Du cockpit d’avion à la cabine de camion

«Mon parcours explique pourquoi je suis ici, maintenant», lance d’entrée de jeu Jean-Charles Fleury, camionneur pour
Transport Chalut 2000 à Bedford.

Ce parcours, c’est celui d’un passionné d’aviation qui, après une longue carrière de pilote professionnel, a choisi de troquer son avion pour un camion. «Je suis passionné d’aviation. Ma femme, Marie-Josée, m’a beaucoup aidé à vivre cette passion alors que j’étais aux études», tient à souligner M. Fleury, 54 ans, résident de SaintJean-sur-Richelieu. «Mais mon parcours de pilote a toujours été jalonné de difficultés», constate-t-il.


Il a fait sa formation de pilote dans les années 1990. Alors qu’il était sur le point de terminer sa formation sur simulateur pour obtenir sa licence de pilote commercial, l’école a fermé ses portes. L’épreuve a été d’autant plus difficile qu’il avait déjà payé 7 500 $ avec ses économies pour une formation qu’il n’a jamais reçue.

Puis il y a eu les attentats du 11 septembre, qui ont eu pour effet d’arrêter complètement le transport aérien.

En 2010, il a piloté un Beechcraft A100 King Air pour une entreprise qui assurait la patrouille aérienne contre les incendies dans le nord du Québec. «Un matin, je suis arrivé à l’aéroport de Saint-Hubert et mon avion n’était pas là. Il avait été donné à un autre équipage à Québec. Le matin même, le 23 juin 2010, mon avion s’est écrasé, coûtant la vie aux deux pilotes et à cinq passagers. Ça m’a donné un coup.»

Jean-Charles Fleury: camionneur pour Transport Chalut 2000. (Photo: courtoisie)


M. Fleury a piloté pendant quelque temps des avions d’affaires, un travail qui exige un service à la clientèle avec des gants blancs, ce qui lui sert à merveille dans son travail de camionneur.

De 2014 à 2020, il a piloté pour Aviation CMP, mais la pandémie de COVID-19 est arrivée, assénant un autre coup dur à son parcours dans l’aviation.

Auparavant, il avait œuvré pour une société qui souhaitait faire certifier un appareil amphibie. «Le grand patron, sachant que j’étais pilote, m’avait mis en charge des tests. Mais au vu de certaines choses, j’avais un mauvais feeling. Et, effectivement, trois mois après ma démission, le pilote d’essai s’est tué et la compagnie a fermé.»

Mais cet emploi a joué un rôle majeur dans le parcours de Jean-Charles Fleury. Entre autres tâches, il devait transporter
une maquette de l’appareil dans différents salons aériens au volant d’un camion cube tractant une remorque fermée. «La longueur des deux véhicules bout à bout était comparable à celle d’un semi-remorque», se souvient-il. Mais il se rappelle surtout du plaisir qu’il a éprouvé au volant du camion cube.

«Dans une vie, on a toujours des moments intéressants, des moments dont tu te souviens tout le temps. Et ça, pour moi, c’en était un.»


L’arrêt des activités aériennes en raison de la pandémie de COVID-19 a donné le coup de grâce. «L’aviation, c’est une passion, mais ce n’est peut-être que ça, une passion», réalise-t-il. «Quand ta passion finit par te faire mal à chaque fois… Tu reviens dans tes souvenirs et tu essaies de retrouver ce qui t’a apporté du bonheur. Est-ce qu’il y a autre chose que je pourrais faire? Et là, il y a le petit camion cube qui te revient en tête.»


Jean-Charles Fleury avait déjà dit que si, un jour, l’aviation ne fonctionnerait plus, il retournerait dans un camion. Le hasard faisant bien les choses, le gouvernement du Québec a annoncé des subventions en lien avec la formation en camionnage, en plein au moment où M. Fleury était en processus de réorientation. Il s’est donc inscrit au Centre de formation en transport routier à Saint-Jean-sur-Richelieu au printemps 2020, puis a obtenu son diplôme et sa classe 1.

«On retrouve de tout dans le camionnage», souligne-t-il. Il conduit un camion-citerne pour Transport Chalut 2000.
L’entreprise lui offre ce qu’il recherchait : elle lui permet de revenir chez lui chaque soir, elle est sérieuse et sécuritaire, et l’équipe est agréable à côtoyer.

Il voit beaucoup de similitudes entre son ancien métier et son nouveau. «Je faisais ma vérification mécanique avant de décoller avec mon avion, je fais ma ronde de sécurité sur mon camion. Je pressurisais ma cabine d’avion, je pressurise ma citerne», blague-t-il. Il faut respecter un log book en tant que pilote d’avion, c’est la même chose avec mon emploi actuel, dit-il. Et il y a la météo et la réglementation.


Mais une chose est plus simple dans le camionnage! «En tant que pilote, je devais m’occuper moi-même de toute la paperasse en lien avec les douanes. Chez Chalut, quelqu’un fait tout ça pour moi. Je n’ai qu’à présenter mes papiers. En
cinq minutes tout est fait!», lance-t-il.


Avec le camionnage, le «commandant» Fleury a trouvé une nouvelle passion, et s’est donné un nouveau parcours.

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 25 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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  • Bonjour Steve, ici Martin Gendron directeur du Terminal de Transport Chalut 2000, j’ai lu hier ton reportage sur Jean Charles Fleury, et j’ai trouver cela très intéressant et bien écrit, hier j’avais une présentation au CFTR de St-Jean sur Richelieu et j’ai mentionner ton reportage en classe et a leur enseignent Jean Eudes Richard et je crois que plusieurs iront consulter ton reportage.
    Merci et bonne semaine

    • Bonjour M. Gendron,
      Merci beaucoup d’avoir pris le temps de m’écrire ce message! Je suis très heureux que vous ayez aimé l’article et merci d’en avoir fait mention aux étudiants du CFTR. C’est très gratifiant! Rencontrer Jean-Charles et écrire sur lui a été une expérience fort intéressante! Une personne solide! Au plaisir de peut-être vous rencontrer en pesonne un jour! Steve