Des stages payés attirent plus de candidats mécaniciens de camions dans la région de Québec

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Lévis et la grande région de Québec sont le théâtre d’un beau succès, lié à une nouvelle approche en formation de mécaniciens de véhicules lourds, appelée DUAL. Comme son nom peut le laisser deviner, les techniciens mécaniciens en devenir apprennent tout autant à l’occasion de stages rémunérés 15 $ l’heure en milieu de travail qu’en classes régulières.

Plutôt que d’absorber du contenu théorique pendant 1 800 heures avant de faire un stage de 120 heures, l’apprentissage des étudiants se fait à parts égales en alternance travail-études, avec 900 heures en entreprise et 900 en classe.

Ils sont payés pour 1 000 heures, ce qui leur garantit un revenu de 15 000 $ pendant leur formation. Cette rémunération est subventionnée par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec (MTESS). Les recrues peuvent ajouter à ce montant – et à leur expérience en mécanique de véhicules lourds – en travaillant pour l’employeur à qui ils sont jumelés pendant leurs temps libres.

L’initiative, unique au Québec, en était au stade de projet pilote l’an dernier et, devant sa réussite, le gouvernement a décidé d’en reconduire le financement pour l’année scolaire actuellement en cours.

Yvan Carrier, François Renaud et Daniel-Étienne Vachon, du CFMVL, ont mis sur pied la formule DUAL de formation de mécaniciens de véhicules lourds dans la région de Québec.

C’est le Comité paritaire des services automobiles de Québec et le Centre de formation en mécanique de véhicules lourds (CFMVL) de Lévis qui sont l’âme de ce projet, en collaboration avec les entreprises de camionnage, concessionnaires de camions et garages indépendants qui accueillent les stagiaires.

L’objectif visé par la formule DUAL rémunérée a été atteint : le bassin de candidats au diplôme d’études professionnelles (DEP) en mécanique de véhicules lourds s’est élargi puisqu’il permet à des gens déjà sur le marché du travail de réorienter leur carrière tout en pouvant continuer de payer le loyer et autres factures.

Si les employeurs bénéficient d’une main-d’œuvre motivée et dont le salaire est assumé par l’État, ils doivent néanmoins faire leur part et adapter le contenu des stages qu’ils proposent en fonction du cheminement académique des élèves. Si un ou une stagiaire en est à l’étape des roulements de roues à l’école, on ne lui demandera pas de démonter une transmission en milieu de travail.

« La différence, c’est qu’ils vont voir la matière et ensuite ils vont venir l’appliquer pendant deux ou trois semaines en entreprise. C’est beaucoup plus dans le concret », indique en entrevue à Transport Routier Isabelle Langlois, directrice des ressources humaines chez Kenworth Québec, qui participe au programme.

De l’école à l’emploi

C’est chez ce concessionnaire que Jonathan Ouellet-Carrier, 22 ans, a fait son stage et il en est maintenant un employé à temps plein du département de service. « C’est le but ultime. On veut qu’ils prennent nos couleurs, on veut les garder à la fin », ajoute Mme Langlois au sujet de l’embauche du jeune homme.

Jonathan dit avoir apprécié la formule d’alternance travail-études, notamment en raison de la confiance en soi qu’elle permet de bâtir. « On apprend au fil du temps puisqu’ on revoit les même composantes », dit-il, ajoutant que la matière est ainsi plus facile à assimiler.

Cela amène en retour une toute nouvelle dynamique lorsque les étudiants reviennent en classe, forts de l’expérience acquise en milieu de travail. « On se fait challenger des fois. On a des questions qu’on n’a pas habituellement parce qu’ils ont eu un contact avec le système en question et sont capables de se faire une tête», indique François Renaud, conseiller pédagogique et enseignant au CFMVL.

La formule DUAL produirait même de meilleurs mécaniciens à leur sortie du DEP, selon Karen Lapierre, responsable de l’atelier mécanique de Garage Gilmyr, division de Transport Gilmyr à Montmagny. « Un mécanicien en projet DUAL évolue plus rapidement qu’un mécanicien qui suit un DEP ordinaire », estime-t-elle. « C’était son rêve d’être mécanicien », ajoute-t-elle au sujet d’Olivier Dufour qui a été stagiaire chez Gilmyr avant d’y être un employé en bonne et due forme et l’un des champions des diagnostics selon sa patronne.

Olivier Dufour (à droite sur la photo) a bénéficié de l’accompagnement du contremaître Olivier Bilodeau chez Transport Gilmyr.

L’aspect camaraderie entre les stagiaires lorsqu’ils reviennent à l’école pour une période de formation n’est pas non plus à négliger. « On revenait d’un stage et tout le monde parlait de ce qu’ils avaient vécu », témoigne Jonathan Ouellet-Carrier, qui n’hésite pas à recommander cette formule travail-études à d’autres jeunes et moins jeunes qui seraient tentés par l’aventure.

« Il ne faut pas être effrayé de partir de rien, même si on n’a jamais touché à un ratchet de sa vie », conclut-il.

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