Guerre commerciale : Carney prévient que la réorientation du Canada aura un coût

Le premier ministre Mark Carney prévient les Canadiens que la réorientation du pays visant à réduire sa dépendance envers les États-Unis aura un coût, mais que l’autre option serait bien pire.

Dans une allocution vidéo nationale qui doit être diffusée aujourd’hui, quelques heures après l’entrée en vigueur des tarifs douaniers de rétorsion du Canada, M. Carney a réitéré le plan du Canada visant à répondre à la guerre commerciale avec les États-Unis en concluant de nouveaux accords commerciaux avec d’autres pays afin de réduire sa dépendance envers le marché américain.

«Nous avons tout ce qu’il faut pour nous réorienter et prospérer», a déclaré M. Carney. «Cette réorientation aura un coût. Agir a toujours un coût. Mais celui-ci est loin d’être aussi élevé que le coût de l’inaction.»

Cette vidéo est la plus récente d’une série lancée par Mark Carney au printemps dernier afin d’informer les Canadiens des politiques gouvernementales et de la réponse du gouvernement aux mesures commerciales américaines.

(Photo : iStock)

Le premier ministre a déclaré que l’objectif est d’en ressortir plus fort et plus résilient afin qu’«aucun pays ne puisse jamais nous prendre en otage et que nous puissions vivre comme nous le souhaitons».

M. Carney a mis fin aux négociations commerciales avec les États-Unis le mois dernier, après que les deux parties n’ont pas réussi à conclure une entente avant l’échéance fixée par le président américain Donald Trump, qui prévoyait l’imposition d’une nouvelle série de tarifs douaniers de 50% sur près de 28 milliards $ de produits canadiens.

Dans son allocution vidéo, M. Carney a réitéré ses affirmations précédentes selon lesquelles les États-Unis ont tenté d’imposer des mesures visant à limiter la capacité du Canada à commercer avec d’autres pays, ainsi qu’à promouvoir et à protéger la langue et la culture françaises.

Les conservateurs fédéraux ont continué, au cours du week-end, de demander à Mark Carney de dévoiler tous les détails de l’entente à laquelle le Canada a renoncé et au gouvernement de rappeler le Parlement plus tôt que la date de reprise prévue, soit le 21 septembre.

«Nous demandons au premier ministre de jouer cartes sur table. Nous savons qu’il n’est pas facile de négocier avec le président américain. Mais la meilleure façon de garder tout le monde uni et d’avancer dans la même direction est d’être transparent quant aux coûts, aux décisions et au plan pour la suite», a affirmé Pierre Poilievre lors d’une conférence de presse à Regina, dimanche.

«Les seuls qui n’ont pas vu l’entente, ce sont les Canadiens. Ils méritent de la voir afin de pouvoir juger ce pour quoi nous nous battons et ce contre quoi nous nous battons.»

Dans son allocution vidéo, M. Carney a indiqué que les tarifs douaniers imposés par Trump avaient été conçus pour nuire davantage à certains Canadiens qu’à d’autres. Les États-Unis ont constamment ciblé l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre canadiens, ce qui a principalement touché les travailleurs de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique, tandis que ceux de provinces comme l’Alberta et la Saskatchewan ont été moins affectés.

«Au printemps dernier, j’ai averti que les États-Unis tentaient de nous briser afin de pouvoir nous posséder. Et j’ai promis que cela n’arriverait jamais, au grand jamais», a souligné Mark Carney dans son allocution vidéo.

Depuis près de deux ans, Trump évoque l’idée de faire du Canada le 51e État américain, qualifie Mark Carney de «gouverneur» sur un ton moqueur, comme il l’avait fait auparavant avec l’ancien premier ministre Justin Trudeau, et a plus récemment accusé le Canada de vouloir être traité «comme un État».

En janvier 2025, avant de prêter serment pour son deuxième mandat, Trump a exclu le recours à la force militaire pour annexer le Canada, mais a déclaré qu’il envisagerait d’utiliser la «force économique» pour amener le Canada à faire partie des États-Unis.

Les tarifs douaniers de rétorsion du Canada sont entrés en vigueur mardi en réponse à la plus récente série de tarifs de 50% imposés par Trump le mois dernier, qui visaient des dizaines de produits, notamment le miel, les bâtons de hockey, le lait et le fromage.

Les tarifs douaniers canadiens, qui varient de 15 à 50 %, visent uniquement les produits figurant sur la liste américaine, pour une valeur équivalente à celle des exportations touchées, soit 27,8 milliards $.

«Je ne crois pas qu’il soit constructif d’intensifier le conflit», a expliqué le premier ministre Carney dans son allocution vidéo. «Mais nos tarifs douaniers sont nécessaires pour protéger nos travailleurs, nos entreprises et nos communautés. Nous ne pouvons pas laisser les produits américains entrer au Canada sans tarifs douaniers alors que les États-Unis imposent des tarifs à nos entreprises pour y exporter leurs produits.»


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