Des enseignants mis à pied manifestent devant le CFTR

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MIRABEL, le 19 mai 2020 – Une quarantaine d’enseignants du Centre de formation en transport routier (CFTR) de Saint-Jérôme ont manifesté ce matin, calmement et en respectant la distanciation sociale, contre la décision de leur employeur de les mettre à pied, invoquant l’impossibilité de démarrer de nouvelles cohortes en transport par camion en raison de la COVID-19. L’annonce leur aurait été faite par courriel vendredi dernier.

Cette décision pourrait avoir comme effet de retarder l’arrivée de centaines de nouveaux détenteurs d’un permis de classe 1, craignent les enseignants.

«Nous sommes les seuls enseignants au Québec à être mis à pied», s’indigne Marco Aubin, enseignant au CFTR.  «Le gouvernement a dit qu’en temps de COVID, les enseignants seraient payés jusqu’en septembre, quitte à faire d’autres tâches. Aujourd’hui, nous sommes près de 90 enseignants mis à pied.»

Les enseignants ont manifesté dans le calme, portant le couvre-visage et respectant la distanciation. (Photo: Jocelyn Lepage)

«Nous préparions le retour à l’école via Zoom depuis deux semaines», poursuit-il. « La semaine dernière, la direction nous a informés qu’on n’aurait peut-être pas besoin de nous parce qu’il manque des élèves. C’est faux. Présentement, les 24 élèves de ma classe ne savent même pas ce qui se passe. Il y a une quinzaine de groupes de cette taille inscrits au DEP en transport par camion au CFTR présentement. Il leur reste trois ou quatre jours à faire sur la route pour terminer leur module. »

Comme tous les autres élèves de la province, ceux du CFTR ont dû interrompre leur formation le 13 mars dernier en raison de la COVID-19. L’institution se trouvant en zone froide, les enseignants s’attendaient à revenir en poste le 19 mai dans le cadre d’une reprise graduelle. «Il reste encore sept centres de formation du CFTR ouverts sur 13. La formation professionnelle dans les zones froides recommençait officiellement aujourd’hui», de dire Marco Aubin.

Les mises à pied auront des répercussions sur l’arrivée de nouveaux titulaires de permis de classe 1 dans l’industrie, estime M. Aubin. « Aujourd’hui seulement, 200 élèves vont être retardés dans l’obtention de leur permis de classe 1 en raison des mises à pied. Si on ne nous réengage pas en septembre, entre 800 et 1000 élèves n’obtiendront pas leur permis d’ici la fin de l’année.»

Marco Aubin est d’avis que les entreprises de camionnage ont besoin de camionneurs malgré la pandémie. «Les entreprises annoncent [des offres d’emploi]encore et embauchent encore. Elles manquaient de chauffeurs avant que ça arrive, et il va en manquer encore », soutient-il, ajoutant qu’il avait lui-même conduit toute la journée le 18 mai. « J’ai été conduire hier, et j’aurais pu conduire cinq camions en même temps si j’avais pu parce qu’il y a un besoin quand même.»

Sur son site web, le CFTR annonce que la réouverture du centre de formation est prévue le 25 mai, invite les élèves à prendre connaissance des messages sur leur boîte courriel personnelle et indique que la réouverture des établissements sera déterminée en fonction de l’évolution de la situation.

«L’octroi de contrats pour les enseignements du CFTR est basé sur des prévisions de clientèle », nous a indiqué Nadyne Brochu, conseillère en communications à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, à laquelle le CFTR est rattaché. «Les heures anticipées sont ajoutées au contrat. C’est une façon de faire qui est en place depuis plusieurs années et qui est à la satisfaction de tous. Mais ces prévisions n’ont pas été atteintes cette année parce qu’il n’y a pas de nouvelles cohortes actives au CFTR. En ce moment, il n’y a que les élèves inscrits avant la crise de la COVID qui sont actifs.»

Mme Brochu précise qu’il y a de la demande pour la formation en transport par camion, mais qu’il n’est pas possible de créer de nouvelles cohortes présentement, notamment en raison des incertitudes associées à la pandémie.

«L’objectif maintenant, c’est de permettre aux élèves qui étaient là avant le 13 mars de finir leur formation, en respectant les mesures qui nous sont imposées par les autorités sanitaires évidemment», argue Mme Brochu, ajoutant qu’on a gardé les effectifs nécessaires pour finaliser la formation des élèves actuellement inscrits.»

«Nous reconnaissons que la situation est malheureuse, mais la direction de l’établissement espère trouver rapidement sa vitesse de croisière pour pouvoir réengager tout le monde. Nous allons évaluer la situation et nous espérons un rétablissement à courte échéance», conclut Nadyne Brochu.

 

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