Électrifier les travaux municipaux et d’utilité publique… avec ou sans camion électrique

L’entreprise québécoise Gamotech et son partenaire Cleo, spécialiste de l’électrification des transports, ont entrepris de redéfinir la façon de voir les camions outils qu’utilisent les municipalités ou les entreprises d’utilité publique comme Hydro-Québec ou Énergir, ou encore les sociétés de télécoms comme Vidéotron ou Bell.

La façon traditionnelle de faire des travaux d’infrastructures souterraines ou aériennes est d’envoyer une équipe à bord d’un camion diesel et, une fois sur le site des réparations à effectuer, d’utiliser la prise de mouvement (PTO) du moteur qui tourne au ralenti pour faire fonctionner différents outils, consommant du carburant et dégageant des émissions de GES.

Il y a toujours l’option de faire la même chose avec un camion entièrement électrique, mais ceux-ci sont beaucoup plus coûteux.

Vue de côté d’un Peterbilt porteur sur lequel est déposé un atelier mobile électrifié de Gamotech.
Cette unité est destinée à la Ville de Victoriaville. (Photo : Gamotech)

Solution : séparer les outils et l’espace de travail du camion en en faisant un atelier mobile électrifié autonome, fournissant aux travailleurs, en plus d’une nacelle, des sources d’énergie électrique, pneumatique et hydraulique alimentées par une batterie haute tension. Cet atelier mobile est par ailleurs climatisé l’été et chauffé l’hiver pour assurer le confort des ouvriers.

Le fourgon de travail peut être déposé sur un camion porteur – à combustion interne ou électrique – ou sur une remorque qui sera tractée par un camion qui, une fois le chantier mobile en place, pourra se rendre ailleurs et être affecté à une autre mission plutôt qu’être immobilisé et ne servir que de source d’énergie auxiliaire.

« Pour les applications où le véhicule n’est pas nécessaire pendant les travaux, c’est beaucoup plus économique de déconnecter l’atelier de travail, de le laisser sur le chantier et de libérer le véhicule pour faire d’autres travaux ailleurs et revenir plus tard chercher l’unité de travail », explique Olivier Brault, PDG de Gamotech, à l’occasion d’une entrevue à Transport Routier.

« Nous, notre but, c’est d’arrêter la consommation du camion, des génératrices ou des compresseurs lorsque le véhicule est arrêté. La grosse économie, en argent et en pollution, c’est vraiment lors des travaux et non lors des déplacements », souligne M. Brault au sujet de ces unités qui font de 14 à 24 pieds de longueur.

Remorque sur laquelle est déposé un atelier mobile électrifié de Gamotech.
Les ateliers mobiles peuvent être installés sur des remorques et être d’une longueur allant jusqu’à 24 pieds. (Photo : Gamotech)

Cinq prototypes ont été développés jusqu’à maintenant. Quatre d’entre eux sont installés sur des remorques et destinés à des municipalités, un autre est déposé sur un camion Peterbilt de poids moyen de la Ville de Victoriaville.

« Nous on se concentre sur l’électrification en premier lieu de toute leur puissance auxiliaire », résume le président de Gamotech au sujet des services d’utilité publique et des municipalités de partout en Amérique du Nord que son entreprise courtise.

Gestion du courant et alimentation du réseau

La recharge rapide (niveau 3) et la télémétrie permettent un suivi en temps réel. En partenariat avec Cleo, le projet intègre une gestion intelligente de la charge. Le système tient compte des cycles d’utilisation, des besoins opérationnels et des contraintes réseau.

Ces ateliers mobiles pourraient même donner un coup de pouce au réseau d’Hydro-Québec en lui transférant, en tout ou en partie, leur courant, ce qu’il est convenu d’appeler du V2G (Vehicle to Grid).

« Vidéotron a 500 camions, Hydro-Québec en a 2 000. Ça crée une grosse flotte pleine de batteries », illustre M. Brault au sujet de ces camions présentement dotés de batteries 12 volts conventionnelles, ne servant qu’au démarrage et à l’alimentation de petits accessoires.

« Nous, en mettant un système à plus haut voltage qui permet d’électrifier tous leurs travaux au complet, la nacelle, le chauffage et la climatisation, ça permet d’ouvrir la porte au V2G, leurs flottes deviennent comme des centres d’échange énergétique », s’enthousiasme le président de Gamotech, dont le siège social est à Blainville.

Québec investit dans le projet

Via InnovÉÉ, le regroupement sectoriel de recherche industrielle, le gouvernement du Québec a choisi d’injecter un million de dollars d’appui financier au projet du tandem Gamotech-Cleo, évalué à près de 2,4 millions $.

L’annonce en a été faite la semaine dernière, dans le cadre du même événement où Québec confirmait son implication financière dans le projet de recyclage de moteurs de véhicules électriques piloté par Dana TM4 et NeoCtech.

« Cette solution démontrera le potentiel énergétique des flottes pour les infrastructures publiques. Elle contribuera à la transition énergétique et à la résilience du réseau nord-américain », peut-on lire dans la description de projet soumise par Gamotech et Cleo à InnovÉÉ pour l’obtention de financement.


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