« Faire sa place dans le camionnage n’est pas une question de genre, mais de crédibilité. »

Steve Bouchard

Ne vous laissez pas méprendre par son air réservé et sa voix douce, Karine Goyette est l’une des femmes les plus influentes dans l’industrie québécoise du camionnage. À 40 ans, elle est vice-présidente exécutive de C.A.T. inc., présidente du Conseil de l’Association du camionnage du Québec (ACQ) et elle cumule déjà un riche parcours professionnel.

Mme Goyette s’est jointe à C.A.T. très jeune, en 1995. Son père et fondateur de C.A.T., Daniel Goyette, occupe la présidence de la compagnie, alors que Karine et sa sœur Annie sont toutes deux vice-présidentes exécutives. Elle se concentre davantage sur les opérations alors qu’Annie évolue du côté des ventes.

«Nous vivons beaucoup de changements», souligne Mme Goyette d’entrée de jeu, en parlant des importantes acquisitions que C.A.T a faites récemment au Canada et aux États-Unis.

Karine Goyette est la troisième femme présidente du Conseil d’administration de l’ACQ, après Louise Pelletier, en 1986, et Victoria Deans en 2014.

«C.A.T. était une entreprise low profile à une certaine époque mais, si nous voulons faire avancer les choses, nous devons nous impliquer. Critiquer n’apporte pas de solutions», explique Karine Goyette.

Karine Goyette est la troisième femme présidente du Conseil d’administration de l’ACQ. (Photo: Priscilla Kallio)

Trilingue, son implication personnelle dans l’industrie a commencé tôt dans sa carrière et a dépassé les frontières du Québec. Sa formation compte un programme d’échange à l’Institut de technologie et d’études supérieures de Monterrey au Mexique.

De 2014 à 2017, elle a siégé au Conseil d’administration de la Trucking Profitability Strategies Conference de l’université de Géorgie. «Quand ma sœur et moi avons commencé à assister à cette conférence, en 2008, dans une salle de quelque 350 personnes, il y avait peut-être cinq femmes. C’était un peu intimidant de nous retrouver parmi ces gros transporteurs américains», se rappelle-t-elle.

En 2015, elle a siégé au Conseil d’administration de l’Ontario Trucking Association. «C’est là que j’ai réalisé tout ce que les associations faisaient pour l’industrie», confie-t-elle.

Ensuite, on l’a pressentie deux fois pour occuper la présidence du Conseil de l’ACQ. «Je trouvais que c’était une belle opportunité pour moi mais, la première fois, j’étais enceinte de ma fille qui a maintenant trois ans. La deuxième fois, mon conjoint et moi savions que nous voulions un deuxième enfant. J’ai réfléchi et j’ai accepté car le moment était opportun.» Incidemment, ce deuxième enfant, un garçon, verra le jour à peu près au même moment où vous lirez ces lignes.

«Le défi de la présidence allait me sortir de ma zone de confort, complètement. Alors je me suis lancée.»

Que l’on soit une femme ou un homme à la tête d’une entreprise de camionnage, une priorité demeure pour Mme Goyette : la crédibilité. «Quand nous allions en Géorgie Annie et moi, nous étions dans la fin de la vingtaine. Il y avait une certaine curiosité. Les gens venaient à nous et ils voyaient que nous savions de quoi nous parlions. La question est de savoir si la personne est compétente et crédible, et non pas si c’est un homme ou une femme.»

Avant le lancement du programme de Camo-route, C.A.T. faisait déjà partie du programme américain Women in Trucking et était en avance sur l’industrie quant à la présence de conductrices dans l’entreprise. «Nous avions 7 % de femmes conductrices chez C.A.T. SHL Transport, que nous venions d’acquérir, était à 0,7 %.»

L’arrivée de Karine Goyette à la présidence du Conseil de l’ACQ, en 2019, a concordé avec le lancement du programme de Camo-route «Conductrices de camions : objectif 10 %», visant à faire passer de 4 % à 10 % le nombre de conductrices de camions au Québec (voir l’encadré). Et ce programme est d’un grand intérêt pour elle.

Avant le lancement du programme de Camo-route, C.A.T. faisait déjà partie du programme américain Women in Trucking et était en avance sur l’industrie quant à la présence de conductrices dans l’entreprise. «Nous avions 7 % de femmes conductrices chez C.A.T. SHL Transport, que nous venions d’acquérir, était à 0,7 %.»

La compagnie a mis en place des mesures visant à favoriser l’arrivée de femmes au volant. Par exemple, les cycles de travail pour le transport longue distance aux États-Unis sont passés de 10 jours sur la route/4 jours à la maison à 5 jours/2 jours.

C.A.T. a effectué un sondage auprès de ses camionneurs, hommes et femmes, pour savoir ce qui pourrait être amélioré. Ce qui est ressorti plus fortement en ce qui a trait aux femmes, c’est qu’elles recherchent prioritairement un environnement sécuritaire, surtout quand il est question d’aller aux États-Unis. Elles veulent se sentir en sécurité et prendre des mesures autres que celles qu’un homme camionneur prendrait. Par exemple, avoir une toilette dans leur camion plutôt qu’aller à la salle de bains d’un truck stop en pleine nuit. Et elles veulent trouver une place où stationner avant qu’il fasse nuit.

Mme Goyette évalue qu’aux opérations, les femmes composent la moitié du personnel. L’équipe de gestion demeure néanmoins majoritairement masculine. «Le camionnage n’est peut-être pas encore très connu des femmes gestionnaires comme une industrie où il y a beaucoup de potentiel. Il est important de les sensibiliser aux possibilités qu’elle leur offre.»

«Les statistiques disent que les femmes ont besoin de sentir qu’elles ont 70 % des capacités avant de postuler un emploi de plus haut niveau, alors que, pour les hommes, c’est de 25 à 30 %. Il y a peut-être un manque de confiance qui empêche des femmes de se dire, « je suis capable de faire ça ».»

C.A.T. accueillera ce mois-ci une cohorte presque toute féminine, six femmes et deux hommes, dans le cadre du DEP en transport par camion en alternance travail-étude (ATE) du CFTR. «Cela a été un défi d’attirer six femmes pour une cohorte, mais nous avons réussi», conclut Karine Goyette, un brin de fierté bien légitime dans la voix.





        
Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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