent notamment une meilleure planification des opérations; une réduction des miles à vide; une amélioration de l’utilisation des remorques; et une fiabilité accrue du service

Ils ouvrent aussi la porte à une maintenance prédictive, où les interventions sont effectuées avant les pannes plutôt qu’après.

«Cela permet de réaliser des économies et d’optimiser les ressources, dans un contexte où chaque minute compte», a résumé M. Smith.

La sécurité comme fondation

Dans cette transformation, la sécurité demeure la priorité absolue. FedEx Freight a investi massivement dans les technologies d’aide à la conduite : freinage actif, détection des angles morts, systèmes anticollision, caméras et assistance au maintien de voie.

Ces outils agissent comme «un autre ensemble d’yeux» pour les conducteurs, contribuant à réduire les risques sur la route. Les résultats sont concrets : l’entreprise a enregistré une baisse de 30 % des accidents au cours des cinq dernières années.

Une amélioration qui a des retombées directes sur les opérations, en réduisant les délais, les coûts et les interruptions de service.

Une transformation qui dépasse les camions

La stratégie de durabilité de FedEx Freight ne se limite pas à la flotte. Elle s’étend également aux installations et aux opérations internes.

L’entreprise investit dans l’efficacité énergétique des bâtiments (éclairage DEL, systèmes de climatisation/chauffage); l’électrification des équipements de manutention; les infrastructures de recharg; et les programmes de recyclage

Aujourd’hui, 92 installations sont reconnues comme «instalations vertes», et l’entreprise multiplie les initiatives pour réduire son empreinte globale.

Une question de discipline

Au final, John A. Smith a insisté sur un point souvent sous-estimé : la réussite de cette transition repose moins sur une percée technologique que sur une exécution rigoureuse. «Pour adapter rapidement une grande flotte, il faut de la discipline», a-t-il résumé, évoquant l’importance de la standardisation, de la formation et de la collaboration avec les partenaires technologiques. Dans un secteur où les marges sont serrées et les opérations complexes, chaque décision compte.

Et pour FedEx Freight, la feuille de route est claire : avancer, étape par étape, en misant sur des solutions concrètes, testées et rentables. Parce qu’au bout du compte, comme l’a rappelé M. Smith, «faire avancer le ballon» reste la seule stratégie gagnante.


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