IA et camionnage : passer du buzz à la vraie valeur.
L’intelligence artificielle était sur toutes les lèvres au Congrès de l’Association du camionnage du Québec. Mais au-delà des promesses et du discours ambiant, le panel réunissant David Brillon, d‘Isaac Instruments; Me Stéphane Lamarre, de Cain Lamarre; et Anthony Mainville, d’Attrix Technologies, a ramené la discussion sur un terrain plus concret : celui des opérations, des données… et des décisions humaines.
Car si l’IA progresse à une vitesse fulgurante, sa réelle valeur dépend encore largement de la manière dont les entreprises choisissent de l’intégrer.

Une révolution… mais pas celle qu’on croit
Pour David Brillon, il faut d’abord remettre les pendules à l’heure. L’intelligence artificielle n’est pas nouvelle, mais ce qui a changé récemment, c’est sa capacité à interagir avec l’humain. «Au lieu de programmer la machine, c’est comme si la machine avait appris notre langage», résume-t-il.
Cette rupture a ouvert la porte à l’IA générative, puis à une nouvelle génération d’outils encore plus avancés : les agents. «La grande explosion, c’est vraiment l’arrivée de l’IA agent», poursuit-il, en parlant de systèmes capables de raisonner, de croiser des données et de proposer des solutions.
Mais pendant que la technologie accélère, son adoption reste inégale.
Beaucoup d’essais… peu de stratégie
«Tout le monde est en train de faire un peu essai-erreur», constate Anthony Mainville. Dans bien des entreprises, l’IA est encore utilisée pour des tâches ponctuelles — rédaction de courriels, résumés, traduction — sans réelle intégration stratégique. Et ce flou se reflète à l’interne : «Si on pose la question à 20 personnes dans une même organisation à savoir ce qu’est l’IA, on va avoir 20 réponses différentes», souligne-t-il.
Même à l’échelle du pays, le constat est préoccupant. «On se met plusieurs embûches», ajoute-t-il, évoquant le recul du Canada dans les indices internationaux d’adoption de l’IA. Pour les transporteurs, le message est clair : attendre n’est pas une option.
La vraie richesse : vos données
Sur le terrain, la discussion revient rapidement à un élément fondamental : la donnée. «Ce qui va donner un avantage concurrentiel, c’est la qualité de vos données avant même de parler d’IA», insiste Anthony Mainville.
Dans un secteur comme le camionnage, où chaque flotte fonctionne différemment, l’IA doit être alimentée par des données propres, structurées et connectées. Maintenance, télématique, gestion des transports : tout doit pouvoir se parler.
David Brillon y voit aussi un changement de paradigme. L’IA ne sert pas seulement à produire de l’information, mais à la trier. Dans un environnement saturé de données, elle permet de faire ressortir ce qui compte vraiment, au bon moment.
Une IA… ou plusieurs?
Faut-il une seule IA centralisée ou une multitude d’outils spécialisés Pour Anthony Mainville, la réponse est simple : les deux. «Il y aura des outils généralistes et des outils spécialisés. Le camionnage n’y échappe pas», dit-il.
Dans les faits, les gestionnaires pourraient dialoguer avec une IA capable de puiser dans tous les systèmes de l’entreprise, tandis que les répartiteurs, les mécaniciens ou les équipes administratives utiliseront des outils intégrés à leurs plateformes.
David Brillon insiste : cette diversité d’usages reflète la réalité du terrain. Une solution unique ne pourra pas répondre à tous les besoins.
L’IA n’enlève pas la responsabilité
Si l’IA impressionne, elle n’est pas infaillible. «L’IA, ça se trompe», rappelle David Brillon.
Un constat partagé par Anthony Mainville, qui insiste sur le rôle de l’humain : valider, interpréter, décider. L’IA accélère les processus, mais elle ne remplace pas le jugement.
Le danger? La confiance aveugle. À mesure que les outils deviennent plus performants, la tentation est grande de relâcher la vigilance.
Du point de vue légal, Me Stéphane Lamarre est on ne peut plus clair: «la responsabilité demeure la vôtre».
Gouvernance : le nerf de la guerre
Qui dit IA dit données — et donc risques. «Vous devez sécuriser vos données […] sinon vous pouvez perdre le contrôle», avertit Me Lamarre.
Mais les enjeux ne sont pas seulement externes. À l’interne, les pratiques sont parfois risquées. «Une grande partie des employés utilisent encore des comptes personnels gratuits», note Anthony Mainville. La solution passe par une gouvernance claire : outils approuvés, politiques d’utilisation, formation… et investissement minimal pour offrir des solutions sécurisées aux équipes.
Petits joueurs, grandes occasions
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’IA n’est pas réservée aux grandes flottes. Anthony Mainville estime même que les PME ont un avantage : plus agiles, elles peuvent tester et déployer plus rapidement.
David Brillon nuance : tout dépend de la culture. Les entreprises qui ont déjà une approche innovante partent avec une longueur d’avance, peu importe leur taille.
Me Stéphane Lamarre corrobore : «Ce n’est pas principalement une question de taille, c’est une question de maturité organisationnelle.»
Avancer… mais pas n’importe comment
Tous les intervenants convergent sur un point : il faut avancer, mais avec méthode.
«Si vous partez dans toutes les directions en même temps, vous allez freiner votre progression», prévient Anthony Mainville.
L’approche recommandée est progressive : commencer par des cas simples, identifier des gains rapides, former des «champions» à l’interne… puis accélérer.
Pour David Brillon, l’enjeu est clair : il aligner l’IA sur les priorités d’affaires, et non l’inverse.
Un outil, pas une finalité
Au final, le message du panel est sans ambiguïté. L’IA n’est ni une baguette magique ni une fin en soi. Mais bien utilisée — avec des données solides, une gouvernance claire et des équipes formées — elle peut devenir un levier puissant pour transformer les opérations.
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