Guy Séguin prend sa retraite… après 70 ans de carrière!

0

Le 30 mai dernier, Guy Séguin, que plusieurs appellent Monsieur Remorque, a pris sa retraite à 87 ans, après une carrière de 70 ans!

On ne saurait dire combien de remorques il a vendues durant ces sept décennies, mais on sait que tout le monde le connaît, et qu’il connaît tout le monde. C’est ce qui advient quand on accède au statut de légende dans son domaine.

Guy Séguin est donc entré dans l’industrie en 1950, alors qu’il n’avait «pas encore tout à fait» 18 ans. C’est Fernand Mercier – père de Jean-Guy, qui a eu une longue carrière chez Globocam – qui l’a pris sous son aile chez Fruehauf Trailers, où il a fait ses débuts comme commis aux pièces.

Guy Séguin, une personnalité incontournable de l’industrie québécoise du camionnage. (Photo: courtoisie)

Neuf ans plus tard, il quittait Fruehauf pour suivre son mentor chez Can-Car Trailers, une entreprise de fabrication de remorques et d’équipement ferroviaire située à Lachine (anciennement Ville Saint-Pierre). Il y a travaillé pendant 20 ans.

En 1979, il entre à l’emploi de Trailmobile, l’entreprise à laquelle on l’associe le plus souvent et avec raison, car il y a œuvré pendant 35 ans. Il a ensuite passé quelques années chez Wabash pour subséquemment terminer sa carrière chez Groupe St-Henri, où il a été dix ans.

La mémoire de l’industrie

Interviewer Guy Séguin, c’est faire un retour dans une autre ère de l’industrie du camionnage au Québec.

Dans les archives de Transport Routier, nous avons retrouvé ce passage dans l’article que nous avons consacré à Transport J.E. Fortin pour son 90e anniversaire en 2013.

« En 1952, moment historique : Eugène effectue sa première livraison en Floride, plus précisément à Pompano Beach, avec un camion Fargo 1950 à essence et une remorque Fruehauf de 32 pieds vendue par Guy Séguin, une légende bien vivante de l’industrie.»

«Dans ce temps-là, quand tu avais une remorque de 25-30 pieds, c’était long», se remémore-t-il. «Je me rappelle en avoir vendu une à feu René Boileau. Il m’a dit : « comment je vais faire pour tourner les coins avec ça?’.»

«J’avais beaucoup d’amis, comme chez Glengarry Transport, tu  connais ce nom?», me demande-t-il. «C’était mon plus gros client avant sa faillite. Le patron m’appelait et me disait : ‘Guy, commande-moi cinq remorques, commande-moi 100 remorques’», se souvient-t-il.

Louis Lévesque, directeur senior des ventes chez Groupe Saint-Henri, a côtoyé M. Séguin durant la dernière décennie de sa carrière. «Comme Obélix, il est tombé dedans quand il était petit » dit-il, en référence à la passion de Guy Séguin pour la vente. «Parfois, il me disait qu’il n’avait dormi de la nuit parce qu’il pensait à une grosse vente qu’il était sur le point de conclure. Il était excité par le métier. Il avait besoin du frisson provoqué par les ventes.»

Dans le bureau de M. Séguin chez Trailmobile était accroché un bâton de baseball sur lequel il avait fait écrire «Be Aggressive ».

(Photo courtoisie de Louis Lévesque)

«J’étais gérant de la succursale et je mettais beaucoup de pression sur les vendeurs pour qu’ils amènent de l’eau au moulin», raconte-t-il. «J’avais un bâton de baseball et j’ai demandé à mon lettreur d’inscrire «Be Aggressive» dessus.

Qu’est-ce que c’est, être agressif pour un vendeur? «C’est donner un bon service et travailler fort », répond-il.

C’est Louis Lévesque qui a hérité du fameux bâton.

Quand on lui demande qu’est-ce qui a fait son succès dans les ventes, il répond sans hésitation : le travail. «J’ai voyagé pendant des années. À Val d’Or, Rouyn-Noranda, La Sarre», dit-il.

Puis il raconte cette anecdote.

«Paul Leblanc avait un motel à Notre-Dame-du-Nord. Un bon soir, j’arrive là et il me dit : ‘Guy je n’ai pas de chambre mais, attends, je vais t’arranger quelque chose’… alors, j’ai couché dans la chambre à fournaise! Paul est devenu un grand ami. Un jour, il s’est mis à construire des remorques et ça marche encore aujourd’hui; la compagnie s’appelle Temisko.»

M. Séguin a vu l’évolution technologique des remorques et des groupes frigorifiques au cours de ses 70 ans de carrière. Mais ce qui a le plus changé à son avis, c’est la concurrence. «La concurrence est arrivée des États-Unis. Il y a tellement de compétition maintenant.»

Les souvenirs qu’il va le plus chèrement garder de sa carrière, ce sont ceux partagés avec les gens de l’industrie. «On était présents partout, au CPTQ, au Club de trafic». Le temps passé avec les clients s’allongeait souvent jusqu’aux petites heures. «On allait au golf, mais ça ne finissait pas là. On louait un motel et on se ramassait là à jouer aux cartes toute la nuit. Ça ne lâchait pas!»

À un événement du Club des professionnels du transport (Québec), Guy Séguin entouré de collègues de Groupe St-Henri : Louis Lévesque, Jeff Betts et Michel Larocque. (Photo gracieuseté du CPTQ).

La COVID-19 l’a obligé à prendre sa retraite quelques semaines plus tôt que prévu. Sa santé va «A-1», comme il le dit, et il prend maintenant soin de son épouse. «Elle s’est occupée de moi et de notre fils, Donald, pendant toutes ces années. C’est maintenant à mon tour de m’occuper d’elle», conclut-il.

Nous vous souhaitons une excellente retraite M. Séguin. Elle est vraiment très méritée!

Partager.

Laisser une réponse