Gérer du transport à basse vitesse

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Le mois de septembre 2022 est encerclé en rouge sur le calendrier d’Éric Rivest.

Si l’annonce conjointe des premiers ministres Trudeau et Legault faite il y a un peu plus d’une semaine se concrétise, Éric Rivest Transport Inc., comme des dizaines d’autres entreprise de camionnage en région au Québec, aura enfin accès à un service Internet décent pour la gestion de ses affaires.

Mélanie Baril et Éric Rivest devraient bientôt avoir accès à un service Internet rapide et fiable. (Photo : Courtoisie)

Québec et Ottawa ont en effet annoncé un investissement à parts égales de 826,3 millions de dollars afin de connecter 150 000 adresses à l’Internet haute vitesse d’ici septembre 2022. L’initiative se fait en collaboration avec les firmes Vidéotron, Cogeco, Bell, Xplornet, Sogetel et Telus.

Nous parlons « d’adresses » plutôt que de « foyers » parce que lorsqu’un secteur géographique n’est pas doté d’une infrastructure de fibre optique, c’est généralement vrai autant pour les entreprises que pour les domiciles, nous dit-on à Ottawa.

En réponse aux questions de Transport Routier, la porte-parole Marie-Pier Baril, du cabinet de la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et du Développement économique rural, Maryam Monsef, indique en effet que : « Très fréquemment lorsqu’une communauté n’est pas desservie, on parle à la fois des foyers et des entreprises. »

Autre bonne nouvelle, Mme Baril confirme que la couverture cellulaire de ces régions en « détresse technologique » sera aussi améliorée. « La stratégie de connectivité du Canada garantit l’accès à des réseaux mobiles à haut débit dans les communautés ainsi que le long des principales autoroutes et routes », dit-elle.

Interruptions de service, ventes perdues

En entrevue téléphonique, Éric Rivest explique que l’accès Internet dont il dispose actuellement a des impacts directs sur les opérations et la rentabilité de son entreprise, qu’il dirige avec sa conjointe Mélanie.

La petite flotte basée à St-Zénon, dans Lanaudière à environ 150 kilomètres de Montréal, compte deux tracteurs Kenworth ainsi que trois remorques, une à quatre essieux à benne basculante pour le transport de matières en vrac et un train de type B affecté au transport forestier.

Le fait que M. Rivest fasse aussi à l’occasion du courtage et confie des mouvements de transport à d’autres entreprises de camionnage en sous-traitance multiplie le nombre de documents qu’il doit envoyer et recevoir par courriel ou autre plateforme Web. Quand l’accès tient bon.

(Photo : iStock)

« On a tout le temps des problèmes. Là ça fait trois jours que je ne suis pas capable de facturer », dit-il.

« Quand ça fonctionne, ça va. Mais tu vois que ça “bogue”; on perd Internet souvent et on est obligés de recommencer. On doit tout le temps être en précaution de sauvegarder nos choses parce que sinon ça s’efface », déplore-t-il.

Le développement des affaires est également plus ardu en raison de l’instabilité du service. « Avec les institutions financière aussi, si je cherche à développer de nouveaux marchés, j’ai souvent besoin de transférer des papiers, des documents et je fais tout ça avec Messenger. »

L’entrepreneur a contacté son fournisseur Internet à quelques reprises pour tenter de remédier à la situation mais on lui aurait expliqué que ses problèmes sont essentiellement attribuables au fait qu’il se trouve « au bout de la ligne ». Comme plusieurs autres domiciles ou entreprises utilisent Internet en amont du réseau, il reste peu de bande passante pour lui.

« C’est ce qu’ils nous disent. Que c’est parce qu’on est comme au bout de la chaîne. Ça occasionne beaucoup de problèmes », indique M. Rivest.

Toutefois, le fait que la couverture cellulaire soit aussi destinée à s’améliorer fait drôlement son affaire puisque, conduisant lui-même ses camions parfois jusqu’à Sudbury en Ontario d’où il ramène du minerai de cuivre, il se trouve parfois dans des secteurs où le signal est très faible ou inexistant.

« Si un gars m’appelle parce qu’il a un voyage à faire, il appelle ses fournisseurs de service l’un après l’autre. S’il m’appelle et que je ne réponds pas parce que le téléphone “pogne pas”, très souvent lorsque j’arrive à le rappeler il est trop tard et le voyage a été donné à quelqu’un d’autre. »

Si tout se déroule comme prévu, de telles situations anachroniques ne seront que de mauvais souvenirs en septembre 2022.

Et on peut présumer que le premier ministre François Legault mettra son poids dans la balance afin que ça se réalise puisqu’il tentera de se faire réélire quelques jours plus tard, les élections provinciales étant fixées pour le 3 octobre.

« C’est un pas de géant pour remplir notre engagement à brancher tous les Québécois d’ici l’automne 2022 » a d’ailleurs déclaré M. Legault lors de l’annonce du 22 mars.

« C’est absolument essentiel quand on veut lancer et développer une entreprise. C’est un levier économique crucial pour le développement de toutes nos régions », a-t-il ajouté.

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