Formation obligatoire des chauffeurs de niveau débutant : Le Québec appuie les autres provinces malgré sa longueur d’avance

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Plusieurs intervenants de l’industrie du camionnage au pays travaillent depuis plusieurs années déjà à la mise en place d’un programme pancanadien de formation obligatoire des chauffeurs de niveau débutant, afin d’assurer une certaine constance de la maîtrise des compétences essentielles chez les chauffeurs de poids lourds fraîchement diplômés. C’est notamment le cas de l’Alliance canadienne du camionnage (ACC), qui regroupe les associations provinciales de l’industrie, et de Ressources humaines camionnage Canada.

Jusqu’à récemment, seule l’Ontario était dotée d’un tel programme. L’Alberta vient d’annoncer qu’elle fera bientôt de même, dans la foulée des événements tragiques de Humboldt où s’est produit un accident mortel impliquant un camion poids lourd et un autocar transportant des joueurs de hockey.

Une réunion de l’ACC s’est tenue à la fin septembre à Banff en Alberta et la question de la formation obligatoire des chauffeurs de niveau débutant figurait à l’ordre du jour, indique Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec (ACQ). Le Québec y a appuyé la démarche des associations des autres provinces canadiennes, même si la problématique ne se présente pas chez nous avec la même acuité, ajoute-t-il.

« Nous ne sommes pas dans la même détresse que les autres provinces qui, elles, n’ont aucun cadre offrant cette formation de 615 heures. Elles ont toutes sortes d’écoles privées donnant toutes sortes de formations, dont certaines sont parfois questionnables, » déclare le PDG de l’ACQ.

Le Québec est en effet la seule province à disposer d’un réseau public d’enseignement destiné aux apprentis camionneurs avec le Centre de formation du transport routier (CFTR) de St-Jérôme et le Centre de formation en transport de Charlesbourg (CFTC) et leurs établissements satellites. Les finissants en sortent avec un diplôme d’études professionnel (DEP) reconnu par le ministère de l’Éducation, après un programme de formation de 615 heures.

À titre de comparaison, le programme obligatoire de l’Ontario ne compte que 103,5 heures de formation. Dans d’autres provinces, c’est plus ou moins la loi du marché qui prévaut, comme la démontré un récent reportage de la CBC, où un journaliste incognito a pu obtenir son diplôme de routier après à peine 16 heures de formation auprès d’une école privée de la Saskatchewan, avant d’être recalé à son évaluation sur route en Ontario.

Maîtrise des connaissances et compétences

Cela dit, le nombre d’heures de formation dispensée ne saurait être garant à lui seul de la réussite des recrues au sein de l’industrie du camionnage. C’est la raison pour laquelle l’initiative de normalisation des programmes de formation vise l’atteinte de normes comparables partout au Canada, sans égard à la méthode utilisée ou au nombre d’heures consacrées à l’atteinte de ces standards de connaissances et de compétences.

L’important, c’est que les formations de partout au pays reposent sur les exigences des normes professionnelles nationales (NPN), explique Angela Splinter, directrice générale de Ressources humaines camionnage Canada en entrevue à Transport Routier.

« Ce que nous souhaitons, c’est une harmonisation dans l’approche, pas dans la réglementation », déclare Mme Splinter.

De toute manière, il serait illusoire d’espérer que l’ensemble des provinces canadiennes optent pour un régime public subventionné tel qu’il existe au Québec, en raison des coûts qu’il représente pour l’État. Le président-directeur général de l’ACQ admet d’ailleurs que les joyaux que représentent les CFT seraient probablement très difficiles à mettre en place de nos jours. « Ça a été fait à une autre époque », dit-il au sujet des investissements massifs du Québec en formation professionnelle.

De façon générale, les entreprises de transport du pays appuient cette démarche d’une normalisation des compétences minimales s’appuyant sur les NPN, parce qu’elle permettrait de fermer des écoles privées douteuses que plusieurs n’hésitent pas à qualifier « d’usines à chiots » parce qu’on y diplôme de futurs routiers à la chaîne sans trop d’égard à leur réelle maîtrise des rudiments du métier.

Ce sont ces apprentis chauffeurs mal outillés qui sont notamment à la source des hausses de primes d’assurances en raison du niveau de risque plus élevé qu’ils représentent, souligne Marc Cadieux. Ce sont également ces routiers à rabais qui contribuent à l’image négative du métier, dissuadant plusieurs jeunes et moins jeunes de joindre les rangs de l’industrie du camionnage et exacerbant encore davantage la pénurie de chauffeurs dont souffre cruellement ce secteur d’activité.

C’est d’ailleurs en raison de leur meilleure réputation auprès des assureurs que les flottes du Québec préfèrent de loin embaucher des recrues formées par le réseau public québécois, soit environ 2 000 diplômés par an. L’embauche privilégiée de diplômés des CFT était d’ailleurs à l’ordre du jour de la dernière réunion du Conseil d’administration de l’ACQ, précise le PDG de l’Association.

La mise sur pied d’une formation obligatoire s’appuyant sur des normes similaires partout au pays permettrait également de rétablir une forme d’équilibre concurrentiel dans les dépenses que doivent engager les entreprises de camionnage en matière d’accompagnement des nouveaux chauffeurs avant de les laisser prendre la route par eux-mêmes. Il va de soi qu’une recrue dotée d’une solide formation à son arrivée en entreprise prendra moins de temps (et coûtera moins cher) à s’acclimater avec les normes de sécurité et particularités (types de camions, d’itinéraires, de marchandises transportées) de l’entreprise qui les embauche.

Et comme le maraudage fait rage entre les compagnies de transport qui s’arrachent les chauffeurs disponibles, la standardisation de leur niveau d’employabilité à la sortie des écoles éviterait que des transporteurs d’une province viennent s’approvisionner en chauffeurs formés avec les fonds publics d’une autre.

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2 commentaires

  1. Bonjour

    On se connait probablement, je suis DG de l’association des routiers professionnel du Québec. Depuis 2013 que nous poussons pour la formation obligatoire au Québec. Nous avons déposé depuis un mémoire à la SAAQ et Marc Cadieux en a reçu une copie. Si vous êtes interessé a en savoir plus long n’hésitez pas à me contacter

  2. Je ne peux qu’appuyer une telle uniformisation tout en rappelant que le DEP transport par camion n’est pas offert que par le réseau public et que notre école, quoique privée réussit à former d’excellents candidats qui de plus sont évalués par les évaluateurs de la SAAQ et non pas par les enseignants qui leur ont offert la formation. Il est aussi important de mentionner que le DEP n’est pas la seule avenue possible et que lorsqu’on parle de formation privée on ne parle pas que de rouler dans le circuit de la SAAQ avec une remorque déjà attelée pendant 20 heures.

    Isabelle Robillard, directrice d’Extra Centre de formation, école privée offrant

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