Formation des conducteurs et incitatifs pour réduire les coûts de carburant

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Le comportement des conducteurs demeure le principal levier dont disposent les flottes pour améliorer à la fois l’efficacité énergétique et la sécurité. Toutefois, modifier les habitudes à grande échelle nécessite une combinaison de formation, de données et d’incitatifs significatifs.

C’est ce qui ressort d’un panel tenu lors du salon Truck World de Toronto, où les intervenants ont souligné que le carburant représente environ 30% des coûts d’exploitation d’une flotte. Ainsi, même de modestes améliorations peuvent avoir un impact financier significatif pour les transporteurs.

«On peut économiser jusqu’à 35% de carburant entre un conducteur qui adopte de très mauvaises habitudes et un autre qui conduit de façon optimale du point de vue de l’efficacité énergétique. Ainsi, une réduction de seulement 15% de la consommation de carburant peut faire baisser les coûts d’exploitation d’environ 5%», a expliqué Martin de Repentigny, cofondateur de Drivewise.

C’est pourquoi les flottes doivent sensibiliser les conducteurs à l’importance de l’écoconduite. Et bien que des pratiques comme une accélération progressive, une vitesse stable et l’évitement des freinages inutiles soient simples en théorie, elles peuvent être difficiles à appliquer de façon constante à l’échelle de toute une flotte, a-t-il ajouté.


De gauche à droite : Martin de Repentigny, Martin Bissonnette et Philip Fletcher. (Photo : Krystyna Shchedrina)

Le manque d’anticipation, par exemple, est l’une des mauvaises habitudes de conduite qui nuisent à l’écoconduite.

Martin Bissonnette, chef d’équipe à la formation chez Attrix Technologies, a évoqué sa propre expérience comme camionneur au cours des 25 dernières années, affirmant que l’anticipation, ou son absence, a un impact direct à la fois sur la sécurité et la consommation de carburant. Selon lui, les conducteurs qui anticipent les conditions routières, y compris la circulation, peuvent éviter les freinages brusques et les accélérations excessives, ce qui permet de réduire la consommation de carburant ainsi que l’usure du matériel roulant.

Philip Fletcher, président de la Truck Training Schools Association of Ontario (TTSAO), a abondé dans le même sens, ajoutant que les conducteurs devraient être formés à regarder loin devant sur la route afin de mieux anticiper les situations à venir.

«En milieu urbain, les conducteurs devraient regarder de 12 à 15 secondes devant eux. Cela permet de voir ce qui se passe bien avant d’y arriver. On peut relâcher l’accélérateur, laisser le véhicule en roue libre, et éviter de freiner brusquement», a-t-il expliqué. «On peut repérer les feux de freinage à l’avance, ce qui permet de ralentir progressivement sans rester sur l’accélérateur.»

Mesure de la performance

Tous les panélistes s’entendent sur une chose: avant même de mettre en place toute formation, il est essentiel de pouvoir mesurer et évaluer le comportement des conducteurs afin que l’encadrement soit efficace et mène à des améliorations concrètes.

Des technologies comme les simulateurs de conduite et les plateformes de télématique permettent justement aux flottes de mesurer et d’analyser ces comportements.

Les simulateurs permettent aux flottes de reproduire les mêmes scénarios de conduite auprès de plusieurs conducteurs et de comparer leur performance à un modèle de référence, tandis que les systèmes télématiques suivent des indicateurs comme le ralenti, la vitesse, le freinage et l’accélération.

Martin Bissonnette a toutefois mis en garde contre le risque de submerger les conducteurs avec trop d’information en cherchant à exploiter toutes les données offertes par la télématique. «Il ne faut pas noyer le conducteur sous les données. Nous ne disons pas «voici votre score», mais plutôt «voici où vous pouvez vous améliorer»… Par exemple, vous avez freiné brusquement à plusieurs reprises, gérez mieux votre pédale, et le reste suivra», a-t-il affirmé. «Il faut que ça reste simple.»

Il a ajouté que des rétroactions ciblées, comme des bilans hebdomadaires ou de courtes capsules de formation vidéo, peuvent aider les conducteurs à se concentrer sur des aspects précis à améliorer.

«Si on le mesure, cela lui donne de l’importance», a indiqué Martin de Repentigny, ajoutant que les conducteurs sont plus enclins à s’améliorer lorsqu’ils savent que leur performance est suivie.

Et les incitatifs constituent un levier majeur pour maintenir la motivation et l’engagement des conducteurs à long terme.

«Si on me met de l’argent dans les poches chaque mois, c’est un incitatif largement suffisant pour moi», a souligné Martin Bissonnette.

Outre la motivation financière, la ludification peut également jouer un rôle, a ajouté Philip Fletcher, soulignant que les conducteurs réagissent bien à la compétition et à la possibilité de suivre eux-mêmes leurs progrès.

«Tout le monde veut gagner», a-t-il conclu.

Parallèlement, les flottes doivent faire preuve de prudence dans la façon dont les données de performance sont présentées aux conducteurs, car une surveillance excessive peut susciter de la résistance, a ajouté Philip Fletcher. «Il faut être sensible à ce que ressentent les conducteurs. Ils ne veulent pas se sentir constamment sous pression, comme si chaque minute de leur travail était surveillée. Mais il faut tout de même obtenir leur adhésion.»

Interrogé sur la perception des conducteurs face à la ludification, aux incitatifs et aux compétitions, Martin Bissonnette a nuancé : «Tout le monde ne cherche pas à être en tête. Mais si vous partez, disons, de la 25e position et qu’après quelques mois vous montez jusqu’au 10e rang, vous vous êtes amélioré… parce que les trois premiers resteront toujours les trois premiers dans l’entreprise. Ça ne changera pas, mais si vous réussissez à faire progresser les conducteurs à partir du bas grâce à de bons incitatifs, ça, ça veut dire quelque chose. Je pense que c’est la bonne approche.»

La formation ne doit pas se limiter aux nouveaux conducteurs

Un autre défi fréquent est que les flottes concentrent souvent leurs efforts de formation sur les nouvelles recrues, tout en négligeant les conducteurs expérimentés, a souligné Martin de Repentigny. Philip Fletcher a abondé dans le même sens, ajoutant que la requalification des conducteurs chevronnés peut générer des gains significatifs. Il a d’ailleurs partagé l’exemple d’un conducteur comptant 35 ans d’expérience qui se classait pourtant dans le dernier 5% de sa flotte, tout en refusant de suivre une formation.

Après avoir passé environ une semaine avec la TTSAO, Philip Fletcher a indiqué que l’attitude du conducteur a changé. Puis, après deux mois de formation, celui-ci s’est hissé dans le top 10% de la flotte.

«On peut apporter ce changement. On peut travailler avec quelqu’un. Ça prend du temps, des efforts, mais les gains sont bien réels… Quand on pense qu’un camion peut coûter entre 70 000 $ et 80 000 $ en carburant par année, une économie de 5%, c’est déjà de 3 500 $ à 4 000 $ récupérés. Et c’est exactement ce que les flottes doivent aller chercher», a conclu Philip Fletcher.

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